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Culture

La Semaine de la critique, bilan

La rédaction a vu pour vous au Metropolis Empire Sofil.

« Chris the Swiss », la part d’ombre d’un homme
Pourquoi Christian Würtenberg, un journaliste suisse de 26 ans, est-il mort assassiné en Croatie pendant la guerre civile de l’ex-Yougoslavie ? Cette question hante sa cousine Anja Kofmel au point d’en devenir une obsession. Mêlant le documentaire et les images d’archives à un film d’animation sombre et mélancolique, la jeune réalisatrice tente de retrouver la trace de ce jeune reporter fasciné par le danger. En se frottant à ce difficile deuil familial, la Suissesse se heurte également à des interrogations plus générales : qu’est-ce qui pousse un jeune homme à être reporter de guerre ? Peut-on assister à un conflit sans y prendre part ? Chris the Swiss est un film hybride intime et universel où la trajectoire personnelle d’un homme se confond avec l’histoire de l’humanité.

« Shéhérazade » : l’amour sur le trottoir
Dans la crasse de Marseille, l’amour pur naît entre deux passes dans une voiture. Pour son premier long-métrage, Jean-Bernard Marlin filme avec tendresse la racaille de la cité phocéenne. Inspirée par un fait divers, la fiction – une histoire d’amour entre un jeune caïd et une prostituée au nom éponyme – germe dans un quasi-documentaire où les visages à la fois brutaux et virginaux des acteurs, trouvés lors de castings sauvages, portent déjà en eux l’intrigue du film. Comme dans Mamma Roma de Pasolini, la poésie, seule capable de briser l’engrenage infernal dans lequel sont tombés les personnages, est d’autant plus forte qu’elle surgit dans un monde de violence et de misère affective. Shéhérazade, titre qui fait référence aux Mille et une Nuits et signifie « enfant de la ville » en perse, est donc un conte urbain et romantique où la naïveté est le plus beau des défauts.

« Wildlife », l’anti-American dream
Le remarqué premier film de l’acteur Paul Dano conte la désintégration d’un couple dans l’Oklahoma des années 60, miné par les tabous et la ruralité. Pourtant, c’est l’histoire d’une émancipation, celle de Janette, qui décide de chercher du travail après le départ de son mari (Jake Gyllenhaal), sous le regard torturé de son fils Joe (Ed Oxenbould). À 14 ans, il ne rêve que d’une chose, le retour de son héros de père. Adolescent abandonné, il devra malgré lui endosser le rôle d’homme de la maison tandis que sa mère batifole dans les bras d’un riche et monstrueux veuf. C’est ce personnage féminin, interprété par Carey Mulligan, qui fait la force du film. Désespérée, égoïste, cruelle, mais comment pourrait-elle être autrement ? Femme seule, désireuse de brûler sa vie mais engoncée dans son rôle de mère au foyer, l’actrice irradie. Un anti-Mad Men réussi, mélancolique et maîtrisé.

« Un jour de mariage » : tendre loser en Algérie
Attablé dans un restaurant, un groupe de femmes rit très fort. À la table d’à côté, un homme visiblement exaspéré leur demande de se taire. Grave erreur. L’inconnu finira par s’excuser platement, rouge de honte devant ses amis, pour avoir eu le culot de leur reprocher un quelconque comportement. Il suffira de cette première scène, virulente et jubilatoire, pour saisir le talent d’Elias Belkeddar. Récompensé par le prix Canal + lors du dernier Festival de Cannes, le réalisateur capte la beauté et les maux de l’Algérie. Sa caméra suit Karim, interprété par Miloud Berrahal, un petit malfrat qui se débrouille en organisant de faux mariages à Alger. L’homme est français et traîne sa carcasse dans les boîtes de nuit, exilé et pétri de solitude. Les femmes sont flamboyantes et gouailleuses. Mais tous sont quelque part emprisonnés. Un court-métrage prometteur.


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