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Sport - Interview

Peter Mouracadé : D’une manière ou d’une autre, tout le Liban est acteur du marathon de Beyrouth

Le top départ du 16e marathon international de Beyrouth (BLOM Bank Beirut Marathon) sera donné le dimanche 11 novembre. Et cette année, plusieurs événements internationaux parallèles sont au programme. À l’approche du jour J, le directeur général de l’Association du marathon de Beyrouth (BMA, son acronyme en anglais) a répondu aux questions de « L’Orient-Le Jour ».

Peter Mouracadé, directeur général de l’Association du marathon de Beyrouth (BMA, son acronyme en anglais), en compagnie de May el-Khalil, présidente et fondatrice de la BMA. Photo fournie par la BMA

Depuis sa toute première édition, le marathon de Beyrouth nous a habitués à avoir un thème différent chaque année. Quel est le slogan 2018 et quels objectifs espérez-vous atteindre par son biais ?

En effet, nous avons à cœur de choisir chaque année un thème différent qui nous unit à travers la course. Ainsi, pour sa 16e édition, le marathon international de Beyrouth (BLOM Bank Beirut Marathon) a pour slogan We Fill the Heart of Beirut. Ce slogan est un hommage à notre vibrante capitale. Le deuxième dimanche de novembre – tel que le veut la coutume marathonienne de Beyrouth –, les rues de la ville se transforment en artères vivantes et vibrent au rythme des pas des 50 000 participants et de leurs battements de cœur. Il s’agit d’une fête nationale, et nous en sommes tous acteurs d’une manière ou d’une autre : organisateurs, coureurs, familles, bénévoles, spectateurs, secouristes, ONG, services de sécurité, etc.

En outre, le marathon a un grand impact socio-économique puisqu’il ne s’agit pas uniquement du jour de la course, mais de tous les semaines et mois qui précèdent, lors desquels se préparent la course et sa logistique. L’événement touche ainsi tous les secteurs de l’économie libanaise qui bénéficient directement ou indirectement de cette préparation ainsi que du grand jour : cafés, restaurants, transports en commun, opérateurs télécom, marques de sport et de nutrition, produits de grande consommation, banques et assurances, sponsors… Ces derniers génèrent à leur tour un impact positif sur les secteurs des médias et de la communication multimédia. Le marathon crée donc un effet boule de neige. Par ailleurs, Beyrouth devient une destination de tourisme sportif, un nouveau secteur d’activité pour le Liban avec un potentiel de croissance considérable.

En 2017, la société de conseil Strategy& (filiale du groupe international PWC) a estimé l’impact socio-économique du marathon à 19,1 millions de dollars, soit plus de dix fois son coût. Le rapport démontre aussi que l’activité autour du marathon crée plus de 1 400 emplois temporaires. De plus, selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 2 % des budgets nationaux dépensés sur la santé ont pour cause l’inactivité. Au Liban, ce coût s’élève à 150 millions de dollars. Ainsi, en promouvant l’activité physique à travers la course, nous contribuons à réduire ce coût.

Finalement, bien au-delà du message de paix, d’union nationale et de cohésion sociale, le marathon permet de mettre le Liban sur la carte mondiale du sport. C’est pour toutes ces raisons que « le cœur de Beyrouth se remplit de vie » avec le marathon.


(Lire aussi : Qu’est-ce qui fait courir Tina, Lama et Lucy ?)


Mis à part les coureurs libanais ou expatriés résidant au Liban, le marathon de Beyrouth attire des athlètes venus de l’étranger. Sont-ils nombreux à participer ?

L’an dernier, plus de 3 200 concurrents de 105 nationalités (coureurs amateurs et athlètes professionnels) ont pris part au marathon.

Par ailleurs, nous accueillons cette année le 50e championnat mondial du marathon militaire, lors duquel près de 100 athlètes soldats représenteront plus de 25 armées de divers pays. De plus, cette 16e édition du marathon est accréditée par l’Union cycliste internationale, ce qui permettra aux para-athlètes libanais et internationaux (catégorie cycles) de comptabiliser leurs points pour une potentielle qualification aux Jeux paralympiques de Tokyo en 2020. Notons que deux para-athlètes libanais figurent actuellement dans le top 25 des para-athlètes d’Asie.

Cette édition 2018 lancera également la seconde saison de l’Asian Premier Marathons, premier tournoi continental de marathons en Asie, dans lequel figurent les prestigieux marathons de Pékin et de Séoul (tous deux labellisés or). Cette seconde saison débutera à Beyrouth le 11 novembre prochain et se clôturera, à Beyrouth encore, le 10 novembre 2019. Mentionnons que 7 athlètes libanais (4 hommes et 3 femmes) figurent dans le top 20 des athlètes d’Asie pour la 1re saison de l’APM.


Croyez-vous un jour pouvoir inciter de grands marathoniens (champions du monde ou olympiques, entre autres) à concourir ?

Plusieurs des plus grands noms de l’athlétisme mondial ont déjà participé au marathon international de Beyrouth. Pour n’en citer que trois : en 2014, l’Éthiopien Haile Gebrselassie (médaillé olympique, champion du monde sur plusieurs distances et quadruple champion du très prestigieux marathon de Berlin). En 2015, la Britannique Paula Radcliffe (tenante du record féminin du marathon en 2 h 15 min 25 sec). En 2016, le Britannique Sebastian Coe (champion olympique et actuel président de la Fédération internationale d’athlétisme), qui a désigné le marathon de Beyrouth comme étant l’un des événements sportifs les plus marquants du monde.

