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Moyen Orient et Monde

Au Qatar, tous les chrétiens prient à Notre-Dame du Rosaire

Reportage / Religion

Construite en 2008, l’unique église de l’émirat regroupe des dizaines de milliers de croyants d’une dizaine de nationalités.

17/09/2018

Il n’y a ni clocher ni croix extérieure, au point même qu’on doute qu’il s’agisse bien d’un lieu de culte. De l’immense parking pouvant accueillir des centaines de véhicules, Notre-Dame du Rosaire, à Doha, se cache derrière un mur d’enceinte, série de bâtiments gris accessibles après un contrôle de sécurité. « C’est comme cela depuis les attentats de 2015 au Koweït », explique Rallye S. Gonzaga quand on évoque l’important dispositif de sécurité. Derrière son bureau, celui qui dirige la seule église de Doha n’a pas l’air inquiet. « Depuis six ans que je suis là, sourit-il, nous n’avons jamais eu de problème. »


(Pour mémoire : Raï reçu par Tamim ben Hamad al-Thani à Doha)


100 000 fidèles par jour

Construite il y a dix ans, la très discrète église Notre-Dame du Rosaire regroupe tous les chrétiens du Qatar. En plus d’une grande église et de plusieurs chapelles, le complexe compte un temple protestant et une église réservée aux orthodoxes. Les papistes sont de loin les plus nombreux dans ce complexe tentaculaire. « Certains vendredis, précise le père Gonzaga, cent mille catholiques viennent en une seule journée. Un peu comme notre dimanche à nous (rire) ! » Les célébrations s’enchaînent de dix heures à 22 heures dans l’église et les deux chapelles avec des messes en tagalog, en anglais, en arabe ou encore en malayalam et en tamoul (les langues indiennes parlées au Kerala et au Tamil Nadou). « Avant de devenir père supérieur, j’étais responsable de la communauté philippine. C’est la plus importante, plus de cent mille personnes. Mais notre communauté ne se résume pas qu’à eux. Nous avons des Indiens, des Sri lankais, des Anglais, des Américains, des Français... Je dois m’adapter à tant de nationalités ! » Les catholiques accueillent même la communauté maronite qui se réunit régulièrement dans une des chapelles de Notre-Dame du Rosaire. « Je joins mes prières aux leurs pour qu’ils trouvent un lieu à eux », confie Rallye S. Gonzaga, pas pressé pour autant de voir partir ses coreligionnaires libanais.

Le soleil brûle dans la cour devant l’église. En plus des bureaux des prêtres et des espaces réservés aux offices, une série de bâtiments servent à la vie communautaire. Des enceintes crachent de la pop chrétienne dans le préau transformé en salle de danse. Une poignée d’enfants se meuvent sous le regard de leurs parents. Dexter, un Philippin, crie pour répondre aux questions. « Nous consacrons le mois d’août aux familles. Chaque vendredi, on organise un événement différent : pour les parents, les familles, les célibataires... Aujourd’hui c’est le jour des enfants. »


(Pour mémoire : Raï pose la première pierre de l'église Saint-Charbel au Qatar)


Pousser la porte

« Nous sommes chanceux d’avoir autant de communautés ici, commente de son côté Bernard Balomares. Pour les grands événements comme Noël, nous nous réunissons tous ensemble. » Ce Philippin occupe une place importante dans cette communauté où l’église universelle n’est pas qu’un concept : il coordonne les cours de catéchisme. « Soixante personnes participent à l’organisation, il y a 1 400 enfants chaque vendredi », annonce-t-il. D’un pas pressé, le rire toujours proche du visage, Bernard passe de classe en classe en slalomant à travers les dizaines de parents qui attendent dans les couloirs de ce qui s’apparente à une école construite sur trois étages. « Avant 2008, c’était difficile de transmettre nos valeurs et notre religion, confie-t-il. La construction de l’église a vraiment changé les choses. » À Doha depuis une trentaine d’années, Sunita et Michael Mascarenhas se souviennent avec précision de cette époque difficile. « Il n’y avait pas d’église au début des années 80, raconte Michael qui nous reçoit chez lui. Prier était interdit. Nous avions l’habitude d’organiser des cérémonies secrètes chez un fidèle. » Il passe à l’époque des heures à côté du téléphone, attendant un coup de fil lui indiquant le lieu de rendez-vous. « C’était toujours à la dernière minute pour éviter les risques. » Le début des années 2000 marque un tournant et le gouvernement autorise les chrétiens à se réunir pour pratiquer leur foi. « Nous louions une maison à Ras Abou Aboud (un quartier périphérique de Doha). Il y avait seulement le prêtre et les croyants et on priait tous ensemble, comme une grande famille. Ces moments-là me manquent. Aujourd’hui, les Philippins prient d’un côté, les Indiens de l’autre... Ce n’est techniquement plus possible de célébrer tous ensemble. »

Reste que Sunita et Michael trouvent ici une atmosphère spirituelle particulièrement riche qu’ils considèrent comme unique. « Au pays, précise Sunita, nous sommes une minorité. L’église n’ouvre qu’une partie de la journée. À Doha, je peux pousser la porte quand je le souhaite et parler immédiatement à un prêtre. » Pour elle, la situation est même meilleure que dans de nombreux pays de tradition chrétienne. « Mon fils et ma fille habitent en Angleterre et aux États-Unis et ils ne vivent pas cette atmosphère, sourit-elle. Là-bas, la plupart des croyants sont des gens de plus soixante ans ! »




Pour mémoire

Raï au Qatar, une visite qui n’est pas que pastorale


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Aractingi Jean-Marc

Notons pour information que les dernières fouilles archéologiques le long de la rive du golfe persique du Kuwait aux Emirats Arabes Unis et au Qatar, ont mis à jour des monastères chrétiens comme celui d'un monastère abandonné au premier siècle de l'Islam ainsi qu'une Eglise.
Ces monastères furent des pôles d'attraction pour les nomades arabes.
Les sanctuaires chrétiens arabes ont eu un grand rayonnement dans la péninsule arabique comme celui dédié à Saint Serge qu'on retrouve aussi en Syrie!

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