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La « syntopie » d’Iris van Herpen

La Mode

Celle qu’on appelle depuis des années « l’ovni high-tech de la mode » est pourtant bien jeune – 35 ans – pour le poids des lauriers qui s’accumulent à ses pieds depuis ses débuts dans la haute couture. Et « couture » n’est probablement pas le mot qui correspond le mieux à son travail.

25/07/2018

Elle est fantastique, Iris van Herpen; fantastique littéralement, puisque son univers est habité d’êtres de lumière, d’elfes inconnus, de fées ailées et de sirènes des hautes profondeurs. Née en 1984 aux Pays-Bas, elle fait partie de la jeune garde de la Chambre syndicale de la haute couture parisienne dont elle est « membre invité » depuis l’âge de 27 ans. Sa formation, après ses études à l’institut néerlandais des arts ArtEZ à Arnhem, auprès du créateur Alexander McQueen et de l’artiste textile Claudy Jongstra, n’est pas sans influencer son style en apparence radicalement avant-gardiste mais non dépourvu de citations et références à l’histoire du costume. 

Enfant, Iris van Herpen voulait être danseuse à la suite de sa mère, professeure de ballet. Elle ne sait pas encore que ce qui la passionne le plus, dans la danse, est en réalité le costume, le tutu, l’habit qui donne des ailes. À peine prend-elle conscience de sa véritable vocation, tout va très vite pour elle. Iris van Herpen crée sa marque éponyme à seulement 23 ans et propulse aussitôt la tradition du vêtement de plain-pied dans le futur avec les technologies du présent. Ici, peu de fil et d’aiguilles, mais des algorithmes, des programmes complexes, des imprimantes 3D, des ciseaux laser, des matériaux synthétiques de dernière génération. Les robes qu’elle crée sont sculpturales à l’état statique, mais dès qu’elles se mettent en mouvement, elles réalisent dans l’espace des chorégraphies imitant des oiseaux en vol ou des fleurs aquatiques visitées par des poissons familiers. 

Dans son atelier où se côtoient développeurs, techniciens, architectes et artistes plasticiens, les éléments dessinés sur ordinateur sont imprimés sur place et minutieusement thermocollés sur des tissus arachnéens pour former à l’arrivée des ailes stylisées se comportant quasiment comme des ailes. La laine bouillie, découpée au laser de motifs tout aussi complexes empruntés à la sphère organique, semble changer de nature. On ne reconnaîtra dans cette œuvre aucun tissu familier. Tout semble filé dans un monde parallèle.  La mise en scène autant que la scénographie, la photographie et le tournage des défilés sont également confiés à des artistes spécialisés. 


Pionnière de la couture « 3.0 »
Cette interdisciplinarité annonce une nouvelle manière de « coudre », pour le moins futuriste, qui trouve parmi les stars, en particulier Björk, Lady Gaga et Beyoncé, ses plus grandes inconditionnelles. De haute couture il s’agit bien, puisqu’il s’agit ici de savoir-faire et d’ouvrages d’une délicatesse à laquelle peu de couturiers peuvent atteindre sur leurs machines à coudre. Première créatrice à oser ces technologies, Iris van Herpen est bien la pionnière de la couture 3.0.
La nouvelle collection haute couture automne-hiver 2019 de sa marque éponyme, présentée à Paris début juillet, s’intitule Syntopia. Au-dessus du podium, des tubes de verre articulés faisaient au passage des mannequins des mouvements de vagues ou de vent dans des plumes, se soulevant et s’abaissant de manière synchrone. Expliquant l’intention de la collection, la jeune femme avait précisé qu’il ne s’agissait ni de dystopie ni d’utopie, mais de la synthèse des deux visions, la terrifiante et la béate, en un présent réel et assumé. Le temps de cet œuvre est aussi bien, ajoutait-elle, celui qui arrive que celui qui est déjà arrivé.


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