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Jabbour Douaihy à l’USJ : Réinventer « une certaine idée du Liban »

Enseignement supérieur
F. N. | OLJ
24/07/2018

C’est avec des phrases et des mots très condensés que le romancier Jabbour Douaihy, invité d’honneur de la cérémonie de remise des diplômes aux étudiants des facultés, instituts et écoles du campus des sciences humaines de l’USJ qui s’est tenue à Mar Roukoz le 17 juillet, a dénoncé l’obscurantisme, la paresse et le déficit de savoir et d’intelligence d’un establishment « qui transforme la politique en prédation continuelle des biens communs ». « Plus l’obscurantisme gagne du terrain et plus les sciences humaines doivent nous fournir des outils de résistance », a-t-il affirmé, encourageant une nouvelle élite pensante à plonger tête baissée dans le débat d’idées et à réinventer le Liban.
Introduit par Christine Babikian Assaf, doyenne de la faculté des lettres et sciences humaines, Jabbour Douaihy, l’un des romanciers les plus doués de sa génération, professeur de lettres à l’Université libanaise, compagnon de Samir Kassir dans l’aventure éditoriale de L’Orient-Express, s’est tranquillement livré à la foule des 556 diplômés, professeurs, cadres de l’USJ, parents et amis présents.
Se félicitant de la tribune qui lui était offerte, l’auteur de Pluie de juin et de Saint Georges regardait ailleurs a souligné, d’entrée de jeu : « J’appartiens (…) à une famille, ma petite famille, qui n’a su rien faire d’autre que ces sciences humaines, professeurs de lettres, anthropologue, historienne ou journaliste, et on ne se réunit entre frères et sœurs que pour refaire le monde, débattre des essentiels de notre vécu local et régional tourmenté par la géographie, la religion ou la démographie. »

Outils de résistance
« C’est peut-être un profil rébarbatif d’intellectuel bavard que j’esquisse là pour vous, mais vous devez savoir que c’est au doute, à la réflexion, à la relecture du monde et de la société, à la créativité, que vous êtes appelés, vous surtout dans l’environnement qui vous attend, dans ce Moyen-Orient qui se consume avec la montée des extrêmes, vacille sous les coups conjugués du despotisme et du radicalisme religieux et souffre en même temps d’une absence de proposition visant (…) à mettre un frein à la culture communautaire et à l’esprit de clan. Plus l’obscurantisme gagne du terrain et plus les sciences humaines doivent nous fournir des outils de résistance ; plus le populisme fait des ravages avec ses raccourcis idéologiques et ses boucs émissaires annonciateurs de drames et de violences, plus le complotisme (une forme de paresse de l’intelligence et de déficit de la connaissance) devient la seule explication à la complexité du monde, et plus nos réponses, vos réponses, vous philosophes, historiens, sociologues, psychologues, politologues, gens de lettres, islamologues et autres spécialistes des religions, sont attendues.
Vous êtes appelés surtout à participer au débat, que dire, à instaurer un débat dans le pays du Cèdre où la classe politique pare malheureusement au plus pressé, à savoir sa survie clientéliste et qui transforme la politique en prédation continuelle des biens communs et en querelles sans autre contenu que la reproduction des affiliations partisanes et stériles. C’est vous qui devez concevoir “une certaine idée” du Liban qui manque cruellement à ceux qui sont aux commandes dans ce pays à refaire, à redéfinir tous les matins, et où la diversité, le vivre-ensemble et la tolérance sont des valeurs à réaffirmer, à réinstaurer contre les tentations autoritaristes et hégémoniques qui surgissent dès qu’il y a un excès de force ou de pouvoir. »

Passeurs de culture
« Vous serez aussi des passeurs de culture, cette valeur primordiale qui doit nous définir, passeurs d’abord entre deux langues, l’arabe et le français, la langue de Jahiz devant beaucoup à votre université depuis le XIXe siècle (…), sans oublier la célèbre imprimerie catholique, personnage central de mon dernier roman Toubi3a fi Bayrout et où j’ai essayé de faire défiler un siècle d’histoire de la capitale libanaise, et de montrer l’apport des jésuites à l’arabe imprimé. L’arabe mais aussi le français qui place des générations d’étudiants dans l’orbite de la francophonie et de ses valeurs. »
En début de cérémonie, le recteur de l’USJ, le Pr Salim Daccache s.j, avait prononcé un mot dans lequel, après s’être félicité d’être en présence non seulement de nouveaux diplômés, mais « d’individus accomplis (…), conscients de leurs devoirs », il avait assuré : « Votre professionnalisme, votre rigueur et votre dévouement à la tâche feront de vous les leaders de votre génération dans vos lieux professionnels respectifs. »
Comme il est de tradition, la sœur Josette Barouki de la faculté des sciences religieuses a prononcé, au nom des nouveaux diplômés, le mot de remerciements d’usage au corps enseignant et à l’USJ, tandis que Yara Fadel, de l’école libanaise de formation sociale, a prononcé le serment d’usage dans cette profession, sous les ovations de l’assistance.

F. N.

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