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Nos lecteurs ont la parole - Michel Sarkis

Je ne reviendrai plus au Liban

Je suis libanais et fier de l’être. C’est un sentiment qui a grandi en moi petit à petit à la fac, au sein du département de lettres françaises, grâce à ma prof de littérature francophone. Elle nous a dit : « J’ai fait le choix de rester au Liban, même en pleine guerre civile. Parce que si tout le monde claque la porte au milieu de la crise, qui va réparer les fautes ? » Elle a parfaitement raison. Qui va réparer les fautes? Eh bien je ne sais pas. En tout cas ça ne sera pas moi. Pourquoi ? Parce que cela me semble inutile. Et d’ailleurs les dernières élections législatives prouvent parfaitement mon hypothèse. En voici le résultat :

À tous ceux qui prônent le mariage civil je dis : cela ne sera pas.

À tous ceux qui prônent la dépénalisation de l’homosexualité je dis : cela ne sera pas.

À tous ceux qui luttent pour le droit des femmes je dis : ça ne sera pas pour bientôt.

À tous ceux qui combattent pour une liberté d’expression je dis : elle est morte.

À tous ceux qui veulent respirer je dis : préparez vos masques d’oxygène.

Il est vrai que c’est une petite liste de demandes, mais elle est basique, voire vitale. J’ai été obligé de chercher une vie ailleurs parce que dans mon pays je n’ai pas le minimum pour vivre en dignité. Et j’ai perdu tout espoir à cause des jeunes. Comme une amie cancérologue qui me dit qu’elle soutient la politique de Marine Le Pen et de Trump. Oui, c’est les jeunes qui sont responsables, voire les blâmables; ce sont eux qui ont voté de leur plein gré aux dernières élections, et ils sont intimement convaincus que leur chef politique a raison. C’est en effet la certitude – cette maladie qui nous ronge comme un cancer depuis des années – qui empêche et paralyse notre évolution. D’ailleurs, la certitude dans tous les domaines est très dangereuse, et surtout en matière de politique et de religion. Il faut mettre un point d’interrogation sur tout. C’est justement la certitude du « moi, je sais, et pas toi » qui crée les conflits.

Il m’a fallu un peu de distance pour comprendre véritablement le fond du problème au Liban : il souffre du syndrome de Münchhausen, également appelé « pathomimie » ou « trouble factice ». Cette pathologie psychologique est caractérisée par un besoin de simuler une maladie ou un traumatisme dans le but d’attirer plus d’attention ou de compassion. Sauf qu’au Liban il ne s’agit pas de simulation. Nos politiciens veulent qu’on ait toujours besoin d’eux, c’est pour cela qu’ils ne règlent rien. Et c’est pour cela que les jeunes rentrent à la fac ou au boulot en traînant avec eux le téton de maman et… (ajoutez la famille politique qui vous convient).

J’aime le Liban. Mais il ne m’a jamais aimé en retour. Je coupe le cordon.


Je suis libanais et fier de l’être. C’est un sentiment qui a grandi en moi petit à petit à la fac, au sein du département de lettres françaises, grâce à ma prof de littérature francophone. Elle nous a dit : « J’ai fait le choix de rester au Liban, même en pleine guerre civile. Parce que si tout le monde claque la porte au milieu de la crise, qui va réparer les fautes ? » Elle a parfaitement raison. Qui va réparer les fautes? Eh bien je ne sais pas. En tout cas ça ne sera pas moi. Pourquoi ? Parce que cela me semble inutile. Et d’ailleurs les dernières élections législatives prouvent parfaitement mon hypothèse. En voici le résultat :À tous ceux qui prônent le mariage civil je dis : cela ne sera pas.À tous ceux qui prônent la dépénalisation de l’homosexualité je dis : cela ne sera pas. À tous...
commentaires (11)

Ce sont des vérités dites avec un grand amertume et une bonne dose de désespoir. Qui s'apparente à un cri d'alarme. Avec toute la bonne volonté et les efforts pour garder son optimisme, il devient de plus en plus difficile d'espérer de jours meilleurs, un Liban apaisé, moderne et respectueux des droits des citoyens et ceux des femmes ..

