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Liban

« Aucune société ne peut évoluer sans la moitié de sa population »

Droits de la femme

Mahnaz Afkhami, présidente de l’organisation internationale Women’s Learning Partnership, rencontrée à Beyrouth, livre son idée du « changement culturel » nécessaire et annonce la publication d’une étude sur les lois des familles qui inclut le Liban.

02/07/2018

C’est une militante des droits de la femme et des droits humains pas comme les autres qui visitait Beyrouth ce week-end. Mahnaz Afkhami est la fondatrice et présidente de l’organisation Women’s Learning Partnership (WLP), un réseau international basé dans quatre continents. Dans l’Iran des années 70, à l’époque du chah, Mme Afkhami a occupé des postes prestigieux, notamment celui de ministre des Affaires de la femme. Elle réside actuellement aux États-Unis, a contribué au développement de plusieurs structures internationales sur les droits des femmes et donné un nombre incalculable de conférences sur la démocratisation, le leadership et le développement de la société. Elle a de nombreuses publications à son actif.

Mahnaz Afkhami a participé à un atelier de travail régional sur les lois régissant la famille, organisé à Beyrouth ce week-end par son partenaire libanais, le Collectif pour la recherche, la formation et le développement – Action (CRTDA). Elle y a lancé une campagne internationale sur la réforme des lois sur la famille, entre autres celles relatives à la transmission de la nationalité. « Le WLP a effectué des recherches dans onze pays, dont le Liban, sur les lacunes dans les lois régissant la famille, et nous publions un livre sous forme d’anthologie et d’essai analytique, qui sera lancé en octobre à Washington, appuyé par plusieurs partenaires, dit-elle à L’OLJ. Ce sera l’occasion d’entamer une campagne globale pour plus de sensibilisation à la nécessité de réformer ces lois. Une chose est sûre, aucune société ne peut initier de changement sans que la moitié de sa population ne soit impliquée. »Le WLP, fondé en 2000, est une coalition de vingt organisations de différents pays étalés sur quatre continents, qui assurent le lien avec des dizaines d’autres ONG. « Nous aidons les femmes à devenir des leaders, mais des leaders d’un nouveau type, explique Mahnaz Afkhami. Des leaders qui encouragent au respect de l’autre, qui croient en l’approche participative, en la responsabilité civique et à l’engagement en faveur de la paix. » Elle ajoute : « En travaillant ensemble, nous espérons changer ce que nous appelons l’architecture des relations humaines. »


(Lire aussi : Naturalisations : Les Libanaises mariées à des étrangers dénoncent une « trahison »)


Prise de conscience
L’éducation des femmes à un leadership « différent » fait donc partie des objectifs de l’organisation, et pour cela, Mahnaz Afkhami pense qu’il faut prêter attention à l’origine de tout leadership, la famille. « C’est cette structure fortement hiérarchisée qui est reproduite dans la société, et qui est appuyée par toutes les cultures, dit-elle. Or les femmes jouent un rôle crucial dans la manière dont cette culture prend forme, en transmettant ces traditions d’une génération à l’autre. Ce sont les mères qui apprennent aux petites filles à se comporter en “femmes”, et aux garçons en “hommes”. En bref, changer les femmes, c’est changer la culture, et cela doit avoir lieu au sein de la famille afin de pouvoir être répercuté au sein de la communauté. »

Où en sont ces efforts de changement de par le monde, et suivant les régions ? « Nous avons remarqué que la sensibilisation à ces questions a fortement progressé, affirme Mahnaz Afkhami. Chaque femme commence à ressentir ce changement en elle, puis le transpose à son milieu familial. »

Cette phase de prise de conscience, que l’organisation arrive à mesurer de par ses entretiens avec des femmes en relation avec les organisations partenaires, est essentielle, et elle est suivie des formations en vue d’une participation au changement. « Pour beaucoup, le statut des femmes n’est plus simplement vu sous l’angle des droits humains, mais comme une nécessité pour le développement, la paix, le progrès des sociétés », insiste la présidente du WLP.


(Pour mémoire : Révision du droit de la nationalité au Liban : L’égalité ne se compartimente pas)


« La nationalité, un droit essentiel »
Interrogée sur son évaluation de la situation de la femme au Moyen-Orient, Mahnaz Afkhami la qualifie instantanément d’« étonnante ». « D’un côté, je vois tant de femmes qui ont réussi, qui sont cultivées, qui ont des responsabilités professionnelles, qui sont motivées… et d’un autre côté, les statistiques relatives à leur participation au marché de l’emploi, à leurs salaires, à leur représentation politique sont parmi les plus basses du monde, déplore la militante. Plus que partout ailleurs, il faut se mettre au travail en vue d’un changement culturel. Et il faut faire face à la manière dont nous traitons avec la religion, que ce soit dans un pays multiconfessionnel comme le Liban ou dans des sociétés purement islamiques. Ça n’a pas à voir avec une religion en particulier, nous avons des problèmes similaires au Brésil ou en Inde, par exemple. »

Que faire ? « Il faut séparer la culture des interprétations anciennes de la religion, et parfois des interprétations nouvelles comme la théocratie pratiquée actuellement en Iran et qui a été mise en place au XXe siècle, dit-elle. Fusionner religion et culture est dangereux. On peut garder sa foi et être conscient que les textes religieux laissent de la place au progrès. Les femmes sont capables de lire les textes religieux aussi bien que les hommes, et de décider s’il y a un conflit d’intérêts avec leurs actions ou pas. »

Sur la situation au Liban, qu’elle connaît bien de par ses partenaires dans le pays, notamment l’incapacité des femmes à transmettre leur nationalité à leurs enfants de père étranger, Mahnaz Afkhami estime que « la nationalité est un droit essentiel, et le renier à tout être humain est un abus terrible ». « Chaque pays qui aspire à la justice et à une société démocratique doit régler cette question en priorité, assure-t-elle. Il faut continuer à lutter, le combat est relativement récent comparé à l’histoire du système patriarcal dans le monde. Il faut aussi embarquer les hommes dans ce combat, ce que fait notre partenaire au Liban avec beaucoup de succès. Et le progrès est palpable puisque nous constatons, dans ce pays, une sensibilisation grandissante à ce problème. »



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