Rechercher
Rechercher

Sport - Cyclisme / Tour De France

À la recherche du suspense perdu

L’équipe Sky régente le peloton depuis des années, ne laissant que des miettes à ses concurrentes.

De gauche à droite, les cyclistes de la formation britannique Sky : Jonathan Castroviejo, Luke Rowe, Geraint Thomas (vainqueur du Tour de France), Christopher Froome (quadruple vainqueur et 3e du Tour cette année), Wout Poels, Egan Bernal et Michal Kwiatkowski. Thomas Samson/AFP

Six éditions (sur les sept dernières) dominées par une même équipe ! Le Tour de France cycliste cherche désespérément à retrouver le suspense perdu depuis que l’équipe Sky régente le peloton. Par sa nature, le cyclisme entretient heureusement la rémanence. L’incertitude demeure jusqu’au bout, mais le même constat s’impose année après année, hormis en 2014. La victoire de Geraint Thomas, le troisième coureur de la formation britannique à triompher sur les Champs-Élysées, relève d’une implacable et monotone logique.
« On ne peut pas leur reprocher de gagner », déclare le directeur du Tour, Christian Prudhomme, qui use d’une comparaison avec le football européen : « C’est une sorte de Real Madrid. » Avec « les meilleurs à chaque poste », selon l’expression de Romain Bardet, le meilleur Français, qui a buté sur le surnombre de l’équipe britannique en montagne. « On a une équipe, une machine qui fait gagner trois têtes différentes (Wiggins, Froome, Thomas). Ils préparent la suite, ils vont chercher les meilleurs qui gagnent le Tour de l’avenir », note Prudhomme. De quoi poursuivre la série... au risque de provoquer la lassitude du public, rétif aux scénarios trop prévisibles.
« Aujourd’hui tout est millimétré », convient le président de l’Union cycliste internationale (UCI), David Lappartient, qui ne veut pas se limiter aux audiences toujours très élevées, une fois la Coupe du monde achevée: « Combien de gens sont vraiment captivés? Dans le football, il y a des renversements extraordinaires, improbables. On n’a plus tellement ça sur le Tour de France, alors qu’on l’a au Tour des Flandres et à Paris-Roubaix. On a envie de rêver de nouveau. Donc, il ne faut rien s’interdire. »
L’expérience d’une étape très courte de montagne (65 km cette fois), afin de limiter l’importance du collectif, est appelée à être renouvelée. Même si, relève le directeur du Tour, « c’est l’étape classique des Pyrénées (200 km) qui a été la plus belle ». Son directeur de course, Thierry Gouvenou, prévoit de chercher encore et toujours des pentes raides pour offrir un terrain favorable aux grimpeurs et aux attaquants. « On le fait depuis 2012, rappelle cependant Prudhomme. Pour le Tour 2019, 90 % du parcours est déjà tracé. »
De l’interdiction des oreillettes, un sujet de litige entre les organisateurs du Tour et les équipes voici quelques années, le débat s’est déplacé sur les capteurs de puissance qui fournissent les datas aux coureurs en temps réel, pour moduler et calculer leur effort. La tactique en course se fait en fonction de ces données et l’avantage est redonné du coup à la défense, organisée si nécessaire dans les voitures suiveuses, par les directeurs sportifs. « Il faut que les coureurs agissent avec instinct, insistait pendant le Tour Jean-René Bernaudeau, dans Le Figaro. Il faut supprimer les oreillettes. Les capteurs, on les utilise pour préparer les coureurs mais, si c’était supprimé en course, on le vivrait bien aussi. La F1 a établi des règles pour favoriser l’attractivité, contre les fabricants de moteurs. Il y a des choses à faire dans le cyclisme, il faut faire vite. »
C’est le facteur le plus important, de l’avis de la plupart des acteurs de la Grande Boucle. « Le vrai problème est lié à l’aspect financier : Sky a un budget qui est très supérieur au deuxième budget du
WorldTour », constate Philippe Mauduit, qui dirige une équipe rivale (Émirats). « Le peloton s’est énormément professionnalisé, le niveau s’est resserré. La différence se fait sur la masse salariale », insiste-t-il. Sans cacher le problème qui se pose: « Il faudra faire quelque chose si on veut garder l’attractivité du cyclisme à un haut niveau. Les médias s’étouffent et, à partir du moment où ils ne sont plus enjoués de ce qu’ils voient, ils le retransmettent au public. Il faudra peut-être passer par un plafonnement des salaires. En NBA, ça fonctionne. »
Christian Prudhomme évoque du bout des lèvres – le sujet est du ressort de l’UCI – la même direction : « On peut se dire qu’une répartition des forces comme cela existe en NBA peut avoir du sens. » Interrogé, David Lappartient répond: « Il y a toujours eu des équipes avec des moyens supérieurs. Mais j’ai annoncé pendant ma campagne électorale la création d’un groupe de travail sur l’attractivité des courses. Ce sera fait avant la fin de l’année, avec des coureurs, des organisateurs, des producteurs TV, des journalistes. Il y aura des propositions, on ne s’interdit rien. »

Jean MONTOIS/AFP

Six éditions (sur les sept dernières) dominées par une même équipe ! Le Tour de France cycliste cherche désespérément à retrouver le suspense perdu depuis que l’équipe Sky régente le peloton. Par sa nature, le cyclisme entretient heureusement la rémanence. L’incertitude demeure jusqu’au bout, mais le même constat s’impose année après année, hormis en 2014. La victoire de Geraint Thomas, le troisième coureur de la formation britannique à triompher sur les Champs-Élysées, relève d’une implacable et monotone logique.« On ne peut pas leur reprocher de gagner », déclare le directeur du Tour, Christian Prudhomme, qui use d’une comparaison avec le football européen : « C’est une sorte de Real Madrid. » Avec « les meilleurs à chaque poste », selon l’expression de...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut