Les LGBTQ du Liban sont dans le collimateur des autorités religieuses depuis quelques jours. Photo Ibrahim Chalhoub/AFP
Une soirée de « speed-dating » s’adressant aux homosexuels, prévue mardi dernier par le club Genre et Sexualité de l’Université américaine de Beyrouth (AUB), puis annulée, n’en finit pas de faire des remous, notamment dans les milieux religieux sunnites où l’on dénonce une volonté manifeste de « perversion ». Des propos rejetés par les militants pour les droits de la communauté LGBTQ au Liban qui demandent que leur dignité soit préservée.
Après que la soirée eut été dénoncée mardi par l’ancien mufti de la République Mohammad Rachid Kabbani puis par Dar el-Fatwa, c’était hier au tour de l’actuel mufti de la République Abdellatif Deriane de monter au créneau face à ce qu’il décrit comme « un glissement vers la perversion et la fornication », dans un mémorandum adressé hier au directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim. Le mufti Deriane remercie dans sa lettre le général Ibrahim pour avoir « rapidement mis un terme à une atteinte à la morale des Libanais et à une propagation du péché entre les jeunes », en référence à l’annulation de la soirée.
Réuni hier à Dar el-Fatwa sous la présidence du mufti Deriane, le Conseil des muftis du Liban a insisté pour sa part sur « la nécessité de préserver la morale et de refuser toute indécence ». Même son de cloche du côté de l’Association des projets de bienfaisance islamique qui a appelé les autorités, dans un communiqué publié hier, à « mettre fin à ces manifestations perverses et étrangères à notre société et à nos valeurs ».
« C’est la mode de s’attaquer aux LGBTQ »
Des accusations d’incitation à l’« indécence » dont se défend Bertho Makso, activiste dans le domaine des droits de l’homme et directeur de l’association Proud Lebanon qui milite pour les droits des LGBTQ. « Nous aussi, nous voulons préserver la morale. Nous ne sommes pas en train d’appeler au règne du chaos. Tout ce que nous demandons, c’est que la dignité de ces personnes soit préservée et qu’elles ne soient pas humiliées », a indiqué M. Makso à L’Orient-Le Jour.
« Nous respectons les opinions (de ceux qui s’élèvent contre les
LGBTQ), tant qu’elles s’inscrivent dans le respect des conventions internationales signées par le Liban (…). Le Liban est certes gouverné par un système confessionnel, mais c’est un pays laïc. L’État et la loi nous protègent », a souligné l’activiste.
Il a par ailleurs dénoncé l’article 534 du code pénal qui pénalise les relations homosexuelles. « Nous voulons une même loi qui s’applique à tout le monde et qui ne soit pas discriminatoire pour une certaine catégorie, a-t-il dit. Ces personnes qui montent au créneau aujourd’hui n’ont-elles jamais pensé qu’un frère, un père ou un fils pourrait être concerné par cette situation ? Nous n’incitons pas à une dissolution culturelle ou sociale. Nous demandons juste de respecter la dignité des homosexuels », a lancé M. Makso.
« C’est la mode maintenant de s’attaquer aux LGBTQ. À chaque fois qu’il y a pression au niveau politique, il faut qu’on détourne l’attention vers un autre sujet », a-t-il affirmé.


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