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Liban - Incinérateur

Entre Yacoubian et Sehnaoui, un échange acerbe sur un voyage « suspect »

Des tweets de la députée Paula Yacoubian sur un voyage qu’elle juge « suspect » de plusieurs députés et membres du conseil municipal de Beyrouth à Paris, en vue de visiter un incinérateur, a suscité l’émoi hier sur les réseaux sociaux. La visite en elle-même a été confirmée dans un communiqué du conseil municipal, qui indique que les députés Nicolas Sehnaoui, Antoine Pano (les deux membres du bloc du CPL) et Imad Wakim (bloc FL) faisaient partie du voyage, en compagnie du président du conseil Jamal Itani et des membres Sleimane Jaber, Ragheb Haddad et Aram Malian, en vue de « s’informer sur la technique du waste to energy dans l’usine Isséane à Issy-les-Moulineaux », près de Paris.

Dans ses tweets, Mme Yacoubian a assuré que « les députés d’Achrafieh se sont rendus à Paris en compagnie du président du conseil municipal de Beyrouth pour visiter un incinérateur, avec un billet d’avion première classe et logés dans un hôtel cinq étoiles », soulignant que « si le voyage a été organisé par le président du conseil municipal, on ne sait pas qui en a assumé les frais ». Dans un second tweet, la députée a ajouté que « des membres du conseil municipal se trouvaient également avec les députés d’Achrafieh lors de ce voyage dont on ne sait pas qui a assumé les frais ! » ajoutant qu’il n’y avait « aucun expert ni spécialiste dans ce groupe ». Elle ajoute les hashtags « aux dépens de notre santé » et « Beyrouth aux mains des marchands ».

Ces tweets ont suscité un premier échange avec le député Nadim Gemayel qui protestait contre la généralisation dans la tournure de phrase adoptée par la députée, insistant sur le fait qu’il n’était pas du voyage. « Dois-je comprendre que vous êtes contre l’incinérateur, ou le voyage, ou les deux ? En tout cas, je salue votre initiative visant à vous laver les mains de ce voyage suspect », lui a-t-elle répondu.

Un échange bien plus acerbe a été déclenché par le député Nicolas Sehnaoui, qui a lancé une diatribe très personnelle contre Mme Yacoubian. « Nous avons voyagé à nos frais pour vérifier les informations et écouter, avant de soutenir quoi que ce soit aveuglément, ou de faire de l’opposition anarchique », a-t-il écrit, avant d’ajouter : « Celui qui voyage à bord d’un avion privé pour effectuer des entretiens privés payés ne doit pas jeter la première pierre. » M. Sehnaoui faisait référence à l’interview réalisée à Riyad par Paula Yacoubian, lorsqu’elle était encore journaliste, avec le Premier ministre Saad Hariri, quelques jours après l’annonce surprise de sa démission depuis l’Arabie saoudite, et qu’il existait de forts soupçons qu’il était retenu sous la contrainte par les autorités saoudiennes.

« Mon interview est présente dans les médias et les gens peuvent juger s’il y a quoi que ce soit de vendu. Généralement, je paye le prix de mes interviews et de mes prises de position sans mentir aux gens, a-t-elle répondu. Cet avion, j’en ai payé les frais, et la somme ne correspond pas au quart d’une des voitures achetées par un grand voleur “réformiste”, qui gère les affaires de petits voleurs. »

En réponse à cela, M. Sehnaoui a accusé la députée « d’utiliser à mauvais escient son immunité parlementaire pour diffuser des rumeurs et répandre des mensonges ». La véhémence de cet échange verbal montre bien à quel point la décision du conseil municipal d’installer un incinérateur à Beyrouth soulève les passions. Mme Yacoubian est une opposante notoire à ce projet, d’autant plus que l’incinérateur devrait être installé à la Quarantaine (d’où l’intérêt du conseil municipal de convaincre certains députés de Beyrouth I, probablement). La députée a souvent répercuté les arguments des experts de la société civile selon lesquels l’incinération n’est pas adaptée aux déchets humides du Liban en sus d’être une technologie chère et difficile à gérer, devenant, en cas de contrôle insuffisant, une source de pollution majeure, non seulement de l’air mais aussi de production de résidus hautement toxiques dont le Liban n’a pas les moyens de se débarrasser de manière écologique.

Dans son communiqué, le conseil municipal précise que « l’intérêt de cette visite est que l’usine en question a été construite par la compagnie Vinci, équipée par la société Hitachi et gérée par la compagnie Suez, toutes des entreprises qui ont pris part aux quatre consortiums ayant été qualifiés pour l’étape finale de l’appel d’offres pour l’usine de Beyrouth ». On ne peut toutefois que constater l’absence dans cette visite de tout expert indépendant, comme l’a souligné la députée.

Des tweets de la députée Paula Yacoubian sur un voyage qu’elle juge « suspect » de plusieurs députés et membres du conseil municipal de Beyrouth à Paris, en vue de visiter un incinérateur, a suscité l’émoi hier sur les réseaux sociaux. La visite en elle-même a été confirmée dans un communiqué du conseil municipal, qui indique que les députés Nicolas Sehnaoui,...
commentaires (1)

Je ne connais ni les dessous de l'affaire ni l'aspect technique du projet mais appuie les efforts de Paula Yaakoubian et Nadim Gemayel pour dénoncer les abus.

Tabet Ibrahim

08 h 21, le 30 octobre 2018

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Commentaires (1)

  • Je ne connais ni les dessous de l'affaire ni l'aspect technique du projet mais appuie les efforts de Paula Yaakoubian et Nadim Gemayel pour dénoncer les abus.

    Tabet Ibrahim

    08 h 21, le 30 octobre 2018

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