Reportage

Le meurtre de Tara Farès, un « avertissement à tous les Irakiens »

À l’émoi qu’a suscité l’assassinat de l’« influenceuse » et mannequin irakienne succède la colère. Les proches de la victime voient en ce crime un message destiné à effrayer un Irak convalescent après la chute de l’État islamique.

Des photos extraites du compte Instagram de Tara Farès.

La Porsche blanche décapotable continue sur sa lancée, puis s’encastre dans le pare-chocs d’un véhicule stationné au détour d’une ruelle de Camp Sarah, un quartier du centre de Bagdad. Au volant, le corps inanimé de Tara Farès, abattue de trois balles dans la tête et la poitrine par deux hommes en scooter.

Suivie par 2,8 millions d’abonnés sur Instagram, l’ancienne Miss Bagdad y dévoilait un mode de vie détonnant dans un Irak socialement conservateur. « Ses images étaient scandaleuses », confesse Abather al-Katrani, un jeune de 20 ans, en référence aux tenues exubérantes, colorations capillaires, manucures et autres tatouages arborés par l’« influenceuse » sur les réseaux sociaux. « Mais c’était sa vie, personne n’aurait dû la tuer ! » ajoute-t-il.

Née d’un père irakien et d’une mère libanaise, la jeune chrétienne de 22 ans vivait à Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan d’Irak. « Tara aimait se faire belle, elle aimait tout le monde et n’a jamais fait de discrimination entre religions ou nationalités », se remémore Haider al-Khazali, l’un des meilleurs amis de la victime.

Quelques heures après le drame, l’Irak est pris d’émotion, les messages de condoléances affluent sur les réseaux sociaux et un portrait en noir et blanc partagé sur son compte Instagram reçoit plus de 250 000 likes. « Celui qui trouve une excuse à ceux qui tuent une fille uniquement parce qu’elle a décidé de vivre comme la plupart des filles de la planète est complice de son meurtre », écrivait jeudi soir sur Twitter Ahmad al-Basheer, un satiriste irakien exilé en Jordanie suite à des menaces de mort récurrentes en Irak.

Suite à la demande de résultats probants dans les 48 heures exigée par le Premier ministre irakien Haider al-Abadi, un suspect a été arrêté et interrogé, annonce le général Saad Maan, porte-parole du ministère de l’Intérieur.

De nombreux Irakiens voient en ce crime la marque de milices chiites désireuses d’imposer leur vision conservatrice à la société irakienne. « Des mains invisibles tuent toute beauté qui existe en Irak. Ce meurtre est inhumain », s’exclame Ithar Abed, une militante pour les droits des femmes vivant à Bagdad.

Le meurtre de Tara Farès est le dernier en date d’une macabre série d’assassinats de femmes. Deux jours plus tôt déjà, Souad al-Ali, 46 ans, une militante des droits humains dans la ville de Bassora, était assassinée de deux balles dans la tête. Elle dirigeait al-Wid al-Alaiami For Human Rights, une organisation qui cherche à « développer et faire progresser la société ». En août, deux esthéticiennes ont été retrouvées mortes à leur domicile, en plein cœur de Bagdad, dans des circonstances mystérieuses. Des crimes qui alimentent une spéculation selon laquelle les femmes qui ne se conforment pas aux « rôles traditionnels » sont délibérément ciblées.

« Rien ne peut les arrêter »

« Je considère le meurtre de Tara comme un message de menace pour tous les Irakiens. Les tueurs veulent nous dire que rien ne peut les arrêter », affirme Osamah Jameel, un Baghdadi de 29 ans. Le Premier ministre Haider al-Abadi a estimé, dans un communiqué vendredi soir, que « ces assassinats donnent l’impression d’un plan organisé par des groupes désireux de perturber la sécurité, au prétexte de combattre les manifestations de déviance et de les présenter comme des cas isolés, ce qui ne semble pas être le cas ».

En début de semaine, Tara Farès confessait à son ami Haider al-Khazali le sentiment d’être en danger, luttant contre des « ennemis ». « Ils s’en prennent à moi à cause de ma présence sur les réseaux sociaux », lui aurait-elle confié. « Tous les jeudis, une personne célèbre est tuée en Irak... Jeudi prochain, cela peut être mon tour. Il n’y a pas d’avenir en Irak, malheureusement nous sommes nés dans ce pays », s’emporte-t-il.

Un sentiment partagé par Iltifat al-Hamoudi, qui ressent « un indescriptible sentiment de chagrin pour l’avenir de l’Irak ». C’est « un pays gouverné par des voleurs », clame-t-elle. Militante pour les droits des femmes, elle a « souffert de l’ignorance de la société irakienne » avant de s’exiler au Canada pour y refaire sa vie, loin d’un Irak meurtri par la violence.


Pour mémoire

Émoi en Irak après l'assassinat d'une "influenceuse" et mannequin à Bagdad


La Porsche blanche décapotable continue sur sa lancée, puis s’encastre dans le pare-chocs d’un véhicule stationné au détour d’une ruelle de Camp Sarah, un quartier du centre de Bagdad. Au volant, le corps inanimé de Tara Farès, abattue de trois balles dans la tête et la poitrine par deux hommes en scooter.

Suivie par 2,8 millions d’abonnés sur Instagram, l’ancienne...

commentaires (4)

Ce sont des minables , fanatiques, debiles qui tirent vers le bas leur pays . Ils ont atteint le fond et sont en train de le creuser... la liberté les y enterrera...

L’azuréen

18 h 22, le 01 octobre 2018

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Commentaires (4)

  • Ce sont des minables , fanatiques, debiles qui tirent vers le bas leur pays . Ils ont atteint le fond et sont en train de le creuser... la liberté les y enterrera...

    L’azuréen

    18 h 22, le 01 octobre 2018

  • " L'homme ivre de fanatisme torture et brûle son père au nom d'un Dieu de paix. " Citation de Louis-Philippe de Ségur ; Les pensées et maximes de l'ivresse (1825)

    N. Noon

    13 h 16, le 01 octobre 2018

  • QUE SON AME DE JEUNE FILLE LIBRE ET INNOCENTE REPOSE EN PAIX !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 02, le 01 octobre 2018

  • Le fanatisme ... il n'est jamais trop loin.

    Sarkis Serge Tateossian

    01 h 29, le 01 octobre 2018