Les lauréats du Animal – Free Wool Prize et inventeurs du Woocoa. Photo tirée du site de PETA
Après l’alimentation, voici venu le temps de la laine végétarienne… Une nouvelle tendance qui n’a guère laissé indifférent l’univers de la mode. La designer britannique Stella McCartney, militante convaincue, qui a obtenu un Special recognition Award For Innovation en 2017, a sponsorisé cette année le Animal – Free Wool Prize, en collaboration avec l’ONG PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) et la firme Stray Dog Capital. Une action lancée après notamment la divulgation par PETA – l’association mondiale la plus puissante pour la protection des animaux – d’une vidéo de son cru dénonçant des éleveurs de moutons en train de malmener des bêtes pour raser leur laine. Ce prix a été décerné à quatre étudiants de l’université de Los Andes de Bogotá qui ont créé une alternative à la laine de mouton baptisée Woocoa. Le quatuor (Manuel Ortiz, Moises Hernandez, Ivan Caballero et Ana Andrade) a réussi à obtenir ce résultat en alliant des fibres de noix de coco, du chanvre et des enzymes de champignon. Le but des lauréats était de produire un textile en accord avec la nature, qui donne pleine satisfaction aux consommateurs et, surtout, qui évite les souffrances infligées aux moutons pendant la séance de rasage de leur laine. Le jury a apprécié le cycle de vie de leur matière, le processus de réalisation et ses diverses qualités (recyclable, durable, adaptable). Ils ont même été conviés à un training de deux semaines au quartier général de Stella McCartney à Londres.
Les souffrances d’un mouton pour un pull
Les jeunes inventeurs décrivent ainsi la démarche qui les a conduits à leur trouvaille : alors que les fibres de noix de coco et le lin répondent au critère de durabilité, elles sont cependant rêches. Il a fallu leur donner la texture moelleuse de la laine. Après consultations auprès de professeurs de biologie, de génie chimique et de design de leur université, ils ont décidé d’utiliser des enzymes de champignon pour dissoudre la molécule de lignine qui durcit les plantes et leur enlève également leur couleur naturelle. Les rendant, par la même occasion, prêts à être teintées. Aujourd’hui, ils sont conscients qu’après ce bon départ, il leur reste à trouver la meilleure formule pour commercialiser cette substance qui porte leur signature et qui peut être tissée comme de la vraie laine.
Par ailleurs, en véritables environnementalistes, Manuel Ortiz, Moises Hernandez, Ivan Caballero et Ana Andrade ont associé leur succès à l’impact positif qu’il peut avoir sur leur pays en diffusant les matières premières de leur choix. Ils précisent : « Au cours de nos recherches, nous avons découvert que chez nous il existait 114 différentes espèces de fibres végétales utilisées dans l’artisanat. La fibre de noix de coco, qui est restée un déchet agricole, pourrait, en fait, faire bénéficier la côte Caraïbe, et le chanvre remplacer les cultures illégales des régions qu’occupait le groupe rebelle FARC. » Dans leur optique, en n’ayant pas recours aux moutons, ils peuvent restituer son dû à la nature, considérant, enfin, que cette solution, qui respecte l’équilibre de l’environnement, peut générer des emplois en Colombie et aider à atténuer l’effet nocif de l’industrie des textiles. « Et surtout, ont-ils précisé, nous aurons ainsi préparé un futur où aucun mouton ne souffrira de sévices pour qu’un pull soit réalisé. »
Déjà, au cours de ces dernières années, des designers et des marques de vêtements, conscients de l’importance de ce problème, ont établi des partenariats avec des spécialistes en biotechnologie pour offrir des matières non animalières : soie et duvet d’oie artificiels, fausse fourrure high-tech et cuir végétal dérivant de différentes sources : ananas ou déchets de la fabrication du vin sont des matières à développer. Mais, jusqu’à présent, il n’y avait pas eu de substitut à la laine. Cette tentative est en train d’engendrer les idées les plus inattendues et les plus insolites : dans un institut d’art de l’État du Maryland, par exemple, on cherche à faire pousser des poils similaires à ceux de différents animaux sur une peau végétale.
La quenouille devrait donc laisser au vestiaire sa laine d’antan et ne filer que du végétarien et du bon coton. Brigitte Bardot, la star des sixties, grande militante de la cause animale depuis de nombreuses années, aux inoubliables protestations, souvent médiatiques, proférées par sa bouche boudeuse, doit apprécier, et peut-être sourire, à la Madrague, sa villa de Saint-Tropez.


Ah! Il ne faut même pas les tondre, ces moutons? Pas grave, je continuerai quand même à manger leur viande: elle est succulente!
10 h 56, le 06 septembre 2018