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Culture

Goran Bregović : À Sarajevo, on disait toujours, « espérons qu’on n’aura pas un jour Beyrouth »

Rencontre

L’artiste jouait au Festival de Ghalboun son dernier album, « Trois lettres de Sarajevo », mettant la montagne en ébullition.

03/07/2018

« À Sarajevo, on disait toujours : “Espérons qu’on n’aura pas un jour Beyrouth”, mais finalement, on est devenu Beyrouth », raconte Goran Bregović. Il est des œuvres qui dans certains endroits résonnent avec plus de force et de justesse : c’est le cas des Trois lettres de Sarajevo, que Bregović jouait dimanche soir au Festival de Ghalboun, accompagné de son Orchestre des mariages et des enterrements.
Sarajevo, c’est la ville natale de l’artiste, c’est aussi une ville marquée par la guerre, qui résonne étrangement avec le Liban, « un endroit un peu Frankenstein » estime le musicien, qui utilise habituellement l’expression pour qualifier sa propre musique. De fait, on retrouve dans cette dernière des influences multiples, comme si Bregović cherchait à y intégrer toutes les voix de la Jérusalem des Balkans, à la croisée des cultures. Les Trois lettres de Sarajevo, on les retrouve sur le plan métaphorique à travers trois styles de musique : classique pour les chrétiens, klezmer pour les juifs, orientale pour les musulmans. Au serbo-croate se mêlent les langues arabe, hébraïque, espagnole et anglaise, sur des airs de musique tzigane revisitée. « J’envisage le monde comme une partition musicale, avec ses fortissimo, ses pianissimo, ses notes basses et hautes » – et toutes les nuances intermédiaires, explique-t-il.

Si Bregović récuse toute dimension politique de sa musique, il l’envisage tout de même comme une « métaphore de notre temps » : « Il s’agit d’apprendre comment vivre ensemble. Je crois que c’est la grande question de notre époque. Avec l’orchestre, j’allume une petite lumière. »Ayant composé de nombreuses musiques de film, notamment pour Chéreau (La reine Margot) et Émir Kusturica (Le temps des Gitans, Arizona Dream, Underground) qui l’ont rendu célèbre à l’international, Bregović balaie pourtant cette œuvre passée comme l’affaire d’un travail alimentaire en temps de guerre.

Son dernier album, il l’a composé en collaboration avec plusieurs artistes, eux aussi venus d’horizons différents : Asaf Avidan, Riff Cohen, Rachid Taha, Bebe, Sifet et Mehmed. S’ils n’étaient pas sur scène ce dimanche, l’Orchestre des mariages et des enterrements y était, lui, bien présent, avec huit autres musiciens et chanteurs en costume traditionnel, dont les accords sautillants ont fait vibrer la salle plus que de raison. Il n’a pas fallu plus de deux morceaux pour que le public vienne former une fosse improvisée et débridée, entraînant avec lui jusqu’à la sécurité sur les rythmes aussi changeants que jubilatoires de l’orchestre. « Même lorsque j’ai écrit des choses pour l’église, c’était toujours joyeux. Si je ne m’amuse pas, ça n’a aucun sens de le faire », glisse Bregović. Après avoir eu une production musicale en partie soumise aux aléas de la guerre qui l’a fait passer par le rock, les musiques de film et l’exil, il semble enfin libre de composer ce qui importe le plus : une musique qui tire sa vigueur de ce qu’il appelle la « tradition petite », la musique populaire.


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Stes David

En effet il y a des similarités peut-être, à Sarajevo on boit le café "turque" comme on boit le café "arabe" à Beyrouth (c.a.d. le même style de petites tasses et on laisse le drap du café dans la tasse). C'est l'influence "ottomane" sans doute ... on sert à Sarajevo le café avec un morceau de "loukoum" comme au Liban ... Et l'empire ottomane (ou sa désintégration) est en quelque sorte similaire situation Balkans - Liban - Syrie - Turquie. D'autre coté il y a sans doute aussi beaucoup de différences ...

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