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La Dernière

Visconti et les lahem baajine

Un peu plus
22/09/2018

La vie est faite de rencontres. Un tas de rencontres. Des rencontres désirées ou pas. Des rencontres inattendues, fortuites ou arrangées. Des rencontres espérées. Quelle que soit leur nature, elles ont un sens. Un sens caché que l’on comprendra bien plus tard. Elles ont une raison, voulue ou pas. Qu’elles aient fait mal, qu’elles aient été inutiles et stériles ou qu’elles aient été déterminantes, elles n’auront pas été le fruit du hasard. Elles portent en elles un message. Une leçon souvent. Un bouleversement parfois. Cette rencontre-là, celle qui chambarde tout, c’est celle d’une vie, d’une voie.

C’est une prof de français en classe de 4e qui transmet l’amour de la langue. C’est un inconnu qui vous prend par la main quand tout va mal et qui sera à vie votre meilleur ami. C’est une amie qui vous en présente d’autres et qui au fil du temps, malgré les embûches, la douleur et les deuils, deviendra votre famille. C’est un médecin, une collègue, un patron, une voisine. Et c’est un homme. Une femme. Quand on ne s’y attend pas/plus. Un(e) autre qu’on connaissait bien, peu ou pas. Cet(te) autre qu’on regarde soudainement différemment. Cet(te) autre qui vient faire voler en éclats l’ordre établi de nos vies. Qui vient tout chambouler sans crier gare. Qui vient faire s’agenouiller le plus endurci des célibataires, la plus rebelle des femmes libres.

Là, l’armure se brise. Se brise sur le sol où les pieds étaient ancrés. Quelques mois après leur rencontre, ils iront en Italie, se fianceront, s’uniront et porteront un enfant. Parce que c’était écrit, parce que c’était une évidence. Parce que c’était lui, c’était elle. C’était eux tout simplement. Ça ne s’explique pas. Une transformation ne s’explique pas. C’est comme ça. Il suffit d’une femme pour qu’un homme envoie tout valser. Ses conquêtes, ses maîtresses, ses soirées arrosées. Pour qu’il prenne un avion, chante sous une fenêtre, court sous la pluie, regarde une comédie romantique les larmes dans les yeux, se mette au tennis, change de costume. Pour qu’il devienne un autre, cet autre qu’il avait laissé enfoui. Il suffit d’un homme pour qu’une femme décide de plier l’échine, de se laisser prendre en main. Pour qu’elle laisse une brosse à dents, qu’elle offre son lit. Pour qu’elle partage ses émotions, ses peurs, ses envies. Qu’elle change sa perception de la vie. Il suffit d’un homme pour qu’un homme… d’une femme pour qu’une femme.

Il aura suffi d’un instant, d’une heure ou deux passées sur un pont à regarder le soleil se lever, les bateaux passer, d’une phrase, d’un aveu, d’une confession, d’une pluie torrentielle, d’une chambre d’hôtel, d’une interview, d’une journée à la plage, d’une partie de poker, d’un déjeuner à la montagne, d’une promenade entre amis, d’une cheville qui se foule, d’un avion qu’on rate, d’une course au supermarché, d’une fête ratée, d’une soirée de mariage ennuyeuse, d’un amour commun pour Visconti, les chats ou les lahem baajine.

Il aura suffi d’une seconde, de l’odeur d’un parfum, de deux mains qui s’entrelacent, de deux peaux qui se touchent pour que toutes les certitudes s’envolent. Pour que nos idées arrêtées, nos statements s’effacent. Il aura suffi d’un mot, d’une phrase, d’un geste pour qu’une rencontre devienne un rendez-vous, un rendez-vous devienne une aventure, une aventure, une histoire. Une histoire d’un soir peut-être, mais une histoire quand même. Une histoire d’une semaine, mais une histoire quand même. Une histoire d’un an, mais une histoire quand même.

C’est ça, une rencontre. Une histoire d’amour, une histoire d’amitié, une histoire professionnelle. Une nouvelle, un fait divers, un acte, un chapitre, un roman. Peu importe encore une fois. Que c’eut été un regard croisé avec celui d’un enfant, un entretien d’embauche, quatre heures dans un avion, ce fut une rencontre. Comme celles qui se sont faufilées sur un banc d’école, dans un open space au centre-ville, dans une réunion ou une salle d’attente. Comme toutes celles qui continueront à parsemer nos vies.

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Le pont

Les rencontres les plus intenses, dans le domaine professionnel ou social, se passent la première fois, entre les 4 yeux.

Stes David

Tres joli et aussi un peu mysterieux ...

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