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Liban

La réconciliation de la Montagne, un souvenir teinté d’amertume

Commentaire

Un discours politique qui inscrit les communautés dans un rapport de rivalité et non de coopération sape leur confiance l’une dans l’autre et pourrait conduire à une nouvelle tutelle.

Fady NOUN | OLJ
02/08/2018

Dans la mémoire nationale, le 2 août est lié à ce qu’on a appelé « la réconciliation de la Montagne », une grande fête marquée par une visite triomphale du patriarche maronite Nasrallah Sfeir à Moukhtara, le fief de Walid Joumblatt, en 2001 et une décision de tourner définitivement la page de la « guerre de la Montagne » qui avait éclaté le 3 septembre 1983 (après le retrait de l’armée israélienne, qui avait envahi le Liban en 1982) entre des miliciens druzes du Parti socialiste progressiste (PSP) et des miliciens chrétiens des Forces libanaises. Or, ce souvenir est aujourd’hui teinté d’amertume.

La « guerre de la Montagne » avait provoqué le déplacement massif des populations chrétiennes du Chouf, de Aley et du Haut-Metn, ainsi que de certaines régions du Liban-Sud (Iqlim al-Kharroub et villages de l’est de Saïda). C’était là un épisode d’une guerre plus grande qui ravageait le Liban depuis 1975 et dont la Syrie de Hafez el-Assad était l’un des acteurs, comme l’a rappelé opportunément l’ambassadeur de France Emmanuel Bonne (octobre 2016) dans un discours mémorable prononcé à l’occasion de la remise de la Légion d’honneur à Samir Frangié.
 « En 1990, c’est la fin de la guerre et c’est la Syrie d’Assad qui l’emporte. Le Liban gagne la paix, mais se voit aussi imposer une lourde tutelle, affirmait le diplomate. Pour certains, c’est le prix qu’il faut payer, celui de la paix, mais pour vous (Samir Frangié), c’est inacceptable, c’est insupportable. Les Libanais doivent décider pour eux-mêmes. Ils doivent se réconcilier. Or, le régime syrien les divise encore pour mieux justifier sa mainmise sur le pays qu’il occupe brutalement et pille sans retenue. Vous décidez alors de vous consacrer entièrement à une réconciliation nationale qui est pour vous aussi une lutte de libération. Dans cette entreprise difficile, vous avez tout le soutien du patriarche Sfeir auquel vous lie une haute estime réciproque. »
« Ces années de plomb semblent près de s’achever lorsque les Israéliens se retirent du Liban le 25 mai 2000. La libération est un grand moment d’union nationale. D’un coup, la présence syrienne au Liban paraît à la fois bien plus lourde et plus contestable. Au mois de septembre 2000, le patriarche Sfeir et les évêques lancent l’appel de Bkerké exigeant « un redéploiement des troupes syriennes » auquel vous obtenez qu’ils ajoutent les mots suivants : « ... dans la perspective de leur retrait du Liban. » Le message est évidemment mal reçu à Damas, mais il galvanise les Libanais et déclenche une revendication souverainiste (…) Vous œuvrez aussi à la réconciliation de la Montagne, entre druzes et chrétiens, qui vous tient particulièrement à cœur. »



Caution morale
Certes, après l’accord de Taëf et la normalisation amorcée, un processus officiel de réconciliations locales avait pris son élan dans la Montagne. Ce processus se faisait au cas par cas et s’inscrivait dans un contexte plus général de restauration de l’autorité de l’État et de reconstitution du tissu social. Toutefois, il lui manquait une forte caution morale susceptible d’encourager les populations chrétiennes, encore hésitantes, à regagner leurs villages en confiance. La visite historique du patriarche Sfeir au chef du PSP a été planifiée dans cet esprit.

Avec le recul, les proches du patriarche émérite assurent que « cette démarche avait couronné des années d’efforts déployés par le patriarche Sfeir ». « Depuis son élection, ce dernier vivait en effet dans l’obsession de l’inacceptable tutelle syrienne, favorisant par tous les moyens ce qui pouvait en amener la fin et jetant les ponts entre les leaders chrétiens comme entre les chefs politiques de toutes les communautés », ajoutent ces sources.
L’esprit de la réconciliation nationale, pensait-il à raison, est fait de confiance, et son édification est un travail de tous les jours. Malheureusement, « un discours politique triomphaliste, qui inscrit les communautés dans un rapport de rivalité et non de coopération, est aujourd’hui en train de le miner », assure-t-on de source proche du camp souverainiste. Le processus de formation du nouveau gouvernement, rempli de déclarations vexatoires et contrariantes pour certaines communautés, en est en partie une éclatante illustration.
« Ces données, estime une source politique druze, grippent aujourd’hui le processus de réconciliation nationale. »
« Le triomphalisme communautaire s’exprime aussi bien dans un langage politique que religieux, ajoute la source. Il mine la confiance que les communautés doivent avoir les unes dans les autres ; il y a de fortes chances qu’il conduise à de nouvelles ingérences d’une Syrie passée maîtresse dans l’art de diviser pour régner. »


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