Une cérémonie religieuse a eu lieu samedi dernier au couvent Saint-Jean-Baptiste (Deir el-Kalaa) à Beit Mery, pour célébrer, d’une part, la fête de ce saint et, de l’autre, le 270e anniversaire de la construction de ce couvent ancestral. Cette messe, à laquelle le président Michel Aoun a assisté, était également le premier office divin célébré dans cette partie du couvent depuis cette douloureuse journée du 13 octobre 1990. Il s’agissait donc d’une messe de commémoration pour toutes les victimes de ce jour funeste lorsque le couvent et la localité de Beit Mery toute entière, qui faisait partie des dernières régions libres, ont été envahis par l’armée syrienne. Une journée qui sera la première d’une occupation qui durera 15 longues années ; des années d’oppression durant lesquelles les habitants de Beit-Mery, entre autres, devront supporter tous les matins les bruits maudits produits par les bottes d’une armée qui n’était pas la leur, lorsque la politique et les services de renseignements libanais seront contrôlés par l’État baassiste des Assad, et lorsque chaque Libanais sera privé de sa liberté, dépossédé de sa souveraineté, et arraché de son indépendance sur son propre territoire.
Après la messe, le président Aoun a déclaré « qu’un tel épisode historique ne doit pas être oublié, mais transmis à tout Libanais, car ceux qui oublient l’histoire sont condamnés à en répéter les erreurs ». Trouver les mots adéquats pour exprimer ses sentiments à l’écoute de cette petite phrase n’est pas chose facile. De ce fait, il serait pertinent de suivre le sage conseil de « notre père à tous » et de se rappeler, précisément, cette histoire. De se rappeler, objectivement, que la période évoquée plus haut, entamée le 13 octobre 1990 et achevée avec la révolution du Cèdre, le 14 mars 2005, notre président ne l’a pas vécue, du moins sur le territoire libanais. Et pour cause : le général Aoun, qui affirmait autrefois qu’il était « comme Medlej, le gardien du temple et qu’il ne le quitterait jamais », a été contraint (selon le point de vue aouniste), en ce jour désastreux du 13 octobre 1990, d’abandonner le palais de Baabda et le ministère de la Défense et de trouver refuge à l’ambassade de France, puis à Paris.
Des souvenirs que ne peuvent oublier les survivants de la bataille de Dahr el-Wahch, qui ont vu trente-deux de leurs compagnons périr humiliés devant leurs yeux, froidement assassinés, car le message appelant à rejoindre les rangs d’Émile Lahoud ne leur était pas parvenu et donc les renforts, en l’occurrence la 8e brigade du général Aoun, ne sont pas arrivés (selon le témoignage d’un militaire qui était présent). Des souvenirs que ne peuvent oublier les pères antonins de Deir el-Kalaa, eux qui ont vu leurs confrères, les pères Albert Cherfane et Sleiman Abi Khalil, dont on a commémoré le souvenir durant la messe de samedi, être enlevés par l’armée syrienne pour ensuite disparaître. Des souvenirs que ne peuvent oublier tous les proches des militaires et civils martyrs d’un régime auquel M. Aoun a malheureusement rendu visite en 2008, après avoir emprunté un avion affrété par Assad.
Puisque l’épisode historique du 13 octobre 1990 « ne doit pas être oublié, mais transmis à tout Libanais », on ne pourrait alors occulter que le régime Assad a assassiné nos héros et qu’il massacre aujourd’hui son propre peuple. On ne pourrait faire fi du fait que nombre de Libanais ont disparu dans les geôles syriennes notamment après le 13 octobre. On ne pourrait passer sous silence le fait que ces derniers ont été abandonnés à leur triste sort malgré le rapprochement de M. Aoun avec le régime. Mais ce que l’on pourrait faire, et cela nous le devons à notre président, c’est simplement nous rappeler l’histoire, à Beit Méry et ailleurs.
Nos lecteurs ont la parole - S. M.
Au nom de l’histoire
OLJ / le 30 juin 2018 à 00h00


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BON RAPPEL A LA MEMOIRE ! MAIS... ?
10 h 27, le 30 juin 2018