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Moyen Orient et Monde - Reportage

« Raqqa est dangereuse, les cellules dormantes sont partout »

Un an après la reconquête de Raqqa des mains du groupe État islamique, l’ancienne « capitale » du califat est toujours truffée de mines. Pour les démineurs syriens, l’enjeu est double : il y a les engins explosifs produits par milliers pendant la bataille, puis ceux que les cellules dormantes continuent de planter chaque semaine. Dans les ruines de la cité, les jihadistes tuent encore.

Ahmad al-Ibrahim, 21 ans. Il a été entraîné il y a huit mois par la coalition pour devenir assistant démineur. Photo Charles Thiefaine

10 octobre, 11h22. Hagid, dit « le démineur », enfile ses gants en latex noir et dépose sa trousse de travail sur un bout de plafond effondré. Lampe de poche coincée entre les dents, il éclaire la mine qu’il vient de découvrir derrière des pots de fleurs disposés en vrac dans une cage d’escalier. Ce qui fut la faculté de lettres de Raqqa n’est plus qu’une épave. Le second étage s’est écrasé sur le premier. Les rayons de soleil qui s’infiltrent à travers les décombres illuminent des dossiers d’inscription couverts de poussière, révélant d’innombrables photos d’identité d’étudiants souriants. Fantômes du passé.

D’un geste vif, Hagid coupe le fil déclencheur de la bombe et la soulève avec ses deux mains pour l’observer. « Une ONG était censée avoir complètement nettoyé le bâtiment. Et pourtant... » désespère-t-il. Dans ce qui fut pendant trois ans le plus grand bastion, en Syrie, du groupe État islamique (EI), démineur est un métier d’avenir. Les jihadistes, réputés pour produire à une échelle industrielle des engins explosifs très sophistiqués, ont miné chaque recoin de Raqqa. Dans les premiers mois qui ont suivi la reconquête de la ville le 17 octobre 2017, dix civils périssaient en moyenne chaque jour à cause de ces engins de mort à retardement.

Mais peut-être plus dangereuses encore que les bombes d’hier sont les mines d’aujourd’hui. Depuis plusieurs mois, des cellules dormantes vraisemblablement liées à l’EI mènent une série d’opérations meurtrières contre les nouveaux occupants de Raqqa. « Le 3 octobre, une bombe placée dans une poubelle a explosé au moment où est passée une voiture de police, faisant deux morts, témoigne un employé du Conseil civil de Raqqa, qui souhaite rester anonyme pour des raisons de sécurité. Raqqa est dangereuse. Les cellules dormantes sont partout. »


(Lire aussi : L'EI est défait, mais les problèmes de fond subsistent)


« Quelqu’un nous a tiré dessus avec une mitrailleuse lourde »
Une dizaine de personnes auraient ainsi été tuées par ces combattants de l’ombre entre mi-août et fin septembre, selon un responsable politique, qui assure pourtant que la situation est sous contrôle. Alors que les Forces démocratiques syriennes (FDS), composées en grande partie de combattants kurdes du YPG, mènent en ce moment même l’assaut contre la dernière poche de l’EI dans la région de Deir ez-Zor, les services de sécurité estiment que les attaques menées par les jihadistes à Raqqa ont pour but de déstabiliser les zones reconquises. Objectif : détourner l’attention des troupes soutenues par la coalition internationale.

Fin septembre, les forces arabo-kurdes ont démantelé la plus grosse cellule jamais découverte depuis la « libération ». « Des civils nous ont alertés qu’un drapeau noir flottait au-dessus d’un bâtiment. Nous y sommes allés en premier pour nous assurer que l’endroit n’était pas piégé. Directement, quelqu’un nous a tiré dessus avec une mitrailleuse lourde », raconte Hagid, sa voix douce couverte par la cymbale de la pluie et du tonnerre. À Raqqa, même le ciel fait la guerre. L’équipe de démineurs, surpris et sous-armés, battent alors en retraite en attendant l’arrivée des forces armées. L’affrontement fait cinq morts côté insurgés. Deux sont faits prisonniers, mais succomberont plus tard à leurs blessures, expliquent des sources sécuritaires. Dans le bâtiment, un arsenal : fusils d’assaut, mines et voiture piégée. « Nous ne nous attendions pas à tomber sur un gros groupe aussi bien armé, confie Hagid. Nous savions qu’il y avait de petites cellules, quelques individus, mais nous n’aurions jamais cru trouver un réseau de cette taille. »


