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Culture

Voyage en eaux troubles au musée Sursock

Exposition

« Fleeting exits » présente les œuvres des artistes Lindsay Seers, Rebecca Horn, Laure Prouvost et Ryan Gander : voyage vers l’incertain.

17/07/2018

On entre dans le petit théâtre de Lindsay Seers un peu comme l’agent Dale Cooper pénétrait dans celui monté par David Lynch dans Twin Peaks, sauf qu’en place d’un nain sordide et d’une Laura Palmer en furie, on trouve deux globes oculaires surdimensionnés, suspendus au milieu de drapés en velours rouge. Si l’artiste récuse tout pastiche, on ne peut pourtant s’empêcher de reconnaître dans son installation Entangled de curieuses coïncidences avec le décor lynchien et ses avatars fantasques.

Au « doppelgänger » de « l’homme venu d’un autre endroit » se substitue l’ombre de la gémellité, qui traverse les vidéos projetées sur ces écrans sphériques, entre considérations biologiques et psychologiques. Seers convoque les figures de Hetty King et Vesta Tilly, deux célèbres travesties qui se produisaient dans les music halls britanniques à la fin du XIXe siècle, et dont les histoires s’entrecroisent avec des récits de traversées dans les mers avec la Royal Navy. La question de l’identité y est interrogée et déconstruite, jouant sur les ressorts de la fiction et des postures sociales : nos identités inventées, nos identités racontées.

Ce voyage en eaux troubles au musée Sursock, on le retrouve sur un autre ton dans l’installation de Laure Prouvost, Metal Woman, Welcome, Deep Travel Ink. NYC, réalisée en 2018. Sur un écran chapeautant une sculpture filiforme défile ce qui semble être le spot publicitaire d’une agence de voyages 2.0, où la voix aussi suave qu’artificielle d’une femme – celle de l’artiste – nous invite à un périple quasi hypnotique, sans doute moins tourné vers les images de palmiers au coucher de soleil qui défilent sur l’écran que vers nous-mêmes. Au fil des minutes, un décalage entre le son et l’image s’accentue, qui instaure une ambiance de plus en plus ironique et grinçante, trahissant le caractère illusoire d’une évasion saisonnière idyllique : on ne s’échappe pas de soi.

L’exposition Fleeting exits joue sur ce motif de la répétition et de l’ailleurs déceptif : les échappées ne sont que partielles et éphémères, quand encore elles sont des échappées.

Mr. and Mrs. Brown de Rebecca Horn (1990), qui s’inscrit dans l’art cinétique et la « tradition » de Calder et Tinguely, présente à son tour une petite machine absurde de pas qui ne mènent nulle part : à un petit boîtier métallique sont reliées deux jambes artificielles faites de tiges et d’embauchoirs, qui raclent le sol à l’infini. Rebecca Horn, qui a beaucoup travaillé sur le corps prothétique, décrivait ses machines comme des « acteurs mélancoliques performant en solitude » : allégories mécaniques de nos corps organiques.La sculpture de Ryan Gander, Forces Outside of You (Because you cede your life decisions and consequences to forces outside of you), se présente, quant à elle, comme le point d’orgue de l’exposition, bien qu’elle soit un niveau en dessous des autres œuvres présentées : un escalier de néons mène à une porte aussi lumineuse qu’opaque, comme une invitation suspendue, ouverture vers le seul incertain.

Du dispositif théâtral aux installations sculpturales, Fleeting exits nous invite à un regard distancié et réflexif sur notre quotidien et nos fantasmes d’évasion, interrogeant les mythologies du monde moderne.

Musée Sursock « Fleeting exits », jusqu’au 8 octobre 2018, rue de l’archevêché grec-orthodoxe, Achrafieh, Beyrouth.

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