Rechercher
Rechercher

Liban - Date anniversaire

Quel bilan pour les relations diplomatiques entre le Liban et la Syrie ?

Dix ans se sont écoulés depuis l’ouverture d’ambassades de part et d’autre et beaucoup d’eau a coulé depuis sous les ponts.

L'ambassade de Syrie au Liban. Photo SANA

Mi-octobre 2008, il y a dix ans presque jour pour jour, le président syrien Bachar el-Assad promulguait le décret établissant des relations diplomatiques entre le Liban et la Syrie. Beyrouth et Damas tissaient ainsi, pour la première fois de leur histoire d’États indépendants, de telles relations avec 65 ans de retard. L’histoire compliquée entre les deux pays avait auparavant mené à un Conseil supérieur libano-syrien, créé sur base du Traité de fraternité, de coordination et de coopération de 1991, sous les mandats d’Élias Hraoui et de Hafez el-Assad. Basé à Damas et instrument de la tutelle syrienne, les Syriens ont refusé de le dissoudre même après l’établissement des ambassades.

Dix ans plus tard, au cours desquels ont sévi une longue guerre en Syrie et une crise de réfugiés syriens qui continue d’affecter le Liban, cette représentation diplomatique qui était, rappelons-le, une exigence de nombreuses parties libanaises de tous bords a-t-elle tenu ses promesses ? A-t-elle réussi à équilibrer et régulariser la relation entre les deux pays ? On ne peut que constater que les problèmes majeurs, comme celui de la délimitation des frontières, n’ont pas été résolus. Et que ce qu’on appelle actuellement la « normalisation » avec le régime syrien, boudée par un bon nombre de pays à travers le monde, continue de diviser les Libanais. Mais comment peut-on évaluer cette période alors que de telles turbulences régionales ont compliqué la donne ?


(Repère : Liban-Syrie : un siècle de relations fiévreuses)


Des relations diplomatiques « suivant les normes internationales »
L’ambassadeur Nagi Abi Assi, qui faisait partie de la délégation libanaise lorsque la décision d’échanger des ambassadeurs a été annoncée en Syrie, insiste sur le fait que de toute façon « c’est un pas très positif qui avait été franchi en ce temps-là ». « Il s’agissait d’une très ancienne revendication du Liban et c’est une réalisation qui a conforté l’établissement d’une relation amicale sur base du respect réciproque de la souveraineté », poursuit-il. Et d’ajouter : « L’établissement de relations diplomatiques s’est fait suivant les normes internationales et conformément à la Convention de Vienne. »

Pour l’ambassadeur, il s’agit d’un pas important pour la Syrie, dont la doctrine souligne le principe d’unité des peuples, et qui pourtant, directement ou indirectement, reconnaît la spécificité du Liban. Toutefois, interrogé par L’Orient-Le Jour sur le bilan des dix ans, il estime que « tout bilan qu’on serait tenté de faire serait faussé par la guerre qui a éclaté en Syrie trois ans seulement après ces faits ». Et pourtant, se souvient-il, « à l’époque, en 2009-2010, la Turquie déployait des efforts pour instaurer des relations privilégiées avec trois autres pays, le Liban, la Syrie et la Jordanie », qui auraient peut-être changé le cours des choses. Mais tout cela a été gelé depuis…

Toutefois, constate M. Abi Assi, les deux pays échangent toujours des ambassadeurs, puisque Saad Zakhia a succédé à Michel Khoury à Damas, et Ali Abdelkarim Ali continue de représenter la Syrie à Beyrouth. Quant à la suppression du Conseil supérieur libano-syrien, « rien n’est impossible en diplomatie, mais cela prendra du temps, notamment en ces circonstances ».

Nagi Abi Assi reconnaît qu’il y a toujours des divisions libanaises concernant les relations avec la Syrie, « entre deux concepts, celui de la distanciation et du respect des décisions de la Ligue arabe, et celui des relations privilégiées entre les deux pays ». « Ce sera au gouvernement de trancher cette question, il aura tout le temps pour le faire », affirme-t-il.


(Lire aussi : 22 octobre 1989-22 octobre 2018, Taëf entame sa 30e annéele décryptage de Scarlett Haddad)


Une recherche de légitimité
Selon Sami Nader, économiste et analyste politique, la représentation diplomatique ainsi que toutes les institutions dont nous avons hérité pour régir la relation officielle entre le Liban et la Syrie, comme le Conseil supérieur libano-syrien ou les accords signés entre les deux pays, sont actuellement des « coquilles vides ». « D’une part, la relation avec la Syrie reste un sujet qui divise les Libanais, dit-il à L’OLJ. Il y a ceux qui veulent normaliser les relations et ceux qui le refusent catégoriquement. D’autre part, il ne faut pas oublier qu’il y a un problème entre la Syrie et la Ligue arabe et que le Liban ne peut envisager ces relations en dehors de ses partenaires arabes. Enfin, le même problème existe aussi avec d’autres partenaires stratégiques du Liban, comme les États-Unis ou l’Europe. »

Il n’est donc pas étonnant que, selon lui, la question de la légitimité du régime syrien, qui continue de se poser dans le monde, soit aussi objet de litige au Liban. « Et les ministres qui se rendent en Syrie le font, jusqu’à nouvel ordre, au détriment de la cohésion gouvernementale, du consensus national et même du compromis présidentiel », souligne-t-il.