Outre ces célébrités, participent chaque année des coureurs d’élite internationaux classés or et argent. Cette année, plus de 25 coureurs internationaux seront en compétition, dont le Kényan Wesley Korir, ancien champion médaillé d’or au marathon de Boston et d’argent à celui de Chicago. Rappelons qu’en 2017, le Kényan Dominic Ruto (en 2 h 10 min 41 sec) et la Bahreïnie Eunice Chumba (en 2 h 28 min 38 sec) ont brisé les records du marathon de Beyrouth chez les hommes et les femmes.

Il convient également de mentionner nos propres athlètes, qui ne cessent de s’améliorer, dont Chirine Njeim, qui a battu l’an dernier le record du marathon de Beyrouth chez les femmes en 2 h 45 min. Cette année, dans une rude compétition qui l’opposera à Léa Iskandar, Nadia Dagher, Zeinab Bazzi et Nada Jisr, Chirine Njeim s’attaquera au record du semi-marathon. Sa sœur Nisrine participera, elle, au marathon et apparaît comme l’une des favorites, avec Nadine Kalot et Hiba Traboulsi. Chez les hommes, le semi-marathon semble se jouer entre le jeune prodige Nader Jaber et le talentueux Moussa Hodroj. Pour ce qui est du marathon, le podium sera probablement réservé aux athlètes hors normes de l’armée libanaise, dont le tenant du titre Hussein Awada.


(Pour mémoire : May el-Khalil lance la cinquième édition du marathon des femmes)


Le marathon de Beyrouth est classé argent. Quelles étapes suivez-vous afin de décrocher la classification or pour devenir l’égal de New York, Boston ou encore Londres ?

Il existe plus de 5 000 courses sur route dans le monde. Moins de 120 sont accréditées par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), et sur celles-ci, près de 20 ont le label argent. Depuis quatre ans, le marathon de Beyrouth est label argent.

Les normes d’excellence à atteindre pour être classé argent sont exactement identiques à celles pour être classé or. Au niveau du nombre de coureurs d’élite internationaux, les conditions sont aussi identiques : un minimum de 6 hommes et 6 femmes de quatre nationalités différentes et de deux zones différentes, dont l’une au moins doit être la zone du pays organisateur. La grande différence réside dans les temps de course : moins de 2 h 9 min 30 sec requis chez les hommes et moins de 2 h 28 min chez les femmes. Le marathon de Beyrouth affiche actuellement un écart de 1 min 10 sec chez les hommes et de 38 secondes chez les femmes. Signalons qu’en 2017, le meilleur temps enregistré à Beyrouth (2 h 10 min 41 sec) a été plus bas que celui du très prestigieux marathon de New York (2 h 10 min 53 sec).

Finalement, pour répondre aux conditions stipulées par l’IAAF et être accrédités du label or, il nous faudra déployer de gros moyens de production afin de diffuser notre course dans plus de quatre territoires (zones géographiques) différents.


À quel horizon pensez-vous l’obtenir ?

Ce n’est pas dans nos plans avant 2023.


Étant donné la situation politique, sécuritaire et économique (dégradée) au Liban, comment imaginez-vous l’avenir du marathon de Beyrouth ?

Pour ce qui est de la situation sécuritaire, il est important de mentionner que le marathon est sans nul doute l’un des événements les plus sécurisés du Liban. Tous les services de sécurité et de santé sont mis à la disposition de la course pour assurer une sécurité absolue aux participants et autres parties prenantes. À titre d’anecdote, lorsque nous étions à Pékin pour signer l’accord de l’Asian Premier Marathons, l’un des journalistes chinois nous a demandé : « Lors du marathon de Beyrouth, les gens portent-ils des gilets pare-balles ? » Évidemment, cela nous a fait rire jaune…

Pour ce qui est des enjeux politiques, au cours des 15 dernières années, nous avons réussi à maintenir l’autonomie de la course, sa neutralité et son impartialité en tant qu’événement sportif et social.

En réalité, l’enjeu n’est ni sécuritaire ni réellement politique, mais simplement économique. Il s’agit d’assurer la pérennité financière du marathon pour les 30 années à venir, et c’est là que s’emploient nos efforts. L’Association du marathon de Beyrouth est une organisation à but non lucratif. Conséquemment, il n’y a aucune redistribution du revenu en cas de surplus en fin d’année. Le surplus est bloqué dans un compte épargne qui servirait à combler un déficit en cas de force majeure. Les grandes courses internationales génèrent plus de 50 % de leurs revenus par le biais de leurs frais d’inscription, tandis que le marathon de Beyrouth, lui, génère moins de 25 %.

Ceci est le résultat de la vision et de la volonté de notre présidente et fondatrice May el-Khalil, qui cherche à populariser et démocratiser le sport au Liban, et le rendre accessible à tous. Nous avons ainsi, malgré l’inflation, maintenu des prix réduits et continuons d’inviter les institutions publiques (armée, écoles, ONG et autres) à participer gratuitement. De ce fait, nous dépendons encore énormément de nos sponsors locaux, mais tentons de trouver d’autres moyens de financement, notamment auprès de la diaspora libanaise.

En conclusion, je dirais, pour reprendre les mots d’une personnalité libanaise : « Tant qu’il y aura le marathon de Beyrouth, le Liban sera en bonne santé. »


Pour mémoire
Marathon de Beyrouth : pluie de records pour la 15e édition



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