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Liban

Le gouvernement victime des appétences de Aoun et Bassil

Politique
M. H. G. | OLJ
14/07/2018

C’est un léger vent d’optimisme que le président de la Chambre Nabih Berry a laissé flotter hier en affirmant que le gouvernement serait bientôt formé, 60 jours après que la mission de former la nouvelle équipe ministérielle eut été confiée à Saad Hariri. C’est le président des organismes économiques Mohammad Choucair, en visite à Aïn el-Tiné, qui a indiqué à l’issue de la réunion qu’un règlement était en cours pour accélérer le processus de formation du cabinet.
Des sources proches du Hezbollah citées par l’agence al-Markaziya ont également fait état, « en dépit d’un processus en dents de scie, d’une possibilité de dénouement de la crise, sur base des efforts déployés par le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, pour résorber la tension entre les Forces libanaises (FL) et le Courant patriotique libre (CPL) », en conflit depuis la fin des élections sur la part qui devrait échoir au sein du cabinet aux formations chrétiennes. Mgr Raï avait réuni jeudi à Dimane le député Ibrahim Kanaan (CPL) et le ministre de l’Information au sein du cabinet chargé de l’expédition des affaires courantes, Melhem Riachi (FL), afin de redynamiser la réconciliation entre les deux camps, scellée en janvier 2016 à travers l’accord de Meerab.
Le climat s’est en effet quelque peu assaini entre les deux formations, qui ont exprimé toutes deux leur attachement à la réconciliation de Meerab. MM. Kanaan et Riachi devraient d’ailleurs rendre compte incessamment au président de la République, Michel Aoun, du climat positif de leur entretien avec le patriarche maronite à Dimane.
La tension est aussi quelque peu retombée – ne serait-ce qu’en apparence – entre le Parti socialiste progressiste (PSP) et le CPL, dont les responsables s’étaient échangé une bordée d’invectives au cours des deux derniers jours, notamment une tirade mémorable du député Waël Bou Faour qui a eu recours jeudi à tout un lexique animalier très savant en langue arabe, puisé sans doute dans les textes d’Ibn Mouqaffah, pour s’en prendre au CPL et à son chef, Gebran Bassil.
Preuve de cette volonté d’accalmie formelle, le PSP a affirmé hier ne pas vouloir prendre part à la « campagne d’invectives » sur la location des navires-centrales pour la production de courant électrique, précisant qu’il allait présenter une étude basée sur des faits et des chiffres sur cette question.
Cependant, l’optimisme relayé par le chef du mouvement Amal et par le Hezbollah continuait hier à avoir du mal à se traduire sur le terrain. Les trois nœuds qui empêchent jusqu’à présent la formation du cabinet restent entiers et, à en croire les différents protagonistes, aucune solution ne semble poindre à l’horizon, même si certaines informations de presse faisaient état hier d’une possible rencontre dans les prochaines heures entre Michel Aoun, Saad Hariri et Gebran Bassil à Baabda pour discuter d’un nouveau projet de distribution des portefeuilles.
Du côté chrétien, le tandem FL-CPL a beau afficher une image onirique de ses relations par le biais du duo Melhem Riachi-Ibrahim Kanaan, celle-ci serait néanmoins uniquement liée à la volonté des deux formations de rester attachées au pacte de « coexistence pacifique » de Meerab. Aussi bien les FL que le CPL sentiraient qu’ils n’ont pas intérêt, vis-à-vis de leurs bases respectives et de l’opinion publique chrétienne en général, de se retirer de ce pacte. Ils y sont presque coincés. Si bien que le patriarche maronite aurait rappelé les deux artisans de cette réconciliation, MM. Kanaan et Riachi, à leurs devoirs, en soulignant qu’il fallait également « une réconciliation entre les Marada et les Kataëb » – en allusion sans doute principalement à l’épisode de l’assassinat de Tony Frangié le 13 juin 1978 à Ehden. Mgr Raï aurait également sermonné ses interlocuteurs sur les méfaits du clientélisme, sur base d’un article publié dans le quotidien an-Nahar par le professeur Antoine Messarra.

« Briser l’échine de Joumblatt »
 Si FL et CPL sont désormais pris au piège de leur réconciliation, il n’en serait pas de même concernant la dimension politique de l’accord conclu à Meerab, qui prévoit entre autres une répartition égale entre les deux formations au gouvernement au niveau des postes chrétiens. Des sources FL reviennent ainsi à la charge en affirmant que Gebran Bassil a violé cet accord dès la formation du premier cabinet du mandat Aoun et continue à le faire aujourd’hui en refusant aux FL la part qui leur revient de droit au sein du cabinet, à la lumière des résultats des dernières législatives. « M. Bassil s’est discrédité et a remis en cause sa signature », indique ainsi une source FL à L’Orient-Le Jour. Une manière comme une autre de souligner que le nœud chrétien persiste, et le blocage qui s’ensuit, et que c’est le chef du CPL personnellement qui en assume la responsabilité. M. Riachi, qui a été reçu hier par M. Berry à Aïn el-Tiné, a d’ailleurs affirmé que les FL n’avaient aucun problème avec M. Hariri, « mais avec d’autres », en référence manifeste au CPL et à M. Bassil.
Du côté druze aussi, le problème reste entier, et c’est encore une fois le chef du CPL qui est pointé du doigt comme responsable du blocage puisque la question d’accorder les trois portefeuilles de la communauté à M. Joumblatt se heurterait toujours au refus aouniste – en dépit d’informations selon lesquelles il aurait été question de trouver une issue en laissant au chef du PSP le soin de présélectionner trois noms pour le troisième ministre, la sélection ultime revenant en dernier lieu au chef de l’État. « Nous avons d’ores et déjà refusé cette proposition », indique une source proche du PSP à L’OLJ, qui estime que le processus de formation du cabinet continue de faire du surplace. Selon cette source, « Gebran Bassil est déjà en campagne présidentielle pour succéder à son beau-père, d’où sa volonté de briser l’échine de M. Joumblatt ». Une manière de susciter, d’une part, une réaction identitaire chrétienne, le chef du PSP étant encore une fois montré du doigt par cette surenchère comme « l’égorgeur de la Montagne », et, de l’autre, une tentative de briser toute résistance au sein du gouvernement à travers une représentation consistante d’un pôle d’opposition, fût-ce les FL ou le PSP. Une source FL affirme partager cette analyse, qui explique également les manœuvres de M. Bassil pour écarter toute représentation de poids à Samir Geagea au sein de la nouvelle équipe ministérielle.
Au plan sunnite enfin, le problème est toujours irrésolu. Le Hezbollah continuait hier de plaider en faveur de l’entrée au gouvernement d’un député sunnite proche du 8 Mars, ce que le courant du Futur refuse toujours. Mais, selon une source proche de cette dernière formation, ce n’est pas Gebran Bassil qu’il faudrait blâmer pour le blocage, du moins pas lui uniquement, mais le président de la République lui-même, qui souhaite non seulement faire glisser dans la pratique le régime vers une sorte de présidentialisme camouflé, mais tenterait aussi de « s’arroger le tiers de blocage avec pas moins de 11 ministres ». Ce que Saad Hariri continue pour l’heure de refuser…

M. H. G.

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VOILA D,OU VIENT LE MAL !

Yves Prevost

"les deux formations (qui) ont exprimé toutes deux leur attachement à la réconciliation de Meerab". Le problème est donc réglé, puisque Geagea ne demande rien d'autre, à savoir, la répartition des portefeuilles à égalité entre les deux partis, telle que spécifiée justement par le dit accord.

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