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Moyen Orient et Monde

Naila Ayesh : figure discrète de la première intifada palestinienne

Portrait

À l’occasion de la projection du film « Naila and the Uprising » (« Naila et l’insurrection ») dans le cadre du Karama Beirut Human Rights Film Festival qui se tenait la semaine dernière à Beyrouth, « L’Orient-Le Jour » a rencontré Naila Ayesh, figure éponyme du film qui relate son destin discret.

25/07/2018

La soixantaine, cheveux courts et sourire aux lèvres, Naila Ayesh semble aujourd’hui bien loin des horreurs qu’elle a connues lors de la première intifada qui secoua les territoires palestiniens occupés de 1987 à 1993. Figure charismatique et discrète de cette période que l’on nomme communément « l’intifada des pierres », elle est de ces femmes qui ont constitué le noyau dur de la résistance palestinienne.


Les racines du combat
L’histoire politique de Naila Ayesh débute quand elle a huit ans, en 1969, alors qu’elle est témoin de la démolition de la maison familiale par les forces israéliennes. « Une lointaine explosion a retenti alors que j’étais en classe. Peu après, la maîtresse annonce que la maison d’Ibrahim Ayesh a été détruite. Je n’oublierai jamais le regard de mon père ce jour-là », raconte-t-elle, aujourd’hui encore bouleversée. 


Cet événement marque ce qu’elle nommera le début de son « hostilité envers l’occupation militaire » et déterminera le cours de sa vie, désormais indissociable de ses convictions politiques. « La vie quotidienne des Palestiniens est politique par définition. Tout le monde est impliqué et personne ne peut se permettre de rester chez soi à attendre », soutient-elle. 
Persuadée que l’éducation est la meilleure arme qui soit, Mme Ayesh rejoint l’Académie des sciences en Bulgarie après avoir décroché une bourse. Lieu d’étude prisé des Palestiniens, elle y fait la rencontre de nombreux militants, dont son futur mari, Jamal Zakout, un des leaders de la première intifada. 

De retour à Ramallah (Cisjordanie), le couple rejoint le Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP), et Naila Ayesh s’emploie à intégrer les femmes au combat. Nombreuses sont les épreuves qui ponctuent alors son destin de militante : emprisonnée administrativement (sans être informée de la raison de sa détention) à Jérusalem alors qu’elle est enceinte de quelques semaines seulement, elle est battue et laissée des nuits entières sous une pluie glaciale. Elle perdra son enfant à l’issue de sa détention. Quelques années plus tard, Jamal, son mari, est arrêté et déporté en Égypte comme beaucoup d’autres hommes, alors que la militante est sur le point d’accoucher. Peu de temps après, elle sera de nouveau incarcérée, cette fois avec son fils Majd, encore nourrisson. 

Un destin parmi d’autres
 « Mon histoire n’est qu’une parmi tant d’autres ; il ne s’agit pas de Naila mais de toutes les femmes palestiniennes. Nous nous sommes battues collectivement contre l’occupation », confie-t-elle. À la suite de la déportation de leurs maris, nombreuses sont en effet les femmes qui unissent leurs forces pour organiser la résistance : des grèves collectives sont instituées, des écoles clandestines édifiées et une agriculture locale est mise en place pour contrecarrer le monopole agricole israélien. 

« L’insurrection n’a pas duré cinq ans parce que de jeunes garçons ont jeté des pierres sur des tanks. Elle a duré cinq ans parce que des structures de désobéissance civile et des institutions parallèles se sont mises en place et ce grâce aux femmes qui étaient à la barre », assure Julia Bacha, réalisatrice du film Naila and the Uprising. « Les femmes sont souvent le pilier caché des mouvements qui ont fait l’histoire, mais elles ne sont jamais intégrées au récit historique, ou quand elles le sont, ce n’est jamais à la première place », déplore à son tour Naila Ayesh. « Jamais, dans notre histoire palestinienne, les femmes n’ont été réellement intégrées aux décisions qui comptent », poursuit-elle. 

Le combat des femmes est donc double : à la lutte contre l’occupation s’ajoute celle pour la reconnaissance de leurs droits au sein de la société palestinienne. Aujourd’hui, de nouvelles figures féminines comme celles de Ahed Tamimi, l’adolescente palestinienne détenue pour avoir frappé deux soldats israéliens impassibles en Cisjordanie occupée, ou Jana Jihad, toute jeune activiste palestinienne de 12 ans, émergent : « Elles sont le symbole de cette nouvelle génération de femmes palestiniennes. J’espère qu’elles apprendront de nos erreurs comme de nos réussites », conclut Naila Ayesh. 

Pour mémoire

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