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Liban

Saïda en rogne contre les déchets, l’eau et l’électricité

Régions

Certains dénoncent une tentative d’Oussama Saad, député de la région, de faire passer un message politique en agitant des dossiers à caractère socio-économique et environnemental.

03/07/2018

La colère gronde à Saïda depuis quelques jours. En cause, les dossiers des déchets, des tarifs des générateurs électriques et de l’accès à l’eau. Trois sujets à caractère environnemental et socio-économique qui secouent la ville et dont le député Oussama Saad semble avoir fait son cheval de bataille.
Des échauffourées ont éclaté vendredi dernier dans l’usine de traitement de déchets de Saïnik, située dans la partie sud de Saïda, entre des membres d’un comité civil chargé de suivre les affaires environnementales, accompagnés par Oussama Saad, et des employés de la déchetterie en question. Les manifestants étaient sur place pour protester contre les odeurs pestilentielles et les montagnes de déchets s’accumulant à l’intérieur de la décharge qui accueille des ordures en provenance de Saïda, de Jezzine et de Beyrouth. L’incident a fait une quinzaine de blessés et mené à la fermeture de l’usine durant le dernier week-end, ce qui a conduit à l’amoncellement des déchets dans les rues de la ville. La décharge a été rouverte hier et les poubelles ramassées de la rue, sur décision du président du conseil municipal, Mohammad Saoudi.

Poursuivant leur mouvement de protestation, des partisans de l’Organisation populaire nassérienne, dirigée par M. Saad, se sont rassemblés hier devant le siège de la municipalité sous haute surveillance policière pour protester contre les tarifs des générateurs, réclamant leur baisse. Dans un communiqué, les protestataires ont indiqué que la municipalité avait refusé de les recevoir dans un premier temps, alors que M. Saoudi avait reçu une délégation des propriétaires de générateurs dans la localité. Concernant l’eau, il semble que le problème soit étroitement lié à celui de l’électricité puisqu’il concernerait l’acheminement de l’eau par le biais de pompes électriques.

Odeur pestilentielle et remblais
Réagissant à la crise, le ministre sortant de l’Environnement, Tarek el-Khatib, a tenu hier une réunion d’urgence à Saïda avec le mohafez du Sud, Mansour Daou, en présence de M. Saoudi, du responsable des Forces de sécurité intérieure dans le Sud, le général Samir Chehadé, et du directeur de la décharge, Nabil Zantout. « Nous allons prendre des mesures pour régler le problème des odeurs qui se dégagent aux alentours de la décharge », a-t-il dit.
 « Un représentant du ministère de l’Environnement sera stationné en permanence dans l’usine pour superviser le travail », a assuré le ministre. Il a également promis un rapport sur le travail de la décharge dans les 72 heures.
 « La municipalité de Saïda va déployer des gardes permanents dans la région (de Saïnik) car celle-ci n’est pas conforme aux normes environnementales. Tout le monde jette ses ordures là-bas. Il y a également des eaux provenant de tanneries, des eaux d’égouts, des remblais jetés n’importe comment qui contiennent des ordures et des restes de viande, tout cela dégage de mauvaises odeurs », a fait valoir M. Khatib. Concernant l’amas de déchets inertes à l’intérieur de l’usine, le ministre a assuré qu’ils allaient être aspergés, avant toute manipulation, d’un produit pour lutter contre les mauvaises odeurs.

Oussama Saad est pour sa part revenu hier à la charge et a contacté le ministre sortant de la Justice, Salim Jreissati, pour demander « d’engager des poursuites contre ceux qui commettent des crimes écologiques et contre la santé publique ». « L’usine a reçu des sommes énormes émanant des fonds publics, pour trier les déchets et les traiter, non pour les amasser dans sa cour ou les enterrer dans un remblai appartenant à l’État », a lancé M. Saad.
Il a par ailleurs appelé le mouvement civil (qui avait manifesté lors de la crise des déchets en 2015) à « reprendre son rôle face à la corruption », dans un entretien hier sur la radio Sawt el-Chaab.
Interrogée par L’OLJ, une source bien informée a fait remarquer que « le timing de ce dossier coïncide avec le début du mandat de M. Saad en tant que député. Ce dernier utilise ce dossier écologique pour faire passer des messages politiques, notamment à la famille Hariri ». La source estime par ailleurs que les dénonciations écologiques sont bel et bien valables et que M. Saad a choisi d’aller tout de suite dans la rue, ce qui s’avère être « le meilleur procédé à suivre » dans le cadre de ce dossier.

« Chaque politicien veut tirer profit »
Contacté par L’Orient-Le Jour, Mohammad Saoudi a également dénoncé un usage politique fait par Oussama Saad du dossier des déchets. « Nous sortons des législatives et chaque politicien veut tirer profit de n’importe quoi », a-t-il dit, « J’ai des remarques à faire sur l’usine, mais ce n’est pas en la fermant que nous allons régler le problème (…) Nous n’avons pas d’espace pour stocker les déchets inertes. Nous allons essayer de trouver une solution. Nous allons tenter de trouver des endroits pour mettre en place des décharges sanitaires », a-t-il poursuivi.
 « L’usine trie et traite les déchets. Elle produit du compost et de l’électricité grâce aux émanations des déchets, et nous utilisons cette électricité pour éclairer deux rues. Elle recycle également le plastique », a ajouté le président de la municipalité.
Concernant les demandes des nassériens concernant les tarifs des générateurs, M. Saoudi a assuré que la municipalité suit les tarifs du ministère de l’Énergie depuis deux ans. « Le mouvement nassérien nous a proposé une autre tarification mais je doute que les propriétaires de générateurs l’acceptent », a-t-il lancé. « Quant à l’eau, elle a besoin d’être pompée vers les habitations et lorsqu’il n’y a pas d’électricité on n’arrive plus à l’acheminer », a-t-il ajouté.
Réagissant aux derniers développements à Saïda, la députée Bahia Hariri a appuyé hier dans un communiqué les mesures annoncées par le ministre de l’Environnement ainsi que la gestion de la crise par le président de la municipalité.


Pour mémoire

Oussama Saad contre « les mafias » des générateurs de quartier

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