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Économie

En Syrie, réhabiliter le chemin de fer pour reconstruire le pays

Transport
OLJ
10/09/2018

Près de Damas, dans sa locomotive, Abou Abdo déborde d’enthousiasme à l’idée de tester des rails fraîchement installés. En Syrie, le gouvernement de Bachar al-Assad veut réhabiliter des centaines de kilomètres de chemins de fer. L’initiative doit contribuer aux efforts de reconstruction dans un pays ravagé par la guerre depuis 2011, mais aussi relancer le commerce régional, assurent les autorités, au moment où le pouvoir d’Assad a consolidé son emprise sur près des deux tiers du territoire.

Avant le conflit, les voyageurs pouvaient parcourir en train des centaines de kilomètres en Syrie, de Damas jusqu’à Homs, Alep, Lattaquié ou encore Deir Ez-Zor. Mais dès 2012, les combats dans un pays morcelé ont mis les locomotives à l’arrêt. « J’attends ce jour depuis six ans », se réjouit Abou Abdo, cheminot de 42 ans, en pianotant sur le tableau de commande devant lui pour manœuvrer sa locomotive.

« Course contre la montre »

Sous un soleil écrasant près de Damas, des ouvriers posent encore des traverses de bois sur une voie ferrée, non loin de la plateforme d’une nouvelle station au carrelage flambant neuf. Ce tronçon d’une dizaine de kilomètres devait être terminé pour l’ouverture, le 6 septembre, de la Foire internationale de Damas, organisée en banlieue. Objectif : que les habitants puissent s’y rendre en train depuis la capitale, à bord des 28 navettes organisées quotidiennement.

Sur les 2 450 km de voies ferrées qui traversent la Syrie, les autorités ambitionnent d’en réhabiliter 1 800, selon le ministère des Transports. Elles travaillent sur plusieurs lignes, notamment celles de Damas-Homs, Homs-Alep et Homs-Deir Ez-Zor.Tout au long du conflit, les rebelles ont fait exploser des voies pour entraver le trafic ou ont démantelé des rails pour revendre le métal. Et des voies ont été endommagées par la guerre. « Nous menons une course contre la montre pour réhabiliter les chemins de fer », commente Radwane Tikriti, directeur des chemins de fer pour la région de Damas. Dans les provinces côtières de Tartous et Lattaquié, relativement épargnées par la guerre, le trafic fonctionne de nouveau presque normalement. M. Tikriti, quinquagénaire et fonctionnaire dans le secteur de Damas depuis 30 ans, habitait autrefois tout près de la gare de Qadam, dans le sud de capitale. Le matin, il se réveillait avec le sifflement des trains. Début 2013, il a dû fuir le quartier, conquis par des rebelles, puis par le groupe État islamique (EI). En mai, les forces gouvernementales en ont chassé les jihadistes et il rêve aujourd’hui de rentrer chez lui. « On a tous très envie d’entendre le bruit des trains retentir à nouveau », dit-il. « On travaille pour reconnecter les villes entre elles », s’enthousiasme-t-il. « Cela permettra d’acheminer des matériaux de construction vers toutes les régions détruites. »

Début juillet, le président Assad avait assuré que la reconstruction était la « première priorité » en Syrie. La guerre a fait plus de 350 000 morts, mais elle a aussi porté un coup dur aux infrastructures et entraîné des destructions estimées par l’ONU à près de 400 milliards de dollars. Des localités et des villes entières ne sont souvent plus que des champs de ruines. Selon des experts, le niveau de l’économie est revenu trois décennies en arrière.

Commerce régional

« Les chemins de fer joueront un rôle essentiel durant la phase de reconstruction », estime le ministre des Transports, Ali Hammoud, expliquant que des cargaisons volumineuses pourront être transportées « plus rapidement et à un moindre coût ». Par ailleurs, assure le ministre en exhibant une carte de la Syrie, la réhabilitation des chemins de fer va permettre de dynamiser le commerce régional : « Nous sommes la fenêtre du Golfe, de la Jordanie et de l’Irak vers la Méditerranée. L’objectif est de relier les ports syriens aux pays voisins », précise le ministre, en allusion aux sites de Tartous et de Lattaquié. « Nous allons reconnecter toutes les frontières. »

Abou Abdo rêve, lui, de revoir sa région d’Idleb, ultime grand bastion des insurgés dans le nord-ouest. « J’espère qu’un jour viendra où je pourrai retourner dans ma ville », lâche-t-il. « À ce moment-là, on pourra dire que la Syrie est redevenue ce qu’elle était avant la guerre. »

Maher AL-MOUNES / AFP

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