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Moyen Orient et Monde

Le paradoxe Trump, champion d’Israël et... des suprémacistes antisémites

Éclairage

L’attentat de Pittsburgh, fin octobre, a mis en lumière le jeu d’équilibriste de l’administration américaine, avec pour conséquence la montée de l’antisémitisme aux États-Unis.

13/11/2018

Meilleur ami d’Israël sur la scène internationale, Donald Trump se ferait-il le héros de l’antisémitisme sur la scène locale ? Le président américain a joué une fois de plus la carte de la surenchère identitaire durant sa campagne des midterms. Et le retour par la grande porte de l’antisémitisme aux États-Unis après l’attentat contre une synagogue de Pittsburgh, le 27 octobre dernier, ayant causé la mort de onze fidèles, n’a pas semblé bouleverser sa stratégie électorale.

Phénomène inédit par son ampleur, le retour des discours de haine à l’encontre des plus de 5 millions de juifs américains inquiète depuis quelques années la vieille Anti-Defamation League (ADL), qui lutte contre les discriminations envers la communauté juive. Rien qu’en 2017, cette organisation créée à la veille de la Première Guerre mondiale recensait une hausse de 57 % des actes antisémites dans le pays.

Contacté par L’Orient-Le Jour, le spécialiste de la politique américaine Lauric Henneton y voit un effet ricochet de l’arrivée de Donald Trump aux affaires. « Même si les chiffres sont en constante augmentation depuis 2014, il y a un pic en novembre 2016 et dans les mois qui suivent l’élection présidentielle », indique-t-il. Mais après deux années passées à la Maison-Blanche, le président américain n’a jamais visé directement la communauté juive dans ses discours. « Trump n’est pas antisémite et n’a pas hésité à s’entourer de collaborateurs juifs, à l’image de son secrétaire au Trésor ou de son gendre et conseiller, Jared Kushner », précise Lauric Henneton, auteur de La Fin du rêve américain ? Le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, l’approbation de nouvelles constructions dans les colonies de Cisjordanie, l’asphyxie imposée aux porte-parole palestiniens : Donald Trump est devenu en quelques mois le président américain le plus bienveillant à l’égard du projet porté par les partis israéliens de droite et d’extrême droite, tournant radicalement la page des relations arides qu’entretenait son prédécesseur Barack Obama avec le gouvernement de l’État hébreu. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a même vu chez son homologue de la Maison-Blanche des « sentiments chaleureux » à l’égard du peuple juif. De quoi conforter la base électorale chrétienne évangélique du président Trump qui, comme les mormons, a fait de la défense d’Israël sa priorité absolue.


(Lire aussi : Après Pittsburgh, des appels à lutter contre la droite extrême)


Relents antisémites

Au sein même du camp du « Make America Great Again » de Donald Trump, d’autres tendances n’ont pas la même approche de ce qu’ils appellent volontiers la « question juive ». Les suprémacistes blancs de l’« Alt-Right » portent un message ouvertement raciste et antisémite, qu’ils soient chrétiens pratiquants comme les membres du Ku Klux Klan ou opposés aux valeurs religieuses et chrétiennes à l’image des néo-nazis. À l’été 2017, le président américain s’était attiré l’ire d’une partie de l’opinion publique en refusant de condamner les manifestants d’extrême droite qui défilaient à Charlottesville en hurlant des slogans tels que « Les juifs ne nous remplaceront pas » ou « Heil Trump ». Sur les réseaux sociaux, les montages photos fleurissent par dizaines mettant en scène Donald Trump vêtu d’un costume de soldat SS et jetant des journalistes identifiés comme juifs dans une chambre à gaz. « Certains de ses spots de campagne ont des relents d’antisémitisme », constate Lauric Henneton, « sa figure de nationaliste conforte les antisémites dans leurs convictions et donne une image de Trump comme étant l’un des leurs ».

Dans le viseur du narratif trumpien : le financier démocrate Lloyd Blankfein, l’économiste Janet Yellen ou encore le milliardaire d’origine hongroise George Soros. Tous les trois juifs et apparus dans le débat public après un passage dans le monde de la finance. Taxé de « globalist » en faveur de l’immigration clandestine, George Soros est vu par les amateurs des théories du complot comme un épouvantail, qui suscite la résurgence des caricatures antisémites des années 1930 sur les israélites. À tel point que Georges Soros faisait partie de la liste de destinataires des colis piégés envoyés à plusieurs personnalités anti-Trump, il y a quelques semaines, par un farouche partisan du président américain.

En défendant l’identité nationale américaine qu’il estime menacée, Donald Trump nourrit les discours des idéologues d’extrême droite qui sont persuadés que du règlement de la « Jewish Question » viendra le salut de l’Amérique. Même la frange chrétienne évangélique du camp républicain se voit confortée dans ces discours qui s’opposent à M. Soros : les principaux détracteurs de l’Américain d’origine hongroise demeurent les conservateurs israéliens et les juifs ultra-orthodoxes, qui accusent sa fondation Open Society de financer des associations comme B’Tselem, qui documente les violations des droits de l’homme dans les territoires palestiniens.

79 % pour les démocrates

Aux États-Unis, l’électorat juif ne suit pas l’administration Trump, malgré les signaux positifs envoyés à Israël. 79 % des juifs américains ont voté pour les démocrates lors des dernières élections du Congrès, selon la chaîne CNN. « Pour chaque juif très pro-Israël, on trouve au moins deux juifs réservés, voire carrément hostiles à la politique de colonisation menée par le gouvernement israélien », note Lauric Henneton. Rien d’étonnant donc qu’à Pittsburgh, des milliers de juifs de gauche aient manifesté leur opposition à la venue du ministre israélien de la Diaspora Naftali Bennett aux cérémonies en hommage aux victimes de l’attentat. Ce leader de la droite conservatrice israélienne a tenu à défendre Donald Trump, qualifiant d’« injuste » les critiques qui se sont multipliées à son égard après l’attentat, l’accusant d’avoir inspiré l’idéologie du tireur de 46 ans, Robert Bowers.

En flattant sa droite dure sur les questions de société, l’administration Trump ne risque pas de provoquer la colère de l’électorat juif, déjà acquise au camp démocrate. Même chez les juifs conservateurs, on n’attend plus grand-chose du gouvernement de Washington : après Pittsburgh, nombreuses ont été les synagogues de Pennsylvanie à aller se fournir en armes lourdes pour se défendre.


Lire aussi 

Entre Israël et les juifs américains, chronique d’un divorce assumé

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Eleni Caridopoulou

C'est drôle , drôle le klu Klux klan est anti sioniste ..

Sarkis Serge Tateossian

Il n'y a rien d'étonnant.
Trump est fondamentalement extrémiste de droite... (A vous de le caser)

Et Israël lui sert tout juste pour son maintient au pouvoir.

Sans la protection des juifs américains Monsieur serait déjà destitué depuis belle lurette.

Jérusalem capitale de l'état hébreu était la première des conditions (deal).. Avant le retrait de l'accord iranien.

On est loin du logo ... Yes we can d'Obama

AIGLEPERçANT

C'est ce qu'on appelle jouer avec le feu .

Il est bizarre que trump-pete accusé de connivence avec les russes , une fois au pouvoir se fâche deux avec des sanctions diverses et privilégié le pays de l'usurpation. Bizarre bizarre ..

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