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Liban

Sous le pont de Dora, les toxicomanes invités à sortir de l’ombre

Drogue

Près de 5 % des écoliers entre 13 et 15 ans ont utilisé au moins une fois un type de substance addictive, s’alarme le ministre de la Santé lors du lancement de la campagne nationale de lutte contre les stupéfiants.

02/07/2018

C’est dans le noir, dans les recoins obscurs sous le pont de Dora, un lieu pas souvent recommandé après la tombée de la nuit, que le ministère de la Santé a choisi de lancer la campagne nationale de lutte contre la toxicomanie. « Nous sommes rassemblés ici ce soir justement parce qu’il fait sombre, pour inviter les victimes des drogues et de la toxicomanie à sortir de l’ombre, à briser le silence et à solliciter l’aide du ministère et des associations concernées », a lancé vendredi soir le ministre de la Santé, Ghassan Hasbani.

À l’occasion de la Journée internationale de la lutte contre l’abus et le trafic de drogue, célébrée le 26 juin, des représentants d’associations concernées par cette cause, des bénévoles, des ex-drogués, des étudiants et des journalistes se sont rassemblés, tous vêtus de blanc, sous le pont de Dora. Sur la place, un énorme drapeau libanais n’est pas le seul à être hissé. Cent quarante drapeaux blancs en berne sont installés au-dessous de lui, sur lesquels on pouvait lire, noir sur blanc, des aveux d’ex-drogués illustrant leur parcours depuis « leur première fois » jusqu’à la guérison. « On m’a introduit à des types de drogues dont je n’avais jamais entendu parler auparavant », peut-on lire sur un drapeau. D’autres installations, toutes réalisées par des étudiants de la faculté des beaux-arts de l’Université Saint-Esprit de Kaslik, ont également été proposées. Un bus, garé sur la place, symbolise les différentes étapes et arrêts pris par les victimes sur le chemin qu’elles parcourent avant de gagner un lieu sûr, celui de la guérison.


(Lire aussi : Sensibiliser les jeunes aux dangers des stupéfiants, sans sermons, ni reproches)


« Dans ce gouffre... »
 « Je ne savais pas ce qui m’attendait », raconte un jeune ex-drogué dans la vidéo projetée sur un écran. « J’étais toujours à l’école lorsqu’un ami m’a encouragé à fumer une cigarette de haschich sous prétexte qu’elle ne me ferait pas de mal et qu’au contraire, elle m’aiderait à me concentrer sur mes études », poursuit-il. Dans un témoignage poignant, ce jeune homme dit avoir absolument tout perdu, avant de tenter de récupérer ce qui pouvait encore être récupérable. 

« J’ai arrêté de suivre mes cours à la fac, je me suis éloigné de ma famille, je suis tombé de plus en plus profondément dans ce gouffre, j’ai été arrêté par la police et j’ai vécu trois longues années derrière les barreaux parce que j’ai refusé de me faire soigner, je suis sorti de la prison à 22 ans », raconte-t-il. « Lorsque je suis sorti, j’ai perdu ma petite copine qui s’était elle aussi droguée, pour tenter de comprendre ce que je vivais, et qui était morte d’une overdose », poursuit le jeune homme, avant de conclure : « Je suis parvenu à regagner ma vie, mais j’ai perdu ma mère avant qu’elle n’ait la chance de me voir guéri. »


(Lire aussi : Le projet WAII financé par l’UE vise à lutter contre les conduites addictives à Tripoli)


Pas un criminel
 « Nous traversons tous les jours ce pont, mais ce soir, nous sommes ici pour révéler ce qui se cache sous les ponts », a dit M. Hasbani. « Quelles que soient les raisons qui poussent les victimes à se droguer, qu’elles soient psychologiques, sociales ou économiques, ou encore par ignorance ou sous l’influence de l’entourage, le résultat est l’asservissement de l’homme », a-t-il expliqué, avant de poursuivre : « Le toxicomane n’est pas un criminel, mais un patient que nous devons soutenir afin qu’il recouvre sa liberté et sa dignité. »

« Les données statistiques indiquent une augmentation accélérée du taux de consommation des substances addictives, en particulier chez les jeunes », a révélé le ministre. « Ces chiffres montrent qu’environ 4,7 % des élèves dans les écoles publiques et privées, âgés entre 13 et 15 ans, ont utilisé au moins une fois un type de substance addictive », a-t-il ajouté, soulignant que ces chiffres étaient alarmants.

M. Hasbani a annoncé la mise en place d’une ligne directe permanente pour assister les personnes victimes de toxicomanie, tout au long de la durée de la campagne. Une campagne de sensibilisation intensive dans les établissements scolaires est également en cours de préparation, en coordination avec le ministère de l’Éducation. « Enfin, nous travaillerons avec un groupe de spécialistes et d’associations sur la question des normes éthiques pour les travailleurs dans le domaine du contrôle des drogues pour assurer le respect des droits des personnes droguées, conformément aux recommandations des droits de l’homme », a-t-il conclu.



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Chaccal Marie Hélène

Un bel elan,une belle inititative mais....y aura t-il une suite ?

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