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Moyen Orient et Monde

L’Arabe du futur

Commentaire
11/10/2018

S’il était encore vivant, le père de Riad Sattouf aurait pu constater que son rêve s’est réalisé : l’Arabe du futur existe. Il a même un nom : Mohammed ben Salmane. Moderniste, fort, éduqué, le prince héritier d’Arabie saoudite est l’incarnation de l’évolution du monde arabe dont Abdel Razek Sattouf rêvait et qui inspira à son fils le titre de sa série de bande dessinée à succès (plus d’un million et demi d’exemplaires vendus).

Le dauphin à l’ambition dévorante est le visage du nouveau monde arabe. Pas celui des jeunes Syriens, Égyptiens, Tunisiens ou autres Bahreïnis qui manifestaient en 2011 au nom de la liberté et de la dignité. Mais plutôt de celui qui regardait ce printemps avec mépris et mettait tout en œuvre pour imposer le retour de l’hiver.

MBS est en train de révolutionner le royaume saoudien. Mais à l’instar de son grand frère modèle Mohammad ben Zayed, l’homme fort des Émirats arabes unis, il a fait le choix de la modernité sans la démocratie et de l’ultralibéralisme sans les libertés. « Sois riche et tais-toi », dit en somme le dauphin aux jeunes Arabes. Pas question de développer l’esprit critique de ses concitoyens ou de tolérer la pluralité des voix dans le débat. Ce ne sont pas seulement les dissidents, ceux qui s’opposent ouvertement et frontalement au pouvoir, qui sont punis. Ce sont tous ceux qui mettent ne serait-ce qu’un pied en dehors du rang défini par celui qui est considéré par beaucoup comme le souverain de facto du royaume wahhabite. MBS et MBZ sont passés maîtres dans l’art de la communication et de la répression. Plus ils répriment et plus ils dépensent de l’argent en campagne de communication pour se faire passer pour des réformateurs.

Les nouveaux maîtres du Golfe ont aussi inventé une nouvelle approche géopolitique dans le monde arabe. Ils se fichent ouvertement de la cause palestinienne et seraient prêts à tendre la main à Israël si le sujet n’était pas encore tabou aux yeux de leurs opinions publiques. Ils donnent l’impression de faire la guerre comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo, toujours guidés par une mono-obsession : vaincre l’ennemi iranien qui s’ingère depuis des années dans leur pré carré arabe et qui menace leur sécurité.

Rhétorique guerrière, ego démesuré, culte de la personnalité, politique étrangère dictée par l’émotion et l’impulsivité, utilisation des méthodes les plus brutales pour faire taire leurs opposants – en cela l’affaire Khashoggi, si la responsabilité de Riyad est confirmée, est édifiante : les nouveaux autocrates ne sont pas si différents que cela de leurs prédécesseurs dans la région. Comme si finalement, l’Arabe du futur ressemblait furieusement à l’Arabe du passé…


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