Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb était entendu hier sous serment par des députés. Philippe Wojazer/Reuters
L’affaire Benalla qui secoue la France depuis la semaine dernière se rapproche du premier cercle du président Emmanuel Macron : deux personnages-clés du dossier se sont défaussés hier sur son directeur de cabinet, et le Sénat a annoncé qu’il entendra jeudi sous serment son bras droit.
Deux hauts responsables, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et le préfet de police de Paris Michel Delpuech, ont été entendus hier sous serment par des députés et se sont défaussés sur les membres du cabinet d’Emmanuel Macron de la gestion du cas d’Alexandre Benalla, ce proche du chef de l’État, aujourd’hui licencié, filmé le 1er mai en train de molester des manifestants à Paris, arborant un brassard « police » auquel il n’a pas droit. « Je me suis assuré que le directeur de cabinet de la présidence, employeur de M. Benalla, avait été informé de la situation et que celle-ci était prise en compte », a déclaré Gérard Collomb, un des poids lourds du gouvernement et soutien de la première heure de M. Macron, devant une commission d’enquête parlementaire. Michel Delpuech a déclaré devant la même commission que, pour lui aussi, « le sujet Benalla était traité par l’autorité hiérarchique dont il dépendait », donc la présidence de la République.
Le 1er mai à Paris, Alexandre Benalla, chargé de la sécurité du président Macron, s’en est pris violemment à des manifestants tandis qu’il était présent en tant qu’observateur dans le dispositif policier. La présidence, informée dès le lendemain, l’a mis à pied pour deux semaines sans pour autant prévenir les autorités judiciaires de ces violences illégitimes.
L’ensemble de l’opposition est très virulente, demandant plus d’explications, soupçonnant le pouvoir d’avoir voulu couvrir un proche du président, voire dénonçant sa volonté de mettre en place une sorte de police parallèle aux vues des prérogatives étendues de M. Benalla, qui n’était que conseiller en charge de la sécurité. « Sous Emmanuel Macron, tout se passe à l’Élysée », a réagi après les auditions Olivier Faure, le patron du Parti socialiste (opposition). Pour le député LR (opposition, droite) Éric Ciotti, le chef de l’État doit avoir « le courage » de s’expliquer car « c’est lui qui est au sommet de cette chaîne (...) de dérapages, de dérive extrêmement grave ». « C’est donc au cabinet du président qu’il faut aller chercher les responsabilités », a également déclaré Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national (extrême droite).Deux proches collaborateurs du président, son directeur de cabinet Patrick Strzoda et le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, véritable bras droit du chef de l’État, se retrouvent maintenant en première ligne. M. Strzoda sera entendu sous serment mercredi et M. Kohler jeudi. Ils seront sans doute interrogés de manière détaillée sur le déroulé des faits survenus après la découverte de la vidéo du 1er mai – qui a décidé quoi ? qui savait quoi ? – et sur les missions exactes de M. Benalla, qui semblaient très larges pour un simple collaborateur, et sur lesquelles MM. Collomb et Delpuech ont laissé entendre qu’ils étaient peu informés.
« Utilisation médiatique et politique »
Emmanuel Macron, lui, reste muet. Il s’est contenté de faire savoir dimanche via son entourage qu’il considérait les faits reprochés à son ex-collaborateur, qui l’accompagnait dans sa vie publique et privée, comme « inacceptables » et qu’il n’y aurait « pas d’impunité ». Il a tenté dans le même temps de reprendre la main en annonçant une réorganisation pour éviter de nouveaux « dysfonctionnements ». La contre-offensive a été calée dimanche soir au cours d’une réunion à l’Élysée réunissant, autour d’Emmanuel Macron, le Premier ministre Édouard Philippe, Gérard Collomb, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux et le secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement Christophe Castaner. Le président Macron est « calme et extrêmement déterminé à ce que la vérité puisse être établie », a assuré hier M. Griveaux. « Quand l’ensemble des éléments seront établis, le président s’exprimera.(...) Il décidera et le dira », disait son entourage dès dimanche soir. Le président a par ailleurs annoncé qu’il n’assisterait pas à une étape du Tour de France mercredi dans les Pyrénées. « Rien à voir » avec l’affaire Benalla, a affirmé son entourage.Avec les auditions et les enquêtes en cours, « il est plus compliqué pour le président de prendre la parole », estime à cet égard Bruno Jeanbart, le directeur des études d’OpinionWay. Selon cet expert, il « aurait dû probablement parler tout de suite » en « reconnaissant une erreur sur la première sanction » infligée à Alexandre Benalla pour avoir frappé un manifestant le 1er mai. « Reconnaître ses erreurs n’est pas infamant du point de vue de l’opinion publique, c’est même plutôt une attitude qui serait attendue », juge-t-il.L’homme par qui la tempête est arrivée, Alexandre Benalla, 26 ans, est, lui, en revanche sorti hier de son silence par la voix de ses avocats. Il dénonce « l’utilisation médiatique et politique » de son intervention musclée du 1er mai, qu’il a justifiée par la volonté de « prêter main-forte » aux policiers face aux manifestants. « Cette initiative personnelle », selon lui, « sert manifestement aujourd’hui à porter atteinte à la présidence de la République dans des conditions qui défient l’entendement ». M. Benalla a été mis en examen (inculpé) dimanche soir, notamment pour violence en réunion. Quatre autres personnes sont pour l’instant inculpées dans ce dossier. En attendant, la vie institutionnelle française est bouleversée par cette affaire, à tel point que l’examen parlementaire de la révision constitutionnelle, suspendu dimanche par la ministre de la Justice vu la paralysie due à l’affaire Benalla, reprendra à la rentrée seulement.
Source : AFP


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Le problème n'est pas tellement l'affaire du 1er mai que le rôle exact de Benalla qui semble avoir disposé de pouvoirs à lui octroyés - en toute illégalité - par Macron lui-même.
06 h 51, le 24 juillet 2018