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Sport

Qu’est-ce qui fait courir Tina, Lama et Lucy ?

Reportage

Le dimanche 11 novembre, aura lieu le marathon de Beyrouth. Trois jeunes femmes, deux libanaises et une étrangère, racontent leur parcours et leur préparation.


15/10/2018 | 00h00

Tina se ronge les ongles quand on mentionne la date du 11 novembre : « Je suis vraiment anxieuse… Et excitée ! J’ai peur, mais j’ai envie que ça se passe bien et j’ai envie de gagner quelques minutes, bien sûr ! »

Depuis un café du quartier de Sodeco, à Beyrouth, la gestionnaire dans l’association SavetheChildren, âgée de 33 ans, espère battre le temps réalisé lors de son premier marathon, l’année dernière, en courant les 42,195 km en moins de 4h. Pour réussir ce nouvel objectif, il lui faut jongler entre sa journée de travail, sa petite fille de 3 ans qui vient de rentrer à l’école, les tâches de la vie quotidienne et les quatre entraînements par semaine. Toutes ses journées sont donc rythmées et très organisées : « Quand tu as de la détermination, tu peux te trouver du temps. La femme doit se trouver du temps et, surtout, ne pas se sentir coupable. Car ce temps pour soi, au final, c’est bon pour tout le monde », assure-t-elle. Sa détermination se concrétise à 4h30 du matin quand son réveil sonne et qu’elle enfile ses baskets pour courir avant d’emmener sa fille à l’école.

Les réveils sonnent à la même heure chez Lama, institutrice de 41 ans et mère de deux filles (12 et 8 ans), qui se lance pour la première fois sur la distance. Elle emmenait tous les ans ses élèves participer à la Fun Race ou à la course des enfants et les applaudissait sur la ligne d’arrivée. Un jour, elle a vu un post des « groupes 542 » – un programme entièrement gratuit et volontaire proposé par l’Association du marathon de Beyrouth, 5 mois pour parvenir à courir la distance reine – et Lama s’est dit : « Pourquoi pas moi ? »

À l’époque, cette question prenait une tout autre dimension : il y a trois ans, Lama était obèse et pesait 120 kilos. Aujourd’hui, alors qu’elle s’apprête à s’élancer pour son footing à Zaytuna Bay, Lama fait défiler les photos de cette vie d’avant sur son portable : « Je suis passée par une opération et j’ai décidé de changer de vie. De zéro à héros, c’est ce qui me résume bien », sourit-elle. Sur sa route, elle croisera plusieurs coureurs, devenus des amis, qui connaissent tous son histoire.

Une renaissance, un pari fou, une revanche sur la vie, c’est aussi le parcours de Lucy, trentenaire. Il y a exactement un an, cette institutrice était allongée sur un lit d’hôpital à Beyrouth et s’apprêtait à subir une grosse opération du dos. « Je me suis dit que je ne pourrais plus jamais faire d’effort », se remémore-t-elle. Mais dès qu’elle a commencé à récupérer, Lucy s’est lancée dans ce nouveau challenge : « Je me sens déprimée quand je ne fais pas de sport, donc j’ai beaucoup travaillé pour en arriver là. Mon docteur m’avait dit d’y aller doucement, de ne pas forcer, mais je suis un petit peu têtue et j’aime repousser mes limites. »

Pour cette jeune expatriée d’origine irlandaise, à la vie sociale bien remplie, s’entraîner pour un marathon a parfois des allures de retraite austère. Lucy s’astreint à une hygiène de vie stricte un mois avant le marathon. Elle refuse les soirées, les pots tardifs et dort beaucoup. « Mes amis ne sont pas franchement ravis, je ne socialise plus depuis quelques mois, c’est vraiment un dévouement total. Mais je m’en fiche, je fais ce que j’aime ! » assure-t-elle dans un grand éclat de rire.


Persévérance
Un mot revient dans la bouche des trois futures marathoniennes : persévérance. « Il y a des gens qui l’ont fini en 6h, en marchant. Ils en ont eu, eux, de la patience ! » C’est avec cet argument que Tina a réussi à convaincre quatre amies de la suivre cette année dans l’aventure. Les coureurs disent souvent que les 10 premiers kilomètres se courent « avec les jambes » et le reste « avec la tête », quand la motivation entraîne les jambes.

La persévérance est la clef pour venir à bout des derniers kilomètres, les plus éprouvants, pour Lama, qui assure que tout se jouera « dans le cœur ». Parmi les coureurs qui prendront le départ le 11 novembre, beaucoup courront effectivement avec le cœur : ils ont la possibilité de courir au bénéfice d’une association caritative ; comme le font Lucy et son groupe pour Saïd, le mari d’une coureuse décédé d’un cancer. La persévérance, un vrai état d’esprit pour ces trois athlètes qui mènent plusieurs vies de front.

L’an dernier, un marathonien sur quatre était une femme. Leur défi, le 11 novembre, ne sera pas seulement personnel : elles espèrent donner de l’espoir et décider d’autres femmes à se lancer, elles aussi, dans ce challenge. Tina se dit heureuse quand elle arrive à convaincre des amies qu’elles « peuvent le faire, si elles ont du soutien autour d’elles évidemment… Elles peuvent courir et faire ce qu’elles veulent ». En insistant davantage sur le lien que crée la course au-delà des différentes communautés et des religions des participants, Lucy estime qu’il est « important de prendre part au message, de montrer que nous sommes aussi fortes, que nous avons participé au même programme, que certaines font bien plus que les hommes. Je veux dire, évidemment que vous pouvez le faire ».

En attendant de le réaliser dans un peu moins d’un mois, les derniers entraînements s’enchaînent et le stress monte. Tout ce qu’on peut leur souhaiter dans cette dernière ligne droite, c’est donc de persévérer.


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