Liban

Au-delà du ton violent, Nasrallah et Hariri maintiennent entrouverte la porte des négociations...

Décryptage
15/11/2018

Entre le discours de Hassan Nasrallah samedi et celui de Saad Hariri mardi, il y a en dépit des apparences beaucoup plus de similitudes que de différences. À l’occasion de la Journée du martyr, le Hezbollah avait donc organisé un grand meeting populaire, au cours duquel le numéro un du parti s’est exprimé au sujet du gouvernement. De même, pour faire le point sur la situation gouvernementale, le Premier ministre désigné avait organisé une manifestation populaire et politique à son domicile au centre-ville. Dans les deux cas, il y avait donc une foule favorable, conquise et acquise aux thèses de l’orateur, qu’il s’agisse du « sayyed » ou du Premier ministre. À cause de la présence de la foule et pour la maintenir en haleine, le ton des deux hommes était monté. Ce qui a donné l’impression, dans les deux cas, d’un discours explosif et violent. Mais si l’on examine attentivement le contenu, il apparaît que Hassan Nasrallah était plutôt sur la défensive, expliquant les détails de ce qu’on appelle « le nœud sunnite », en rappelant qu’il existait depuis le début des tractations, mais que personne n’avait voulu le prendre au sérieux. Toutefois, l’élément le plus important, dans le discours du secrétaire général du Hezbollah, c’est qu’il a insisté sur le fait que son parti ne sera pas plus royaliste que le roi et qu’il est donc prêt à accepter ce qu’acceptent les députés sunnites qui ne sont pas dans la mouvance du courant du Futur. Ce qui leur convient est donc bon pour le parti chiite, qui a jeté ainsi la balle dans leur camp, montrant qu’en fait ce qui compte pour lui, c’est que leur existence soit reconnue et que le Premier ministre désigné écoute leur point de vue et prenne en considération leurs revendications.

Cette brèche de taille, que certains n’ont pourtant pas vue, tant ils ont été impressionnés par le ton utilisé par Hassan Nasrallah, n’est pas passée inaperçue pour le chef du CPL, le ministre Gebran Bassil. Mandaté par le chef de l’État, il a aussitôt mené une médiation avec les parties concernées pour tenter de trouver une solution acceptable pour tous à ce conflit.

Du côté du Premier ministre désigné, on a aussi compris que derrière le ton violent de Hassan Nasrallah, il y avait une ouverture vers une solution. C’est pourquoi il a eu recours au même procédé : ton élevé, mais reconnaissance de l’existence d’une diversité politique sunnite. Saad Hariri a toutefois repris l’argument exposé par le président de la République lors de l’entretien télévisé accordé à l’occasion du 31 octobre, selon lequel quatre des six députés sunnites sont intégrés dans d’autres blocs. Il a même affirmé en réponse à une question que s’ils avaient formé un bloc parlementaire lors des consultations qu’il a organisées pour la formation du gouvernement, il n’aurait pas pu s’opposer à leur représentation au sein du cabinet.

Saad Hariri s’est ensuite étendu sur l’identité politique de sa famille et en particulier celle de son père Rafic Hariri, qui s’est toujours inscrit dans l’école de la modération, rappelant qu’il avait dit un jour que « le chrétien modéré est plus proche de moi que le musulman extrémiste ». En même temps, toujours en réponse à une question, il a refusé de considérer que la position du Hezbollah est dictée par des considérations régionales, affirmant que ce « nœud sunnite » est un problème interne libanais. Certes, Saad Hariri a répondu à ce qu’il a considéré comme une menace de la part de Hassan Nasrallah lorsque ce dernier avait déclaré : « Vous ne nous connaissez pas ! » Mais les proches du parti chiite se sont empressés d’expliquer qu’il ne s’agissait pas d’une référence au 7 mai 2008 (lorsque le Hezbollah a mené une attaque éclair contre les permanences du courant du Futur, suite à une décision gouvernementale de démanteler son réseau interne de communication), mais d’une allusion à la loyauté du parti envers ses alliés.

Cette précision faite, il est clair que les deux hommes ont laissé la porte entrouverte à une solution. Et les efforts conjoints déployés par le ministre Bassil et par le président de la Chambre Nabih Berry pour calmer le jeu et empêcher une escalade verbale qui éliminerait toute possibilité de compromis ont été couronnés de succès.

D’ailleurs, depuis la conférence de presse de Saad Hariri, Gebran Bassil a intensifié ses contacts en vue de parvenir à une solution. C’est dans ce cadre qu’il s’est rendu hier à Dar el-Fatwa pour un entretien avec le mufti Abdellatif Deriane, qu’il a qualifié de « père spirituel des sunnites », rôle complémentaire de celui de « père politique des sunnites » que s’est attribué Saad Hariri.