(Lire aussi : Défait, l'EI est en pleine réorganisation pour survivre)


Il est 15h, Raqqa explose
Ce ne sera pas la dernière attaque. Le 9 octobre, garée sur le côté d’une route du centre-ville, une moto piégée a explosé au passage d’un convoi de la coalition. Déclenchée trop tard, la détonation n’a fait aucune victime, mais la récurrence des attaques et leur sophistication ont jeté sur Raqqa un voile de peur et de paranoïa. Certains responsables sécuritaires croient désormais dur comme fer à l’implication du régime de Bachar el-Assad dans la récente vague d’attaques. « Le régime tente de déstabiliser la zone afin que la coalition et nos forces ne puissent pas en assurer le contrôle. Et ce afin d’ouvrir la voie à leur retour », clame, sans preuves, le Kurde Mahmoud Youssef, l’un des administrateurs des forces de sécurité intérieure à Raqqa. La ville-poussière – où vivent aujourd’hui 40 000 familles selon le conseil civil de Raqqa – prend une teinte plus chaude au fur et à mesure que le Soleil descend dans le ciel orageux. Les rues bourdonnent au rythme des klaxons et des générateurs qui alimentent les chantiers de reconstruction. Un craquement sourd fait subitement taire Raqqa. Un nouveau coup de tonnerre? Une pluie létale de débris éclate sur la façade d’une maison. Une colonne de fumée noire s’élève au-dessus de bâtiments désossés. « Sans doute une voiture piégée », en déduit un passant sur un ton calme, sans même jeter un coup d’œil vers le site de l’explosion. 10 octobre, 15h. Une voiture de démineurs a explosé avec ses passagers, faisant deux morts. Les autorités privilégient la piste d’un accident : la remorque était chargée de mines fraîchement cueillies. Hagid, lui, a perdu deux collègues. Il n’est pas retourné à sa base depuis les funérailles : « Toute l’équipe est dévastée, Mais nous allons continuer notre travail, c’est un devoir. »


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10 octobre, 11h22. Hagid, dit « le démineur », enfile ses gants en latex noir et dépose sa trousse de travail sur un bout de plafond effondré. Lampe de poche coincée entre les dents, il éclaire la mine qu’il vient de découvrir derrière des pots de fleurs disposés en vrac dans une cage d’escalier. Ce qui fut la faculté de lettres de Raqqa n’est plus qu’une épave. Le...

commentaires (2)

LES CELLULES DORMANTES SONT PARTOUT EN SYRIE ET AU DELA DE LA SYRIE, AU M.O., JUSQUE OUTRE-ATLANTIQUE ET MEME EN EXTREME ORIENT ET EN OCEANIE... LE BON DEBARRAS N,EST PAS POUR DEMAIN !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

11 h 45, le 13 octobre 2018

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Commentaires (2)

  • LES CELLULES DORMANTES SONT PARTOUT EN SYRIE ET AU DELA DE LA SYRIE, AU M.O., JUSQUE OUTRE-ATLANTIQUE ET MEME EN EXTREME ORIENT ET EN OCEANIE... LE BON DEBARRAS N,EST PAS POUR DEMAIN !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 45, le 13 octobre 2018

  • L'explication est que raqqa " libérée" par des éléments pro occidentaux , ne peut pas être sérieusement nettoyée des éléments wahabites , parce que les sponsors us et autres maintiennent ces éléments wahabites en vie pour avoir à les réutiliser un jour . Ailleurs dans les territoires libérés par les héros syriens c'est différent, même si c'est pas encore reconstruit.

    FRIK-A-FRAK

    10 h 23, le 13 octobre 2018

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