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Nos lecteurs ont la parole - Par Ronald Barakat

Pour un Spartacus politique

« Sans nécessairement être partisan des rébellions populaires, on ne peut que s’étonner de la relative passivité d’une population libanaise subissant depuis des décennies avanie sur avanie (…). » Issa Goraieb (extrait de l’éditorial « L’insulte suprême »)

On s’étonnerait moins de cette « relative passivité » de la population libanaise si l’on procédait à une grossière dissection de sa « dépouille » pour constater qu’elle se compose de plusieurs « peuplades » confessionnelles et d’un peuple, qui occupe le cœur du corps inerte. Le malheur est que la tête du cadavre est reliée aux peuplades, et donc il manque une tête au peuple. D’où la passivité, voire l’inertie de celui-ci. Il faut donc une tête au peuple, un meneur, un leader charismatique, un « guerrier », non militaire, mais politique, pour bousculer l’ordre – ou plutôt le désordre – établi à l’aide d’un peuple qui battra le pavé par les battements de son cœur assoiffé de liberté, d’intégrité et de justice.
Le peuple, le cœur du corps libanais cliniquement mort, serait ranimable si une tête qui le représente venait à lui donner l’ordre de repomper le sang pour ressusciter la partie vitale dudit corps qui sera exclusivement constitué d’un peuple emmené d’un seul cœur par sa tête : un leader dont l’émergence est entravée ou neutralisée par un leadership en proie à ses propres rivalités internes pour des motifs égoïstes ou égotistes, pour des raisons de visibilité et de réalisation de soi personnelles.
Le peuple libanais, quoique minoritaire par rapport aux peuplades partisanes et sectaires, est « soulevable » s’il se trouve un MENEUR pour l’inciter et l’aider à se soulever. Le peuple libanais est un battant, et les peuplades sectaires sont battables, s’il se trouve un « combattant » politique, désintéressé de soi et uniquement intéressé à la cause, pour être à la tête – et être la tête – du peuple.
Les imbattables seraient battables, les intouchables seraient touchables, les idoles seraient renversables, l’ingouvernable serait gouvernable, la patrie serait unifiable, nos écuries nettoyables… Si les élites pensantes du peuple libanais se concertaient pour élire ou désigner un « leader » qui ait le charisme et le panache nécessaires pour « guider » le peuple selon l’itinéraire voulu et tracé par le peuple lui-même : conformément à une stratégie, un programme de réformes et des objectifs bien définis par un conseil d’opposition du peuple.
Nous n’avons qu’à survoler des époques et des étapes de l’histoire humaine, des plus récentes aux plus reculées, pour voir se confirmer la nécessité d’un meneur ou d’une meneuse, soit pour mener – à bien ou à moins bien – l’entreprise de libération d’un peuple et d’une patrie, soit pour conduire un vaste mouvement de contestation ou de révolte, que l’issue fut heureuse ou malheureuse, le vrai malheur étant de ne pas essayer, ou de ne PLUS essayer. Un des exemples les plus illustratifs (entre moult autres) est le mouvement de Mai 68, conduit par un jeune inconnu, Dany le Rouge, et la chaîne des peuples qui se sont sainement déchaînés sous la conduite d’un chef est longue, dans l’espoir que le peuple libanais saura trouver son chef et former, un jour, son propre chaînon de la chaîne révolutionnaire.
Parlant de chaînes, et peut-être mus de notre condition d’esclaves (dans notre mentalité), nous pourrions nous projeter dans l’Antiquité pour y puiser quelque inspiration ou motivation : au temps de la révolte des esclaves sous la houlette de Spartacus, même si l’issue fut malheureuse. C’était une révolte digne, qui avait sérieusement menacé l’establishment romain de l’époque et qui avait forcé des réformes. Un esclave révolté et défait est bien plus libre qu’un citoyen résigné, assujetti à ses gouvernants corrompus.
Puissions-nous connaître, à notre tour, une rébellion pacifique et démocratique des esclaves que nous sommes devenus, après avoir trouvé notre Spartacus politique, qui saura venger, par sa victoire, le Spartacus antique. Un « Spartacus nouveau », à la langue tranchante comme un glaive, qui prendra la tête de nos cœurs oppressés et qui fera tomber les têtes de ces oligarques esclavagistes qui maintiennent le peuple dans les chaînes grâce aux foules enchaînées !
Puissions-nous avoir la maturité des esclaves et des gladiateurs de la « Troisième guerre servile » (73-71 av. J.-C.) qui se sont rangés derrière un chef, une seule tête, sans se dire « Pourquoi lui ? Pourquoi pas moi ? Moi je veux paraître, moi je veux entrer dans l’histoire, moi je veux être le chef… ».
Nous avons besoin d’une « guerre servile », pacifique et civilisée, conduite par un guerrier ou une guerrière politique qui aura le vent d’un peuple assoiffé de liberté et de justice en poupe.
Et si ce chef de « guerre servile » – notre chef – ne se révèle toujours pas, ne s’impose pas, ne surgit pas de lui-même, c’est qu’il est désabusé, dégoûté de notre immaturité, de nos rivalités, de nos divisions, de nos jalousies… Si l’histoire ne nous en fournit plus, c’est qu’elle est, elle aussi, déçue de nous. Il nous revient de nous détacher de notre ego, de nous « dépouiller », de nous unifier, d’aller à la recherche de ce chef qui nous boude, de le trouver et de nous rassembler autour de lui, de serrer les rangs derrière lui, de le pousser dans le dos pour que nous puissions redresser l’échine !
Il nous revient de surprendre l’histoire.

Ronald BARAKAT

 « Où est-il ce grand homme que la nature doit à ses enfants vexés, opprimés, tourmentés, où est-il ce Spartacus nouveau, qui ne trouvera point de Crassus ? N’en doutons pas, il se montrera, il lèvera l’étendard sacré de la liberté. » Abbé Raynal, « Histoire des deux Indes ».
« Sans nécessairement être partisan des rébellions populaires, on ne peut que s’étonner de la relative passivité d’une population libanaise subissant depuis des décennies avanie sur avanie (…). » Issa Goraieb (extrait de l’éditorial « L’insulte suprême ») On s’étonnerait moins de cette « relative passivité » de la population libanaise si l’on procédait à une grossière dissection de sa « dépouille » pour constater qu’elle se compose de plusieurs « peuplades » confessionnelles et d’un peuple, qui occupe le cœur du corps inerte. Le malheur est que la tête du cadavre est reliée aux peuplades, et donc il manque une tête au peuple. D’où la passivité, voire l’inertie de celui-ci. Il faut donc une tête au peuple, un meneur, un leader...
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