Je suis libanais et fier de l’être. C’est un sentiment qui a grandi en moi petit à petit à la fac, au sein du département de lettres françaises, grâce à ma prof de littérature francophone. Elle nous a dit : « J’ai fait le choix de rester au Liban, même en pleine guerre civile. Parce que si tout le monde claque la porte au milieu de la crise, qui va réparer les fautes ? » Elle a parfaitement raison. Qui va réparer les fautes? Eh bien je ne sais pas. En tout cas ça ne sera pas moi. Pourquoi ? Parce que cela me semble inutile. Et d’ailleurs les dernières élections législatives prouvent parfaitement mon hypothèse. En voici le résultat :
À tous ceux qui prônent le mariage civil je dis : cela ne sera pas.
À tous ceux qui prônent la dépénalisation de l’homosexualité je dis : cela ne sera pas.
À tous ceux qui luttent pour le droit des femmes je dis : ça ne sera pas pour bientôt.
À tous ceux qui combattent pour une liberté d’expression je dis : elle est morte.
À tous ceux qui veulent respirer je dis : préparez vos masques d’oxygène.
Il est vrai que c’est une petite liste de demandes, mais elle est basique, voire vitale. J’ai été obligé de chercher une vie ailleurs parce que dans mon pays je n’ai pas le minimum pour vivre en dignité. Et j’ai perdu tout espoir à cause des jeunes. Comme une amie cancérologue qui me dit qu’elle soutient la politique de Marine Le Pen et de Trump. Oui, c’est les jeunes qui sont responsables, voire les blâmables; ce sont eux qui ont voté de leur plein gré aux dernières élections, et ils sont intimement convaincus que leur chef politique a raison. C’est en effet la certitude – cette maladie qui nous ronge comme un cancer depuis des années – qui empêche et paralyse notre évolution. D’ailleurs, la certitude dans tous les domaines est très dangereuse, et surtout en matière de politique et de religion. Il faut mettre un point d’interrogation sur tout. C’est justement la certitude du « moi, je sais, et pas toi » qui crée les conflits.
Il m’a fallu un peu de distance pour comprendre véritablement le fond du problème au Liban : il souffre du syndrome de Münchhausen, également appelé « pathomimie » ou « trouble factice ». Cette pathologie psychologique est caractérisée par un besoin de simuler une maladie ou un traumatisme dans le but d’attirer plus d’attention ou de compassion. Sauf qu’au Liban il ne s’agit pas de simulation. Nos politiciens veulent qu’on ait toujours besoin d’eux, c’est pour cela qu’ils ne règlent rien. Et c’est pour cela que les jeunes rentrent à la fac ou au boulot en traînant avec eux le téton de maman et… (ajoutez la famille politique qui vous convient).
J’aime le Liban. Mais il ne m’a jamais aimé en retour. Je coupe le cordon.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Ce sont des vérités dites avec un grand amertume et une bonne dose de désespoir. Qui s'apparente à un cri d'alarme. Avec toute la bonne volonté et les efforts pour garder son optimisme, il devient de plus en plus difficile d'espérer de jours meilleurs, un Liban apaisé, moderne et respectueux des droits des citoyens et ceux des femmes ..
10 h 56, le 04 octobre 2018