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Silence au poulailler...

Billet
04/08/2018

Comme l’a si « courtoisement » demandé notre ministre sortant du Tourisme en juillet dernier en présence des présidents des syndicats des restaurateurs et des hôteliers, le silence est demandé à tous les médias, surtout en période estivale. Quelle que soit l’ampleur du scandale, l’importance de l’affaire, l’urgence de la situation, peu importe... Tony Ramy, le président du syndicat des restaurateurs, avait même pris pour exemple le père de famille qui, en bon père justement, se doit de cacher le handicap de sa fille au prétendant et ne la montrer que sous son meilleur jour afin de conclure les fiançailles.

Mis à part le mauvais goût et le manque de tact d’un éminent entrepreneur et homme d’affaires se frottant pourtant à la jet-set libanaise et internationale, il est évident que la presse n’a pas pour rôle de cacher ou camoufler quoi que ce soit, d’autant plus qu’il s’agissait à l’époque de la santé publique et de la qualité de l’eau des baignades ! Il s’agit certes d’un service à vendre, mais dont les retombées sur la santé peuvent être dramatiques au cas où le citoyen n’est pas averti du danger caché derrière la couleur bleue, pourtant beaucoup moins turquoise...

En attendant, on dirait bien que M. Ramy fait des émules... Depuis plusieurs jours, nos réseaux sociaux ne parlent pratiquement que d’un sujet : le poulailler au cœur d’Électricité du Liban (EDL). Et ne voilà-t-il pas que ce même conseil « courtois », asséné par les rois du tourisme en juillet dernier, a été adressé à nouveau aux médias, mais cette fois par une institution publique, l’EDL donc, qui invite les médias à « ne pas gonfler cette affaire ». Si ces médias avaient obtempéré, ils auraient dû taire l’affaire et conseiller à leur tour, subtilement cette fois, aux responsables de l’EDL d’aller couver leurs œufs ailleurs. Dans ce cas, les médias libanais auraient alors jeté au feu leurs reportages et révélé cette fameuse « mauvaise foi » des journalistes, qui ne font que mettre en avant les vicissitudes de notre pays. C’est donc un silence au poulailler qui est imposé depuis quelques jours. Mais qui parle donc ? L’âne ? Qui est l’âne ? L’âne, ce sont ces petits diables des médias, ces journalistes, notamment les médias télévisés, qui s’efforcent, gigotent, se rebellent pour finaliser leurs enquêtes, découvrir, suivre, contrôler l’incontrôlable et l’intouchable dans ce pays et surtout ne se taisent jamais.


(Lire aussi : Poulailler à EDL : la direction sort de son silence)


Dans un poulailler où le silence est loi, tous les jeux sont permis. Il est d’ailleurs souvent grassement gratifié. L’âne, c’est aussi ces rédacteurs en chef qui rédigent des introductions interminables essayant d’éclairer les téléspectateurs, chaque soir, sur la situation du poulailler : les affaires sournoises, les discours pompeux piégés, les œufs traficotés, la lumière tamisée, l’horloge déréglée, les poules échangées, le coq castré, la chaleur artificielle, les salles d’à côté, le ciel couvert, le soleil caché, l’environnement violé, l’alimentation synthétisée, l’eau infestée, les antibiotiques bien dissimulés, l’air conditionné et enfumé, etc. Mais rien n’y fait. L’âne brait et tout le poulailler s’estime heureux que c’est lui qui n’arrive pas à se retenir en premier et qu’il perd à chaque fois dans ce jeu. Le pauvre âne ne comprend visiblement pas les règles du jeu : à chaque fois qu’il découvre une catastrophe ou dévoile un scandale, il est pointé du doigt par le reste du poulailler comme un sensationnaliste qui exagère, gonfle et insiste inutilement. Par ailleurs, le poulailler devient de plus en plus célèbre en affichant un record dans son silence. Silence au poulailler, c’est l’âne qui va parler… Qui est l’âne ?

L’âne c’est le seul animal qui visite le poulailler et qui n’est pourtant pas une poule. Il est là juste pour parler, pour prendre le rôle de celui qui perd, pour déranger et braire aussi fort que ses poumons le lui permettent !

Ce qui est drôle pour certains est, hélas, une triste réalité. La vraie catastrophe sera quand l’âne comprendra enfin les règles du jeu et décidera de se taire. Les œufs seront traficotés calmement, le soleil sera constamment caché, le temps ne cessera d’être infiniment déréglé, la lumière ne sera que tamisée, le soleil n’existera plus, la chaleur restera inchangée, les antibiotiques finiront dans les mangeoires, l’eau ne cessera d’être infestée, mais, au moins, le silence régnera à jamais au poulailler. C’est cela qu’ils veulent ?

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Talaat Dominique

pour votre silence, vous aurez droit tout les matins à des oeufs frains

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