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Liban

Raï et les patriarches catholiques d’Orient réunis depuis hier à Bagdad

Éclairage

« L’Église chaldéenne est une Église meurtrie qui renaît de ses cendres, avec une conscience claire de sa mission universelle ».

Fady NOUN | OLJ
27/11/2018

C’est à Bagdad, en Irak, que se tient cette année, à titre exceptionnel, la réunion annuelle du Conseil des patriarches catholiques d’Orient (CPCO), qui rassemble les patriarches des différentes Églises catholiques orientales du Moyen-Orient ainsi que le patriarche latin de Jérusalem, et dont le siège est à Bkerké. Les patriarches Béchara Raï (maronite), Youssef Absi (grec-catholique), Ignace Joseph III Younan (syriaque-catholique) et Gabriel Pierre XX Gabroyan (arménien-catholique) ont quitté ensemble Beyrouth hier lundi pour y assister. Ils seront rejoints sur place par le patriarche latin de Jérusalem. La présidence du CPCO est tournante, mais c’est probablement le patriarche des chaldéens, le cardinal Louis Raphaël Sako, qui présidera les réunions de Bagdad.

Outre qu’elle offrira aux Irakiens un nouveau témoignage d’unité, cette session s’ouvre deux jours après l’audience accordée samedi dernier par le pape François au président irakien Barham Saleh, et ses thèmes seront certainement proches de ceux que le nouveau chef de l’État irakien a soulevés avec le pape.

Ainsi, le communiqué publié par la salle de presse du Saint-Siège sur ces entretiens « chaleureux » souligne « l’importance des efforts conjoints déployés, avec l’aide de la communauté internationale, pour affronter les défis liés au processus de réconciliation et favoriser l’unité nationale ».

Le souverain pontife et le président Saleh, ajoute Vatican News, « ont insisté sur la présence historique des chrétiens dans ce pays, dont ils font partie intégrante, et la contribution significative qu’ils apportent à la reconstruction du tissu social ».

« Nombreux ont été les chrétiens à devoir fuir et abandonner leur terre ces dernières années, enchaîne Vatican News ; le retour dans leurs maisons et villages doit être assuré. Il est également nécessaire de leur garantir la sécurité et une place dans le futur de l’Irak. »

Le pape et le président irakien ont enfin évoqué « les divers conflits et crises humanitaires qui touchent la région, soulignant l’opportunité d’un dialogue entre les différentes composantes ethniques et religieuses du pays, afin de rétablir la confiance et la coexistence pacifique ».

Des thèmes constamment soulevés par Raï

On ne peut qu’être frappés par la similarité qui existe entre ces thèmes et ceux que le patriarche Raï et ses pairs n’ont cessé de soulever, au fil des années, à chacune de leurs rencontres. Le chef de l’Église maronite, rappelle-t-on, l’avait fait en particulier au cours de la session du CPCO qui s’est tenue à Dimane (Liban-Nord), en 2017.

À bien des égards, en effet, les défis que l’Église chaldéenne dévastée doit relever sont ceux qu’affrontent désormais toutes les Églises d’Orient. Ceux d’une présence qui, progressivement, y compris au Liban, est appelée à se libérer de sa dimension confessionnelle, pour mieux devenir la servante des grandes valeurs de civilisation dont elle est indissociable (valeurs de citoyenneté, des droits de l’homme, de justice sociale, du vivre-ensemble, etc.).

Parmi les idées avancées à Dimane figure celle de la séparation de l’État et de la religion, sachant à quelle difficulté se heurte, dans le monde arabo-musulman, l’édification de l’État de droit sans aucun autre référent religieux que le respect de la liberté de croyance et de culte.

Meurtrie mais consciente de sa mission

« Le message que le président irakien veut faire passer en se rendant au Vatican, c’est que l’Église chaldéenne fait partie des forces morales et politiques dont l’Irak a besoin pour renaître, estime le P. Fadi Daou, président de la Fondation Adyane. Le patriarche Sako est à cet égard le chef d’une Église meurtrie, qui renaît de ses cendres avec une conscience claire de sa mission universelle envers le pays, la société, la dignité humaine dans le monde entier, et non dans le seul Moyen-Orient. »

« Le rôle et la présence des chrétiens ne sont pas liés à des équilibres confessionnels. Cela fait mieux ressortir la clarté d’une vision portée par un petit reste, et met mieux en valeur la force du message chrétien lui-même et son rôle dans la reconstruction des valeurs de civilisation », avance encore le P. Daou.

Citant le père Jean Corbon, auteur d’un ouvrage de référence, L’Église des Arabes, il évoque la fertilité d’une Église « sauvée des messianismes politiques ou sa mission peut être emprisonnée ».

« L’influence de l’Église n’est pas toujours dépendante de son pouvoir, conclut-il à ce sujet. Moins, c’est parfois plus. »

C’est à cette haute réflexion que sont invités les patriarches orientaux présents à Bagdad, conclut le P. Fadi Daou, évoquant la possibilité que le CPCO lance officiellement au pape une invitation à visiter l’Irak. Auquel cas, si cette visite se concrétise, François foulera un sol qui resta interdit en 2000 au grand pape Jean-Paul II.

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Et sans aucun doute, ils n’ont pas oublié dans leurs prières Mgr Boulos Yazigi et Mgr yohanna Ibrahim ….

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