Sarkis Serge Tateossian

10 h 56, le 04 octobre 2018

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Commentaires (11)

  • Ce sont des vérités dites avec un grand amertume et une bonne dose de désespoir. Qui s'apparente à un cri d'alarme. Avec toute la bonne volonté et les efforts pour garder son optimisme, il devient de plus en plus difficile d'espérer de jours meilleurs, un Liban apaisé, moderne et respectueux des droits des citoyens et ceux des femmes ..

    Sarkis Serge Tateossian

    10 h 56, le 04 octobre 2018

  • Mon histoire d’amour avec le Liban s’avère ,petit a petit ,etre a sens unique.

    Marie-Hélène

    06 h 37, le 04 octobre 2018

  • Cri du cœur, de désespoir et de frustration, bien compréhensible! Comme un divorce à l’amiable où l’un des conjoints quitte la maison, avec un sentiment d’échec total, d’impuissance et de trahison, en jurant qu’il va tourner la page... Mais comme toute histoire d’amour et de haine, et quand les ressentiments s’effacent avec le temps, on retourne au bercail par nostalgie, on pardonne car on ne peut jamais oublier ses souvenirs de jeunesse et ses premiers amours!

    Saliba Nouhad

    04 h 22, le 04 octobre 2018

  • Revenir? Pour qui, pour quoi? Le pays est gangrené. Nos politiciens, tous en taule!

    TrucMuche

    22 h 38, le 03 octobre 2018

  • Un texte tellement vrai mais il ne faut pas desesperer Il y a bien eu un BECHIR GEMAYEL qui aurait arrange le liban. On peut rever d'avoir un jour un sosie Donc l'espoir doit rester au fond du coeur meme si on quitte aujourdh'ui ou on a quitte hier Un mot cependant TRUMP a dans son coeur profond de fixer les Etas Unis pas le reste du monde , l'economie du pays, la bourse tout est en progression enorme et le chomage en recul aussi , les taxes diminuees pour tous aussi, pour les blamcs, les noirs et les mexicains et pour tous les immigres en general Si ne penser qu'a son pays en priorite est une faute , je suis pas de votre avis. Si au Liban nous avions un Trump, le pays se porterai bien mieux au lieu de se meler des affaires des autres Vouloir juger un President sur son comportement a l'egard des Palestiniens ou des Israeliens uniquement n'est pas correcte ON JUGE UN PRESIDENT SUR CE QU'IL FAIT POUR SON PAYS EN PREMIER PUIS SUR LA POLITIQUE ETRANGERE BIEN PLUS TARD A SON DEPART

    LA VERITE

    19 h 06, le 03 octobre 2018

  • Ceux qui prétendent détenir la solution sont ceux qui ont abandonné la poursuite du chemin vers elle. La solution ne se possède pas elle se cherche.

    DAMMOUS Hanna

    15 h 18, le 03 octobre 2018

  • quoique ces mots puissent deranger certains, leur auteur l'est lui aussi, et surement plus. c'est un cri du coeur , de terrible despespoir partage par des millions de citoyens, libanais & autres tiers mondistes, despespoir n'ayant plus besoin d'etre confirme .

    Gaby SIOUFI

    11 h 11, le 03 octobre 2018

  • une petite phrase que m'a dit un ami Americain quand je parlais du Liban. "you can take the boy out of Lebanon but you can't take Lebanon out of the boy" tu verras. amities

    Lebinlon

    11 h 09, le 03 octobre 2018

  • Je comprends, il m'arrive aussi d'éprouver ce genre de sentiment...Et puis, je reviens et je me dis que, décidément oui, le Liban est insupportable mais indispensable!

    otayek rene

    10 h 16, le 03 octobre 2018

  • Extrait de la chanson "Hotel California" (la fin): You can check out any time you like But you can never leave!"

    Shou fi

    15 h 25, le 29 septembre 2018

  • ...""Qui va réparer les fautes? Eh bien je ne sais pas. En tout cas ça ne sera pas moi. Pourquoi ? Pourquoi ? Parce que cela me semble inutile."" Si réparer les fautes vous semble inutile, c'est très bien de ne pas se déranger pour cette cause, et qu'on reste bien là où on est ... C.F.

    Charles Fayad

    16 h 48, le 28 septembre 2018

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