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Moyen Orient et Monde

Les luttes fratricides gagnent le camp pro-Ankara

Syrie

Un groupe ayant participé à la bataille de Afrine fait aujourd’hui l’objet d’une campagne punitive pour s’être laissé aller à des pratiques de gangsters.

20/11/2018

Les luttes fratricides n’ont pas fini d’affaiblir l’opposition armée syrienne. Des affrontements inédits ont éclaté le week-end dernier entre des groupes rebelles proturcs à Afrine, faisant 25 morts et des dizaines de blessés, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). L’état-major de l’Armée nationale syrienne (composée de plusieurs dizaines de groupes rebelles soutenus par la Turquie), qui est à l’origine de la bataille contre des groupuscules insubordonnés, a déclaré hier dans un communiqué que cette campagne militaire survenue samedi et dimanche avait pour but « d’éradiquer les groupes hors la loi ». « Ces groupes corrompus ne respectent aucune autorité opérant dans la région, qu’elle soit militaire, judiciaire ou civile », affirme le porte-parole militaire de l’Armée nationale, contacté par L’Orient-Le Jour. La campagne est dirigée en premier lieu contre le groupe, « Tajamoh Chouhada al-Charqiya » (les Martyrs de l’Est), une faction « réfractaire » qui compte près de 200 combattants majoritairement originaires de la province de Deir ez-Zor. « Ce n’est pas le groupe dans sa totalité qui a été visé mais certains de ses éléments », a précisé le porte-parole, qui a confirmé que la campagne se poursuit contre d’autres groupuscules refusant de se plier aux ordres, mais cette fois-ci en dehors de la ville. Face aux violences, les forces turques présentes à Afrine avaient demandé aux habitants durant le week-end de rester chez eux, avait précisé l’OSDH, ajoutant que « des chars turcs patrouillaient dans les rues ». « La situation est revenue à la normale lundi (hier), les magasins et les souks ont rouvert, de même que les écoles et les hôpitaux », a assuré le porte-parole. Selon certains médias de l’opposition, les deux belligérants ont trouvé un accord de cessez-le feu et des combattants des « Martyrs de l’Est » et leurs familles auraient été évacués dans des villages proches de la frontière turque.


(Lire aussi : Pourquoi la Turquie a besoin de rester en Syrie)


Lutte de pouvoir

Le groupe en question avait participé à l’offensive qui a abouti à la prise de Afrine. Située dans la province d’Alep, la région est tombée en mars dernier dans l’escarcelle de l’armée turque et de ses supplétifs syriens, qui en ont chassé les forces kurdes, au terme d’une offensive baptisée « Rameau d’olivier ». Depuis, des rapports avaient mis en garde contre une gestion désastreuse de la province et fait mentions d’exactions contre les civils. De nombreuses plaintes avaient également émané de la population et des militaires auprès des autorités locales. « Nous ne voulons pas refaire les mêmes erreurs qu’en 2012 ou en 2013, et libérer une région sans y établir une gestion forte et s’assurer de la sécurité des populations civiles », assène le militaire rebelle. « Ces groupes hors la loi se livrent à des razzias et procèdent à des enlèvements avec rançons », ajoute-t-il. Certains voient dans cette lutte d’influence des considérations plus souterraines. Des activistes ont en effet évoqué sur les réseaux sociaux le fait que les « Martyrs de l’Est » faisaient l’objet d’une campagne punitive pour plusieurs raisons : premièrement pour avoir violé l’accord turco-russe et attaqué les positions des forces du régime dans la ville de Ta’ad, au sud d’al-Bab. Deuxièmement, pour avoir attaqué des combattants pro-Ankara, tels que ceux de la division Hamza, dont certains éléments auraient volé les biens d’habitants kurdes qui ont dû fuir la ville lors de l’offensive en mars. Des rumeurs balayées par le porte-parole de l’Armée nationale. « On veut laisser entendre que nous sommes des agents du régime, or notre position est claire et nos ennemis sont connus de tous : le régime, l’État islamique, les groupuscules terroristes liés au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan – considéré comme terroriste par la Turquie) et au PYD (Parti de l’Union démocratique) », martèle-t-il.En août, Amnesty International avait pointé du doigt les forces turques qui « donnent aux groupes armés syriens toute latitude de commettre de graves violations des droits humains contre les civils à Afrine », alors qu’elles se doivent « d’assurer la sécurité de la population civile et de maintenir la loi et l’ordre public ». À l’approche d’un nouveau round de pourparlers de paix à Astana la semaine prochaine entre Moscou, Téhéran (alliés de Damas) et Ankara (parrain des rebelles), la Turquie a tout intérêt à « faire le ménage » dans la région sous son contrôle en réprimant par la force toute dissidence émanant de ses rangs. Le but est de présenter les groupes sous son contrôle sous leur meilleur jour, débarrassés des branches les plus extrémistes comme des mafieuses. Ankara ne serait pas directement associée à la campagne de l’Armée nationale qui affirme qu’aucun « militaire turc n’est présent dans les rangs du convoi ». Les « Martyrs de l’Est » ont quant à eux publié une série de vidéos sur Telegram montrant la destruction à l’artillerie lourde de leurs quartiers généraux à Afrine, ainsi que les corps de certains de leurs combattants tués lors de l’offensive. Ils ont en outre fait état de raids aériens de la part de l’aviation turque.



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AIGLEPERçANT

Ici c'est des batailles de terrain entre malfaiteurs sponsorisés par erdo , mais sur l'international les batailles se font aussi entre un leader , le clown, et ses vassaux euro wahabites. .

Talaat Dominique

cette région est encore syrienne, ou fait parti de l'empire ottoman ?

Sarkis Serge Tateossian

Il est inutile de rappeler que la Turquie compte profiter de la fragilisation de la Syrie pour envahir et occuper des territoires arabes. C'est un rêve "ottoman" ... Du petit effendi Erdogan.

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