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Nos lecteurs ont la parole - Par Fabienne Blineau

Retour d’Irak

J’ai commencé cet engagement au Kurdistan irakien en novembre 2015 grâce à Élisa Bureau, volontaire de SOS Chrétiens d’Orient. Rencontrée à Beyrouth, nantaise comme moi, Élisa resta deux ans au Liban, mais rapidement je compris que cette jeune fille était formidable. Douce et forte à la fois, souple et déterminée, elle ne lâchait rien et très vite imposa sa personnalité et sa gentillesse auprès de nous tous. Novembre 2015, elle me demandait de l’accompagner pour l’Irak afin d’ouvrir une garderie d’enfants au sein d’un camp de chrétiens et yazidis à Ankawa. Ce fut mon premier séjour, et comme je n’ai pas coutume de laisser tomber mes engagements, j’y retourne dès que je peux, d’autant plus que je suis élue à l’Assemblée des Français de l’étranger pour la zone Asie centrale-Moyen-Orient.
Entre 2015 et aujourd’hui, que de changements… J’ai pu lors de mes derniers séjours m’engager au sein des différents camps à Ankawa, surtout auprès des enfants, mais aujourd’hui il ne reste plus qu’un camp en cours de fermeture. Lors de mes derniers séjours, j’ai pu rencontrer des religieux, prêtres tous de la plaine de Ninive. Un seul message commun : vider et/ou faciliter l’exode des chrétiens d’Orient vers l’Occident est une double erreur. Erreur pour l’Orient, car sans les chrétiens, il n’y aura plus qu’un monde islamique et non un monde arabe. Comme le rappelait Grégoire III Laham, le patriarche melkite : « Celui qui s’engage en faveur de notre présence ne s’engage pas seulement en faveur des chrétiens, mais aussi en faveur des musulmans dans la région. » Erreur pour l’Occident, car vider les chrétiens de l’Orient, berceau du christianisme, c’est donner raison aux islamistes, adeptes du wahhabisme : cette erreur sera grave de conséquence pour l’équilibre de la chrétienté de l’Occident. Aujourd’hui, les chrétiens sont appelés à retourner dans la plaine de Ninive, mais ils en sont encore réticents pour des raisons de sécurité. Si Qaraqosh est assez sûr, Mossoul est fragile et peu de chrétiens y sont revenus.
J’ai accompagné mes amis de l’association Aide à l’église en détresse (AED) dont Marc Fromager, directeur France, dans leur mission à Mossoul. J’ai connu la libération d’Alep en décembre 2016, et sous le froid j’ai découvert une ville en partie sous les ruines. Malgré les horreurs de Homs encore toutes fraîches, Mossoul m’a anéantie. La situation politique complexe de l’Irak et du Kurdistan complique l’espoir d’une paix, mais si nous souhaitons rester optimistes, nous devons aider cette région à renaître grâce aux écoles, à l’éducation avant même de reconstruire les églises. Ce message important vient des prêtres eux-mêmes. Près de 30 000 enfants restés à Mossoul seraient endoctrinés par Daech : apprendre à égorger par exemple… un exercice quotidien appris et répété. Sous une température de plus de 50 degrés, nous avons parcouru différentes églises détruites du vieux Mossoul en rencontrant des habitants fantômes… et en prenant soin de ne pas rester longtemps au même endroit, car il est clair que l’EI y est toujours présent. Nous sentons l’odeur de la mort. Les armes de guerre se mélangent avec les pierres des églises au sol. Malgré ce climat indescriptible, car si dur, fort et intense, rentrer dans ces lieux saints pourtant meurtris était une grâce, et bien qu’aucune croix ou symbole religieux ne soient visibles, je ne poursuivrai plus le chemin de ma vie comme avant…
Nous portons tous la responsabilité de la situation actuelle en Orient. Je pourrais écrire, crier, insulter, mais je vous laisse avec mes images et, comme aime à rappeler mon ami le père Najeeb, prêtre irakien dominicain qui dans un récit poignant raconte comment il sauve les livres et les hommes, un texte profond, bouleversant et nécessaire : « Les bergers, souvent musulmans, fournissaient la laine et les familles chrétiennes la travaillaient. » Cette simple phrase, au début d’un récit très prenant, résume ce qu’était la société traditionnelle et paisible qui prévalait à Mossoul. Les communautés y cohabitaient, chacune dans sa propre foi, mais en suivant un rythme de vie unique et commun : même nourriture, mêmes coutumes, la laine était nécessaire pour fabriquer le tapis que l’on offrait aux jeunes mariés. Il en était ainsi depuis des siècles.
Plaine de Ninive. « Près de la moitié des chrétiens sont rentrés chez eux, mais il reste beaucoup à faire », dit Mgr Alberto Ortega Martin, nonce en Irak et en Jordanie. Avec 40 millions d’euros de projets en Irak, l’AED est l’organisation qui fournit le plus d’aide dans la plaine de Ninive.

J’ai commencé cet engagement au Kurdistan irakien en novembre 2015 grâce à Élisa Bureau, volontaire de SOS Chrétiens d’Orient. Rencontrée à Beyrouth, nantaise comme moi, Élisa resta deux ans au Liban, mais rapidement je compris que cette jeune fille était formidable. Douce et forte à la fois, souple et déterminée, elle ne lâchait rien et très vite imposa sa personnalité et sa gentillesse auprès de nous tous. Novembre 2015, elle me demandait de l’accompagner pour l’Irak afin d’ouvrir une garderie d’enfants au sein d’un camp de chrétiens et yazidis à Ankawa. Ce fut mon premier séjour, et comme je n’ai pas coutume de laisser tomber mes engagements, j’y retourne dès que je peux, d’autant plus que je suis élue à l’Assemblée des Français de l’étranger pour la zone Asie centrale-Moyen-Orient....
commentaires (2)

Il n'y a pas assez de mares en France pour grenouiller?

M.E

05 h 45, le 02 août 2018

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Commentaires (2)

  • Il n'y a pas assez de mares en France pour grenouiller?

    M.E

    05 h 45, le 02 août 2018

  • Chère Mme Blineau Abi Ramia, Je conteste la désignation générale de "Chrétiens d'Orient". En effet, ces communautés sont loin d'être un troupeau homogène instrumentalisé au service de desseins et d'ambitions politiques. Ces communautés sont formés d'individus partageant les valeurs chrétiennes mais ayant chacun une opinion, une conscience et une liberté. Mes valeurs chrétiennes m'apprennent par exemple à ne pas m'enfermer dans un carcan communautaire, à m'ouvrir aux autres et à les aider. Mes valeurs chrétiennes sont opposées à l'alliance monstrueuse des minorités, stratégie trompeuse au service de criminels dictateurs et leurs complices identitaires. Mes valeurs chrétiennes ne m'auraient jamais permis d'évoquer la "libération" d'Alep. Signé: une chrétien d'Orient

    Aftimos Philippe

    08 h 53, le 01 août 2018

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