Formule facile qui ne dissimule souvent qu’un peu de paresse ou de nonchalance. Pourtant, cette fois, après ce voyage au Liban, les mots me manquent vraiment ! Ils me manquent pour exprimer l’émerveillement devant la beauté de ce pays, sa lumière, son hospitalité, le sens de l’humour et la générosité de ses habitants, l’énergie présente partout. Le Liban, c’est l’Occident, mais c’est l’Orient aussi, cette alliance de tradition et de modernité, de khan et de mall, où des jeunes filles sanglées dans des jeans moulants s’agrippent à des IPhones rutilants mais savent préparer le kebbé. Où tout le monde déjeune de labné accompagné de menthe et de tomates sans sacrifier au petit déjeuner continental. Où un brouillard odorant de fumée de chichas nimbe les terrasses même celles des restaurants huppés. Où l’on conduit à moitié retourné pour mieux partager la conversation quelle que soit la marque de la voiture, de la belle anglaise à la plus populaire Duster.
Le Liban, c’est aussi l’accueil. Des montagnes du Akkar aux rives du Litani.
Un accueil légendaire de Nerval à Bouvier mais que l’on pouvait penser disparu ou limité à des textes littéraires. Or il existe encore, comme on ne le connaît plus en France et de moins en moins en Europe, lorsqu’un chauffeur de taxi vous offre un café au bord d’une gare désaffectée ou refuse de fixer un prix pour une petite course. Insister pour payer, on avait oublié dans des pays où tout se négocie…
Pas question d’angélisme béat cependant. On se doute bien que notre voyage ne propose qu’une approche incomplète, faussée par l’absence d’enjeux réels et le filtre d’une francophilie infaillible.
« Au Liban, c’est toujours avec les étrangers qu’on est le plus sympa… », ricane sarcastiquement Michel, notre ami libanais, installé à Beyrouth, spécialiste des appartements incendiés, inondés, effondrés et quelque peu désabusé.
Point d’exaltation factice donc, d’exubérance incontrôlée, d’émerveillement intempestif. Simplement le compte rendu d’une expérience avec tout ce qu’elle peut avoir de subjectif, de partiel, voire de partial, d’aléatoire. Un carnet de voyages, au fil des flâneries, des découvertes, des rencontres, et non un guide exhaustif, quelques adresses et quelques astuces qui feront gagner du temps ou surmonter des hésitations ainsi que le dynamitage – tout verbal ! – de certaines idées préconçues ou entretenues par les médias.
Bienvenue au Liban !
À commencer par la sécurité !
– Tu vas au Liban ?… C’est super, mais il n’y a pas des problèmes là-bas?…
Ben non. Pas plus qu’ailleurs.
L’incontournable question sur la sécurité, que chacun se pose fébrilement avant de partir si l’on n’a jamais mis le pied dans le pays et que plus personne n’aborde dès lors qu’on a eu l’occasion de s’y déplacer… Rien n’est plus sûr que le Liban. De véloces minibus sillonnent le territoire pour des sommes dérisoires, musique hurlante, rideaux flottants dans le vent, musique rythmée et arrêt café à volonté. Pas de braquage, pas de banditisme, pas d’agressivité.
Pourtant si l’on en croit la carte de l’ambassade de France, le tiers du Liban serait inaccessible : classé zone rouge… Excepté les deux tiers de Beyrouth et le centre gauche du pays, danger po-ten-tiel ! Tellement potentiel qu’il est totalement imperceptible…
Baalbeck, interdit, trop près de la Syrie..
Zahlé, encore pire, j’ignore pourquoi.
Le Sud, ah non, trop près d’Israël !
La Békaa, ciel ! Truffé de vendeurs de drogue qui n’attendent que vous pour faire fructifier leur odieux commerce.
Le Nord et les sublimes montagnes du Akkar, n’y pensez pas ! 25 kilomètres de la frontière syrienne, impossible.
Anjar, Ouf ! N’en parlons même pas !
Beyrouth, eh oui, Beyrouth, avec précaution. Surtout pas le Sud ! Boussole exigée.
Tripoli, mon coup de cœur, juste le Sud par contre… Et encore, en évitant certains quartiers.
Les guides se chargent d’alimenter cette psychose :
« Il est déconseillé de se rendre dans le Nord, l’Est et le Sud du Liban. Vigilance également dans la partie centre ouest, et de Tyr jusqu’au Sud de Tripoli », exhorte le Routard, qui n’a apparemment de Routard que le nom.
Il reste quoi ? Si l’on sait que le Liban est grand comme un département français, et si l’on retranche tous ces périmètres supposés à risque, subsiste à peine l’équivalent de 30 kilomètres de long sur 15 de large…Dommage de dépenser un billet d’avion pour si peu : regardons Planète ! …
Inutile de préciser que si ces précautions étaient fondées à une époque difficile pour le pays et que si certains quartiers comme Jnah restent à éviter, comme une toute petite partie de Tripoli, elles ne sont dans l’ensemble plus de mise aujourd’hui et que l’on se sent presque frustré dans sa petite âme de Nicolas Bouvier en herbe en se rendant à Baalbeck au cœur des embouteillages, sur une autoroute parcourue par des flots de véhicules, au cours d’un trajet fort éloigné d’une mystérieuse escapade au cœur de l’inconnu. Nous sommes allés partout, et partout la même sérénité, la même francophilie, sans le moindre coup de feu ni la plus infime trace de poudre à l’horizon. Des enfants qui jouent sur les places, des bulles de savon le soir à minuit au milieu des effluves de chichas et de cardamome, des familles qui prennent le frais, trois générations confondues, et parfois quelques rafales au loin, c’est vrai, mais uniquement pour célébrer un baptême ou une cérémonie, comme on lancerait des confettis.
Bien sûr, notre expérience est personnelle, inscrite dans un moment précis où tout est calme, mais largement confirmée cependant par tous les voyageurs et les habitants rencontrés, confondus comme nous par cet écart entre les consignes de sécurité et la réalité.
– C’est calme, mais il faut pas s’y fier, ça peut basculer en un rien de temps, précise notre rabat-joie et néanmoins ami Michel comme s’il évoquait une tasse de café qui se renverse d’un seul coup sans que personne ne s’y attende. D’abord un pays, ça ne bascule pas en un seul jour quand même… Et quand on sait que cette phrase résonne depuis quatre ans, sans que rien ne se produise, on se dit que pour un revirement censé survenir d’un moment à l’autre, ça commence à faire long et que ça ressemblerait plutôt à de la stabilité… Ou à une formule destinée à exorciser le danger et le mauvais sort comme les Libanais en ont le secret :
– Il est beau, ce bébé !
– Tais-toi ! T’es folle ! La maman va se fâcher… Tu vas attirer le mauvais sort sur lui. Vite, dis autre chose !
– T’es tout moche et tout maigrichon, habibi !
– Merci ktir !
Chacun décryptera la figure de style…


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Si, si, un pays ça peut basculer en un seul jour .c’est pour cela que vous nous voyez en profiter au jour le jour mais être incapables de faire des projets à long terme. Une amie française me disait : c’est curieux ,ici ,quand je propose un dejeuner pour dans 15 jours ,difficile d’obtenir une reponse ferme. « Vivons d’ici là, inchallah, si Dieu veut, si nous sommes encore en vie ....etc... » Alors croisons vite les doigts pour que votre article ne nous attire pas le mauvais oeil!
07 h 30, le 09 octobre 2018