X

Liban

Roula Saadé-Ghani, une Première dame d’Afghanistan engagée pour les femmes

Forum

La femme, levier majeur de changement social, était la thématique au cœur du forum organisé samedi au Palais des congrès, à Dbayé, par la Lebanese National Energy.

Fady NOUN | OLJ
13/11/2018

Un forum consacré à la femme, dont la vedette était la Première dame d’Afghanistan, la Libanaise d’origine Roula Saadé-Ghani, a été organisé samedi au Palais des congrès, à Dbayé, par la Lebanese National Energy, le mouvement lancé par le ministère des Affaires étrangères pour provoquer une synergie entre Libanais résidents et émigrés.

Intitulé « Mind the Gap », le forum, destiné à montrer quel levier de changement social majeur la femme peut être, a mobilisé une vingtaine d’intervenants actifs dans les domaines de la technologie et de l’économie, de la sauvegarde du patrimoine, de l’éducation et de l’action politique. Sa séance d’ouverture s’est tenue en présence du chef de l’État, le président Michel Aoun, et du ministre sortant des Affaires étrangères, Gebran Bassil, qui a pris la parole à la cérémonie inaugurale.

Pour sa première intervention publique au Liban depuis l’accession de son mari à la présidence de l’Afghanistan, Mme Ghani a parlé de son travail multiforme auprès de la famille et de la femme afghanes. Heureuse d’être chez elle, où elle vient se reposer parfois et jouir de l’incognito, Roula Ghani a parlé de sa fonction de Première dame, « à laquelle rien ne l’avait préparée », sinon un sens inné de la compassion envers les plus démunis, dont son père se moquait gentiment alors qu’elle était encore enfant.

« Entre le Liban et l’Afghanistan, commence-t-elle, il y a beaucoup de ressemblances. Ici comme là, le peuple est pétri de traditions montagnardes, alors que le pays est un carrefour commercial habitué à la circulation des personnes et des biens. » « Tous deux, ajoute-t-elle, ont connu des périodes de guerre civile et d’ingérences étrangères, ainsi que l’absurdité de conflits armés entre communautés qui avaient coexisté pacifiquement des siècles durant. » Les deux pays restent, malgré tout, fidèles à certaines traditions et valeurs culturelles qui se ressemblent : hospitalité, sens de la famille, climat patriarcal, susceptibilités et sens de l’honneur, etc.

Roula Ghani raconte comment, après deux semaines d’hésitation à la suite de l’investiture de son époux, elle avait ouvert, au palais présidentiel, « un petit bureau symbolique », une initiative qui, à sa surprise, « fut accueillie avec beaucoup d’enthousiasme, en particulier par les femmes ». Au point que, rapidement, il fallut organiser un accueil grandissant de visiteurs.

À l’écoute du peuple afghan

« Dans un premier temps, confie-t-elle, il a fallu que je me mette à l’écoute du peuple afghan, pour discerner ses problèmes systémiques, une disposition où ma formation de journaliste m’a été bien utile. » Elle se rend compte alors que la guerre qui ravageait l’Afghanistan avait gravement nui au tissu social de son peuple, et que les femmes et leurs fonctions traditionnelles étaient désormais « dépréciées aux yeux de la société ».

« Ce qui les dérangeait par-dessus tout, dit-elle, c’est moins la difficulté d’accès aux produits de première nécessité que le fait de ne plus jouir du respect dû à des membres actifs de la société. » « Et ce qui aggravait le problème, confie-t-elle encore, c’est que les agences d’aide internationales avaient pris l’habitude de décrire les femmes afghanes comme des êtres désespérés et sans défense, dans un effort maladroit pour obtenir des fonds supplémentaires pour leurs programmes. »

Progressivement, elle réussit, avec son équipe, à modifier ce récit stéréotypé et à restituer à la femme afghane certaines de ses grandes qualités : patience, labeur, persévérance et ingéniosité, sens de la famille et habileté à se frayer un chemin « dans un réseau complexe de restrictions et de prescriptions ».

Dans l’intervention de Roula Ghani, reviendra comme un refrain la nécessité du « respect » dû à la femme, aussi bien dans son rôle innovant que dans celui de gardien du lien familial, dans les sociétés traditionnelles « où elle est confinée au silence et tenue à l’écart ». La femme au foyer est aussi un levier de changement majeur, quand elle est écoutée et respectée, insiste-t-elle.

« Quand on me demande ce qui a changé pour la femme afghane, ma première réaction est de dire que les femmes sont aujourd’hui plus visibles », conclut-elle, citant une insertion beaucoup plus élevée de femmes dans l’appareil judiciaire, dans le corps diplomatique, ainsi qu’au niveau du législatif et de l’exécutif.

Le forum a donné la parole à une pléiade de femmes aux profils de battantes, notamment à des candidates aux législatives, à des diplomates, à des femmes d’affaires, à des journalistes, dont notre consœur Scarlett Haddad. Un forum qui a parlé politique, éducation, lois et applications des lois, violences faites aux femmes, droits (et absence de droits), discrimination, sans rien omettre des questions difficiles liées à ces thèmes.

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué