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Pierrot, conteur unique...

Beyrouthin, Levantin, melkite, joaillier tu l’étais avant toute chose, par excellence et dans l’excellence. C’était la providence.
La veille de ton départ, autour d’un dernier café, dans ton humour piquant tu me disais : « J’espère partir bientôt, comme cela je t’épargnerai mes visites hebdomadaires. » Ma réplique fut brutale : « Ta gueule, Pierrot ! Raconte-moi autre chose... » Alors, tu m’éclairais encore avec les histoires du vieux souk décimé par la violence des hommes. Tu te demandais toujours ce que tu avais fait à Nasser pour qu’on te casse ta devanture. L’histoire du bijou ottoman, tu la connaissais mieux que quiconque, tu as même contribué à sa pérennité. Tu l’as écrite et tu m’as fait voyager à travers les broches, les bracelets, les bagues et tout ce qu’on avait acheté ensemble. Tu me l’as apprise généreusement, c’est tout.
J’étais fier d’appartenir à ton école. Ton université était surtout un monde de beauté, d’élégance et de bonheur. Le fleuve des riches souvenirs de ta vie irrigue toutes tes histoires. Tu les classais dans ta mémoire infaillible jusqu’à ta dernière heure. Tu nous les sortais comme un magicien. Impressionnantes en couleur. Même sans plume, Monet t’aurait adopté dans son mouvement… Avec aisance et légèreté, tu les parfumais de leurs vraies saveurs. Comme un alchimiste mélangeant les odeurs, avec ton altruisme parfois malicieux tu en en faisais des fables. Tu étais un conteur unique, précis, salé et cynique.
Adieu Pierrot.


Beyrouthin, Levantin, melkite, joaillier tu l’étais avant toute chose, par excellence et dans l’excellence. C’était la providence. La veille de ton départ, autour d’un dernier café, dans ton humour piquant tu me disais : « J’espère partir bientôt, comme cela je t’épargnerai mes visites hebdomadaires. » Ma réplique fut brutale : « Ta gueule, Pierrot ! Raconte-moi autre chose... » Alors, tu m’éclairais encore avec les histoires du vieux souk décimé par la violence des hommes. Tu te demandais toujours ce que tu avais fait à Nasser pour qu’on te casse ta devanture. L’histoire du bijou ottoman, tu la connaissais mieux que quiconque, tu as même contribué à sa pérennité. Tu l’as écrite et tu m’as fait voyager à travers les broches, les bracelets, les bagues et tout ce...