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Moyen Orient et Monde

Inamovible, Netanyahu esquive sa droite

Israël

Critiqué de toutes parts après la trêve conclue avec le Hamas, le Premier ministre israélien a joué son va-tout dimanche soir pour retrouver la « hutzpah » (confiance en hébreu) des Israéliens. De quoi éloigner la perspective d’élections, agitée par la droite de la droite depuis une semaine.

20/11/2018

Le quatrième gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu ne tombera pas. Hier, le ministre de l’Éducation et de la Diaspora Naftali Bennett a finalement décidé de maintenir son parti (Foyer juif) dans la coalition gouvernementale et offre ainsi une seconde chance au Premier ministre, après une semaine de bras de fer entre les deux hommes. Le leader ultraconservateur, qui n’a pas obtenu le portefeuille de la Défense qu’il convoitait, n’a cependant pas mâché ses mots sur le bilan des années Netanyahu. « Quelque chose de terrible est en train d’arriver, l’État d’Israël a arrêté de gagner », a-t-il dénoncé lors d’une apparition aux côtés de son alliée, la ministre de la Justice Ayelet Shaked.

La minicrise politique avait explosé mercredi dernier consécutivement à la démission surprise du ministre de la Défense Avigdor Lieberman. Celui-ci accuse le chef du gouvernement d’avoir « capitulé face au terrorisme » en acceptant un cessez-le-feu avec le Hamas la veille.


(Lire aussi : Netanyahu dénonce comme "irresponsables" les appels à des élections anticipées)


1-0 pour « Bibi » ?

Alors qu’un parfum d’élections anticipées flottait sur la Knesset ces derniers jours, le Premier ministre a remis de l’ordre dans les rangs de sa droite, qui le traitait de « faible » face au mouvement radical, dans un discours retransmis sur les postes de télévision du pays dimanche soir.

Pour répondre à son ministre de l’Éducation, Naftali Bennett, « Bibi » a pris le temps de revenir longuement sur ses cinq années passées dans les Forces de défense israéliennes (IDF). Il n’a pas hésité à vanter ses faits d’armes au sein de l’une des unités les plus réputées de l’armée, Sayeret Matkal, ni à mentionner le martyr de son frère Yonatan, tombé en Ouganda lors du raid d’Entebbe de 1976. En changeant de ton, Netanyahu rappelle à qui veut l’entendre que c’est bien lui qui dispose désormais du portefeuille de la Défense, en plus des Affaires étrangères et de la Santé. Si d’autres Premiers ministres israéliens, de David Ben Gourion à Yitzhak Rabin, ont déjà porté cette double casquette de chef de gouvernement et de ministre de la Défense, Netanyahu n’avait pourtant jamais montré d’intérêt particulier pour ce poste régalien, d’après son biographe Anshel Pfeffer. Contactée par L’Orient-Le Jour, Élisabeth Marteu, chercheuse à l’International Institute for Strategic Studies (IISS), estime que « les questions de défense n’ont jamais été une spécialité chez Netanyahu ». Selon elle, « il a beau rappeler qu’il a fait l’armée, il n’est pas militaire de carrière. C’est même l’un des premiers à rompre avec la tradition militaire israélienne qui voulait que les dirigeants politiques soient issus des rangs des officiers ».


(Lire aussi : « Netanyahu ne veut clairement pas d’une guerre »)


Une coalition mal à droite

Pour rassurer l’opinion publique, qui s’inquiète d’une offensive du Hamas et du Jihad islamique sur le sud de l’État hébreu, le Premier ministre n’a cessé ces derniers jours de rappeler le « plan » et les « informations confidentielles » dont il disposerait, sans toutefois pouvoir les révéler. « Ni les militaires ni Netanyahu ne veulent d’embrasement à Gaza », analyse Élisabeth Marteu depuis Bahreïn, « c’est pour cela que tout est fait pour éviter une offensive de masse, que ce soit en négociant avec les Qataris pour les salaires ou à travers des médiations » d’autres pays.

Vendredi, Benjamin Netanyahu s’était rendu, encadré par deux des plus hauts gradés de l’armée israélienne, à la rencontre des maires et des responsables régionaux du sud du pays, pour annoncer qu’un plan de 135 millions de dollars serait débloqué pour les communautés vivant au bord de la frontière avec l’enclave palestinienne. Rien n’indique, cependant, que les propos du Premier ministre suffiront à rassurer l’électorat conservateur, sensible aux 600 roquettes échangées de part et d’autre de la frontière avec Gaza avant le cessez-le-feu.

« Il est irresponsable de faire tomber un gouvernement dans une telle situation sécuritaire », s’est-il affolé dimanche soir. En se proposant comme dernier rempart contre l’instabilité que créerait une possible dissolution de la Knesset, le Premier ministre entend retourner les accusations de son ministre de l’Éducation et de l’extrême droite qui faisaient long feu depuis une semaine. En tapant du poing sur la table, Netanyahu les oblige à faire marche arrière, sans quoi ils commettraient « la même erreur qu’en 1992 », quand la coalition de droite est tombée au Parlement au profit de la gauche israélienne, à l’origine des accords d’Oslo et de la reconnaissance de l’Autorité palestinienne.

En dépit des propos de Naftali Bennett hier, le gouvernement le plus à droite de l’histoire israélienne demeure instable aux yeux d’Élisabeth Marteu. « Pour l’instant Netanyahu sauve la coalition, mais rien ne dit que Bennett et Shaked se maintiendront au gouvernement dans les prochaines semaines… » décrypte-t-elle pour L’OLJ. « C’est Bennett qui sort renforcé de cet épisode, poursuit la chercheuse, et il va falloir que Netanyahu resserre la vis sur les questions sécuritaires pour donner des gages à cet ultra-conservateur, qui a une rhétorique maximaliste sur le conflit avec les Palestiniens. » En l’absence de volonté politique pour un cessez-le-feu ambitieux avec les autorités gazaouies, les échauffourées à la frontière de l’enclave devraient continuer dans les prochaines semaines. Seule certitude au sortir de cet épisode : la droitisation de la politique israélienne, qui fait du conservateur Benjamin Netanyahu un « quasi-centriste » en comparaison avec les offres politiques susceptibles de réunir une majorité à la Knesset.



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AIGLEPERçANT

Il esquive sa droite et évite la gauche , elle lui viendra donc en plein centre .

Tout ça est le fait d'un coup dur porté par la résistance du HAMAS .

Les usurpateurs parlent de solution maximaliste , comme dirait l'autre grincheux , pourquoi n'attaquent ils pas de façon maximaliste alors ?

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