René Moawad, le président-martyr de l’Indépendance

24/11/2018

Premier président de l’après-Taëf, René Moawad a trouvé la mort dans un attentat ciblé à Beyrouth-Ouest, perpétré le jour de la célébration de l’Indépendance en 1989, dix-sept jours après son élection. « Ce n’est pas par pure coïncidence que mon père a été assassiné un 22 novembre », commente Michel Moawad, député et fils de l’ancien président de la République.

Le 5 novembre 1989, cinquante-huit députés sur les 99 se réunissent dans la base militaire de Qoleyat, dans le nord du pays, pour élire le député René Moawad à la présidence de la République. Bien accueillie dans les capitales occidentales et arabes, son élection est déclarée « anticonstitutionnelle » par le général Michel Aoun.

Fervent défenseur de la réconciliation nationale, René Moawad a lancé un appel immédiat au dialogue. C’est sur ce même fondement et dans cette même perspective qu’il rejette catégoriquement la proposition de Damas de mette fin au « phénomène » Michel Aoun par la force, avec le soutien de l’armée syrienne. À la solution militaire, le premier président de Taëf préférait le dialogue.

Non seulement refusait-il le recours à l’armée syrienne pour régler ce problème, mais il revendiquait le retrait des troupes syriennes du territoire libanais, conformément au texte de l’accord de Taëf. Le champ des tensions entre le nouveau chef de l’État et le régime syrien ne cessait de s’élargir. Après avoir chargé Sélim Hoss, Premier ministre intérimaire de 1987 à 1989, de former un gouvernement d’union nationale, le président Moawad s’entretient avec Abdel Halim Khaddam et sort de la réunion la mine sombre.

M. Khaddam avait tenté d’imposer à M. Moawad une liste de sept ministrables. La réponse du chef de l’État ne tarda pas à venir : la formation du gouvernement relève des prérogatives du président de la République et du Premier ministre. Il refusa même de prendre la liste. « C’est l’une des raisons principales de son assassinat », lance Michel Moawad. Son refus d’avaliser une opération militaire syrienne pour déloger le général Michel Aoun, qui occupait à l’époque le palais de Baabda et présidait un gouvernement de militaires, en est certes une autre.

Selon Michel Moawad, son père plaidait pour une relation avec la Syrie basée sur la réconciliation et l’organisation des rapports entre les deux pays sans jamais compromettre la souveraineté du Liban. Conformément à ces mêmes principes, le Liban de René Moawad devait être un Liban arabe et souverain, l’arabité du Liban ne devant en aucun cas porter atteinte à son indépendance. Il refusait ainsi l’ingérence des pays arabes dans les affaires internes de son pays.

« René Moawad appartenait à l’école chéhabiste (en référence à l’ancien président Fouad Chéhab), il croyait en un État fort et au renforcement de l’armée libanaise, et même en temps de guerre, alors que presque tous les partis avaient formé leurs milices, il a continué à croire en l’armée comme seule garantie de la souveraineté du Liban », enchaîne le député zghortiote.

Et M. Moawad de conclure : « Cet État auquel René Moawad aspirait doit être présent sur l’ensemble du territoire libanais, et notamment sur les zones frontalières, pour renforcer l’appartenance à la nation de toutes les communautés et de tous les habitants. Il voulait un Liban moderne, voire un Liban-message. »

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