Des partisanes du Hezbollah brandissant des photos du secrétaire général du parti, Hassan Nasrallah, lors de la diffusion de son discours, le 14 août 2018, dans la banlieue sud de Beyrouth. Aziz Taher/Reuters
Il n’est plus possible de vaincre militairement le Hezbollah... Ce qu’il faut faire, c’est imposer des sanctions au Liban, comme les États-Unis le font avec l’Iran. C’est ce qu’affirme un ancien chef du Mossad, Tamir Pardo, dans une rare interview publiée par le quotidien israélien The Jerusalem Post ce vendredi.
Pour cet ancien haut gradé du renseignement israélien, qui était en poste de 2011 à 2016, « il serait dix fois plus facile de limiter la menace que représente le Hezbollah en appliquant des sanctions, que cela ne l’est avec l’Iran. Et si le président Trump (imposait de telles sanctions) maintenant, l’impact serait plus important qu’il ne l’est actuellement sur la question du nucléaire iranien ».
« Le Liban est le seul État du monde qui dispose d’une entité terroriste ayant plus de pouvoir que l’armée nationale. Le Hezbollah est le Liban : il siège au gouvernement et au Parlement, il a un pouvoir de décision sur tous les dossiers politiques », affirme Tamir Pardo, qui souligne que le parti de Dieu « a énormément d’expérience en matière de combat, ce qui ne doit pas être pris à la légère ». Il ajoute que le Hezbollah, selon un modèle qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde, « fait inextricablement partie de l’Iran ».
Ayant planté le décor, M. Pardo estime que la stratégie consistant à « attaquer le Hezbollah sans attaquer tout le Liban, comme lors de la guerre de juillet-août 2006 (12 juillet-14 août, NDLR), est un concept obsolète ». « Israël peut toujours faire la guerre au parti chiite... Théoriquement, nous pouvons résoudre ce problème avec une guerre. Mais pour vaincre définitivement le Hezbollah, il faudrait envahir le Liban du Sud jusqu’au Nord, à cause de leurs missiles à longue portée », ajoute l’ancien n° 1 du Mossad. Selon ses estimations, l’envoi de troupes jusqu’à l’extrême nord du pays du Cèdre « augmenterait considérablement les pertes, qu’il s’agisse de civils libanais ou de soldats de l’armée israélienne ». Le Hezbollah répliquerait, en outre, en frappant le territoire israélien avec toute sa puissance de feu « qui s’élève à près de 130 000 missiles ».
Dans ce contexte, l’ancien maître espion souligne que le « problème libanais » pourrait être résolu d’une manière « différente et plus appropriée ». Un plan qualifié de « révolutionnaire » par le Jerusalem Post.
« Que l’Iran retire entièrement ses tentacules »
« Si Trump annonce des sanctions contre le Liban, comme il l’a fait contre l’Iran, l’économie libanaise ne pourra pas tenir plus de trois ou quatre mois. Le Liban n’est pas l’Iran, c’est un pays minuscule qui dépend de l’Occident et des pays sunnites modérés », affirme-t-il. « Même s’il n’impose au Liban que certains aspects des sanctions imposées à l’Iran, cela reste un moyen beaucoup plus efficace que la guerre » pour vaincre le Hezbollah, ajoute Tamir Pardo. Il précise que, pour une efficacité optimale, les Occidentaux devront clairement indiquer que ces sanctions seront levées à deux conditions : « Si le Hezbollah abandonne ses armes ou est entièrement incorporé à l’armée libanaise ; et si l’Iran retire entièrement ses tentacules du Liban. »
« Si cette stratégie combine les capacités de Donald Trump, de la France et des États modérés du Golfe, elle pourra réellement changer la donne », insiste M. Pardo, qui relève « les intérêts similaires qu’ont ces pays à neutraliser le Hezbollah, qui leur donne du fil à retordre, notamment au Yémen ».
« Évidemment, admet l’ancien agent du Mossad, à court terme ces sanctions nuiront aux communautés sunnite et chrétienne du Liban. Mais les dommages qu’elles subiront seront minimes en comparaison à ceux engendrés par une guerre générale entre Israël et le Hezbollah. »
Fin juillet, le quotidien israélien Haaretz avait annoncé que l’armée israélienne avait évoqué avec le gouvernement une éventuelle nouvelle guerre avec le Hezbollah et présenté trois scénarios possibles. Selon le quotidien, l’armée israélienne prévoit qu’en cas de guerre, des centaines de milliers de roquettes pourraient être tirées du Liban-Sud et un bon nombre d’entre elles risqueraient de ne pas pouvoir être interceptées par le système de défense aérien israélien.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine