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Liban

Au Liban, un paradis sous terre aussi invisible que menacé

Loisirs / Spéléologie

Les membres du Spéléo Club du Liban se mobilisent face aux enjeux environnementaux qui affectent de plus en plus les écosystèmes souterrains.


29/08/2018

Au nord de Beyrouth, à Antélias, une douzaine de personnes se retrouvent au bord de la route dans un endroit aride et poussiéreux. Ils revêtent des combinaisons rigides bleues, des bottes de caoutchouc, des casques rouges munis de lampes frontales, pour explorer la grotte de Kassarat, la « grotte des carrières », qui tire son nom du site d’extraction qui se trouve juste au-dessus.

Arrivés sous terre, les spéléologues se suivent à la queue leu leu, dans l’obscurité. Le chef de file indique le chemin à suivre pour ne pas se perdre dans ce labyrinthe rocheux. Malgré la boue visqueuse, la température froide et humide, la beauté des formations rocailleuses est éblouissante. « Le créateur de cette grotte, c’est l’eau, et l’architecte en est le temps », s’extasie le président du club, Johnny Tawk.

Avec un terrain de jeu d’environ 650 grottes au Liban, l’exploration sous terre est un sport et une science attirant de plus en plus la curiosité des gens.

Au Spéléo Club du Liban, le club le plus ancien du pays, ils sont environ une centaine d’abonnés, et une trentaine de membres actifs qui participent régulièrement aux explorations. Pour faire partie de l’équipe, chaque membre doit faire un minimum de cinq sorties et des entraînements pour se familiariser avec les techniques souterraines, comme il doit connaître les différentes dimensions de la spéléologie telles que la topographie, l’hydrologie, l’archéologie, la conservation et la photographie.

« Nous préparons un module pour chacun de ces aspects. Nous voulons que les membres soient informés et qu’ils acquièrent une connaissance générale du domaine. Ensuite, chacun se spécialise selon ses talents et accorde plus de temps à une section particulière », explique Stéphanie Mailhac, qui se spécialise dans le volet sportif et technique.

Outre ces différents exercices, tous les membres doivent suivre la formation de sauvetage. « S’il y a un accident, nous devons réagir, souligne Johnny Tawk. Parfois, nous avons besoin de 100 à 200 membres pour pouvoir sortir un blessé d’une grotte. » Par mesure de prévention, lors des excursions, il faut un minimum de trois personnes. « La vie de chacun dépend de la vie de l’autre. Il faut construire un rapport de confiance, puisque c’est un travail d’équipe », précise Stéphanie Mailhac, membre depuis 10 ans.


Un patrimoine naturel en péril
Après avoir marché, les deux pieds dans la vase, mouillée et très glissante, la troupe atteint une petite rivière souterraine. Le point de vue est splendide, l’eau est cristalline, mais elle est imbuvable. « Des 650 grottes au Liban, nous ne pouvons boire de l’eau que d’une cinquantaine de caves, puisque la plupart d’entre elles sont polluées », déplore Johnny Tawk, en indiquant que les carrières, les poubelles et les égouts sont les principales causes polluantes.

En continuant à grimper, avec un champ de vision idyllique, l’équipe atteint une autre galerie, mais, contrairement au reste de la grotte, elle contient une faible quantité de formations géologiques. « Les plafonds sont tombés à trois reprises à cause des carrières qui se trouvent au-dessus », regrette Stéphanie Mailhac, en indiquant les trois couches énormes de pierre comportant des stalagmites complètement détruites. Malgré la beauté exceptionnelle de cette grotte, en faisant demi-tour, au milieu de nulle part, on tombe sur un pneu et quelques autres déchets. Des témoins de la pollution environnante dans un milieu très reculé.


Des pneus en feu… pour tuer les chauves-souris
Pour diminuer les répercussions environnementales sur les grottes, il y a un réel travail de conscientisation à faire au Liban. « Il existe beaucoup de mythes par rapport aux grottes. Certains chasseurs lancent des pneus en feu dans un gouffre pour tuer les chauves-souris, alors qu’elles sont extrêmement importantes pour l’écosystème », explique Patrick Lteif, membre du club depuis quatre ans et archiviste du club.

Même problème au niveau du tourisme. « Nous avons écrit plusieurs rapports au ministère du Tourisme par rapport aux grottes qui sont transformées en attraction touristique. Nous lui avons communiqué des recommandations pour limiter les dégâts », souligne Johnny Tawk. La grotte de Jeita est l’une des attractions touristiques les plus populaires au Liban, mais les conditions dans lesquelles elle est maintenue ne sont pas nécessairement adéquates. « Ils nettoient la grotte de Jeita avec de l’eau polluée, déplore-t-il. Son acidité détruit les stalagmites et stalactites. »

Pour conserver ce patrimoine naturel, il faut éduquer les gens sur les grottes. « La population n’est pas consciente qu’il y a tout cet écosystème sous terre, puisque ce n’est pas visible. Le monde souterrain est aussi important que le monde sous-marin, puisqu’il fait partie de notre Terre et nous devons le protéger pour conserver un écosystème équilibré », précise Stéphanie Mailhac.

En plus d’être un milieu biologique indispensable, ce patrimoine comporte de nombreuses informations historiques sur le climat d’un pays. « Il est possible de recueillir les informations sur le climat du Liban depuis la formation des stalagmites et des stalactites. Chaque décennie, celles-ci s’épaississent d’un millimètre. Une stalagmite de 1,20 mètre peut être âgée de 11 000 ans », explique Johnny Tawk, en contemplant les nombreuses formations brillantes.


Un symposium en Turquie en octobre
Ces passionnés de sport extrême et de sciences ne perdent toutefois pas espoir face aux problèmes environnementaux et continuent d’explorer les grottes pour récolter le plus d’informations sur elles. « Personne ne connaît la beauté de ces caves. Quand nous sommes à l’intérieur, nous perdons la notion du temps. Il a fallu des millénaires pour la création de ces formations », constate Patrick Lteif, d’un air admiratif.

Pour informer la population sur son domaine, le Spéléo Club du Liban organisera le congrès Middle East Speleological Symposium à Antalya, en Turquie, en octobre, où plusieurs groupes internationaux discuteront du rôle de la spéléologie dans leur pays respectif.


Pour mémoire
Sami Karkabi, cofondateur du Spéléo Club du Liban, n’est plus

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