Selon Sami Nader, outre le fait que la représentation diplomatique entre les deux pays n’a pas résolu de problèmes majeurs depuis son instauration, elle ne semble même pas être capable de régler ceux des Syriens eux-mêmes. « La question des réfugiés syriens aurait dû être le sujet numéro un abordé entre les deux pays, or nous remarquons que les propositions de solutions viennent d’autres acteurs, soit le Hezbollah, ou encore la partie influente aujourd’hui sur le sol syrien, la Russie, dit-il. Les déplacés syriens, eux, dépendent plus des Nations unies que de leur propre ambassade. »

L’avenir des relations diplomatiques entre les deux pays, selon l’analyste, dépendra du sort de la reconnaissance de la légitimité du régime dans le monde, mais aussi tout simplement de l’avenir politique de la Syrie elle-même. Il n’exclut pas la possibilité que « le régime syrien tente de renforcer sa légitimité par sa relation avec le Liban (autant que ce pays est capable de le lui pourvoir), et qu’il aurait même l’intention de reprendre en main ce pays en vue de l’utiliser comme carte politique ».


Lire aussi
L'accord de Taëf, trois semaines de négociations pour un texte fondateur et controversé

Mi-octobre 2008, il y a dix ans presque jour pour jour, le président syrien Bachar el-Assad promulguait le décret établissant des relations diplomatiques entre le Liban et la Syrie. Beyrouth et Damas tissaient ainsi, pour la première fois de leur histoire d’États indépendants, de telles relations avec 65 ans de retard. L’histoire compliquée entre les deux pays avait auparavant mené à...

commentaires (6)

tout a fait, tres bien regularisees , tant et si bien que, nos relations passees ayant ete tellement benefiques a bcp de libanais et a la syrie QU'elles sont eternelles, éternellement renOuvelables et renouvelees, comme l'energie qui les avaient vehiculees.

Gaby SIOUFI

17 h 12, le 23 octobre 2018

Tous les commentaires

Commentaires (6)

  • tout a fait, tres bien regularisees , tant et si bien que, nos relations passees ayant ete tellement benefiques a bcp de libanais et a la syrie QU'elles sont eternelles, éternellement renOuvelables et renouvelees, comme l'energie qui les avaient vehiculees.

    Gaby SIOUFI

    17 h 12, le 23 octobre 2018

  • le bilan est simple les syriens ont tous les droits et les libanais n'en ont aucuns … les syriens ne payent pas de taxes ni douane … mais les libanais payent le prix fort a la syrie les syriens peuvent travailler circuler au liban avec leurs taxi (qui sentent leur essence de M) mais les taxis libanais ne peuvent qu'aller a la gare des taxis a damas je vais m'arreter la car je commence a m'enerver lol

    Bery tus

    16 h 43, le 23 octobre 2018

  • B . S . voila qui resume nos relations avec la syrie soeur.

    Gaby SIOUFI

    14 h 25, le 23 octobre 2018

  • L'article de Scarlett est édifiant pour cet évènement . J'ajouterai sur une note plus perso , le Liban ne peut pas se permettre le luxe d'affronter la Syrie du héros Bashar , surtout quand ce pays frère a subit cette agression internationale de l'alliance occidentalo wahabite à la sauce israelienne .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 08, le 23 octobre 2018

  • DES RELATIONS DE RESPECT MUTUEL DEVRAIENT ETRE DEVELOPPEES PETIT A PETIT AVEC TOUT GOUVERNEMENT SYRIEN ISSU DE LA VOLONTE DU PEUPLE SYRIEN !

    LA LIBRE EXPRESSION

    11 h 01, le 23 octobre 2018

  • "...de reprendre en main ce pays en vue de l'utiliser comme carte politique..." mais la Syrie n'a jamais lâché le Liban depuis son indépendance qu'elle n'a jamais acceptée ! Et la soi-disant Ambassade syrienne, située à quelques mètres du ministère de la Défense...!...ainsi que le Conseil supérieur libano-syrien ne sont que des paravents commodes pour garder un pied dans notre pays, nous le savons que trop bien ! Une question: à quoi sert exactement ce grand bâtiment de 3 étages, pas très loin du palais présidentiel... puique rien de concret n'y est accompli depuis des années ? Irène Saïd

    Irene Said

    10 h 33, le 23 octobre 2018

Retour en haut