Les milieux proches du Hezbollah se déclarent donc satisfaits de la conférence de presse du Premier ministre, qui a certes accusé le parti d’entraver la formation du gouvernement, mais en reconnaissant toutefois qu’au cours de la période précédente (qui a quand même duré plus de 5 mois), d’autres parties l’avaient fait aussi. En même temps, Saad Hariri a officiellement annoncé sa décision d’accorder un ministre à l’ancien chef de gouvernement Nagib Mikati, dans une volonté de montrer qu’il ne prétend pas avoir le monopole de la représentation sunnite. Mais en même temps, il a donné ainsi un nouvel argument aux six députés sunnites qui se sont regroupés dans « La Rencontre consultative », car le bloc de Mikati ne comporte que 4 députés, dont lui-même (sunnite), un maronite (Jean Obeid), un grec-orthodoxe (Nicolas Nahas) et un alaouite (Ali Darwiche). Ce thème sera forcément présent au cours des tractations qui devraient reprendre incessamment suite à la médiation du ministre Bassil. Mais ce qui compte, c’est que le dialogue puisse être noué... et aboutir à des résultats concrets.

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Wlek Sanferlou

A mon humble avis le ton n'était pas du tout violent. D'ailleurs s'il l'était ça aurait été plutôt plus amusant. Non, il était condescendant envers nous, le peuple, où l'on s'est fait haranguer par ceux qui nous tirent vers le moyen âge...
Quel honte...

gaby sioufi

l'age ayant ses raisons que la raison rejette,
voila que sont oublies quelques faits/verites :
--je cite "Cette brèche de taille, que certains n’ont pourtant pas vue,"fin de citation- en meme temps l'on RE-DIT que ce que VEUT nasrallah C que Hariri fasse comme les 6 veulent- comme breche on ne peut faire plus grande ouverture /
du fait que cette breche , SEUL nasrallah en profiterait etant donne qu'il craint justement qu'"on" ne le laisse tomber.

--je cite "Mais les proches du parti chiite se sont empressés d’expliquer qu’il ne s’agissait pas d’une référence au 7 mai 2008" fin de citation-
comme si cette menace fut jamais "oubliee" tellement latente, tellement vive dans le conscient & le subconscient des libanais , comme si elle serait jamais !

et mieux encore, on a "oublie" de rapporter la nominations deja etablie de 2 sunnites hors Future , rendant le pretexte majeure de nasrallah NUL et NON AVENU . donc en qq sorte un coup trop fort porte par Mr Hariri.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA PORTE DE LA CAPITULATION DEVANT LES ULTIMATUMS DU HEZBOLLAH... PAR ORDRE PERSIQUE... VOUS DEVEZ PLUTOT DIRE TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD !

ACE-AN-NAS

Ce que je dis depuis toujours , on devrait nous laisser nous arranger entre nous .

Halte aux ingérences de l'extérieur et je vise les forces affiliées à l'occident avide, depuis l'indépendance chaque fois qu'il fallait décider de quelque chose nos dirigeants prenaient la route pour consulter qui la France qui la bensaoudie qui les usa etc....

Aujourd'hui un équilibre se fait entre les orientations politiques libanaises.

Et on y arrivera, à coup sûr.

Par contre personne n'est le père de personne à part son propre fils .

Irene Said

Le problème c'est qu'entre les deux portes entrouvertes...il y a d'interminables et sombres couloirs sunnites, chiites, chrétiens, druzes, alaouites etc. !
Irène Saïd

Marionet

On peut triturer les propos de Hassan Nasrallah dans tous les sens, voire interpréter ce qu'il n'a pas dit mais les actes de son parti parlent pour lui. Et pas en bien.

Yves Prevost

Ce qui est reproché à H.N., ce n'est pas son opinion: tout le monde a le droit d'en avoir une, mais son ton comminatoire.
Ce qui est inadmissible, c'est une phrase comme celle-ci:
"Nous refusons que qui ce soit (allusion claire au président Aoun) exprime son refus de voir un ministre issu des rangs des ministres du 8 Mars ".
Est-il permis à un simple citoyen (chef d'une milice illégale, de surcroît), de donner des ordres au président de la République lui-même?

Zovighian Michel

Ça c'est dans la forme et c'est pas important. Dans le fond c'est toute une autre histoire:

1. Nasrallah ne veut pas que Bassil ait le tiers de blocage
2. Nasrallah a pointé sur Taëf qui a contribué à ce que Bassil atteigne le tiers de blocage puisque Taëf accorde 50% des ministres aux Chrétiens
3. Bassil ne fait pas pas de la mediation mais s’étire dans toutes les directions pour conserver son tiers de blocage
4. Hariri campe sur ses positions et garde la balle dans le camp du Président puisqu’il lui a déjà passé un ministère sunnite
5. C’est donc la raison pour laquelle le President a mandaté Bassil de rencontrer les parties concernées

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