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Économie

Crise des prêts au logement subventionnés : les Kataëb préparent une solution

Immobilier

Le groupe parlementaire du parti s’apprête à déposer une proposition de loi qui contraindrait l’État à financer la subvention de ces prêts.

30/06/2018

Le chef des Kataëb, Samy Gemayel, a appelé hier l’État à s’attaquer à la crise du logement « dont souffrent les jeunes Libanais ». « L’État dilapide l’argent public, mais il est incapable d’assurer 60 millions de dollars pour résoudre la crise des prêts (subventionnés) au logement. Il peut débloquer la somme nécessaire en faveur de l’Établissement public de l’habitat (EPH) afin d’y remédier », s’est insurgé Samy Gemayel à l’issue d’un entretien avec le ministre sortant des Finances, Ali Hassan Khalil.

Les craintes des banques
Le groupe parlementaire des Kataëb s’apprête à déposer une proposition de loi dans ce sens. « Les Kataëb continueront d’assurer le suivi de ce dossier jusqu’au bout et prendront les mesures adéquates pour parvenir à une avancée rapide. Nous appelons à l’adoption d’une loi qui contraindrait l’État à subventionner les prêts au logement », a affirmé Samy Gemayel. « Le ministère des Finances a accepté de coopérer avec nos équipes et nous a fourni toutes les données nécessaires » à l’élaboration de cette proposition de loi, a-t-il ajouté. Par ailleurs, le député Kataëb a confié que « le ministre des Finances a assuré être en mesure d’effectuer les économies budgétaires nécessaires pour mobiliser cette enveloppe de 60 millions de dollars ». Mais les banques commerciales « refusent d’accorder de nouveaux prêts subventionnées sur la base de cet engagement », car elles estiment que « sa continuité (pour les prochaines années) n’est pas garantie ». Samy Gemayel a alors appelé les banques « à faciliter une issue à cette crise », dont il impute la responsabilité « au gouvernement et à la Banque du Liban ».
Ali Hassan Khalil et son collègue aux Affaires sociales, Pierre Bou Assi, avaient promis en avril une relance prochaine des prêts subventionnés pour les ménages à revenus modestes, à travers l’EPH, grâce à un financement du Trésor public. « Selon nos estimations, la somme annuelle nécessaire serait au maximum de 60 millions de dollars. Elle servirait à couvrir le différentiel entre le taux d’intérêt fixé au bénéficiaire du prêt subventionné et le taux d’intérêt du marché. L’EPH ne devant accorder plus de 5 000 prêts subventionnés par an, pour des biens immobiliers aux primo accédants ne dépassant pas les 200 000 dollars », a expliqué à L’Orient-Le Jour une source au sein du parti Kataëb. « La proposition de loi devrait aussi permettre de répondre aux craintes des banques commerciales sur la continuité de ce mécanisme », a précisé la même source.
La crise des prêts au logement subventionnés a commencé en octobre 2017. Alors que des milliers de Libanais ont pu bénéficier ces dernières années de crédits immobiliers à des conditions avantageuses, la BDL a suspendu les deux mécanismes de subventions qui permettaient aux banques de proposer des prêts à des taux inférieurs à ceux du marché. Le premier avait été généralisé à l’ensemble du secteur bancaire en 2009 : la BDL avait alors permis aux banques de mobiliser une partie de leurs réserves obligatoires en livres libanaises afin d’offrir des prêts au logement à taux réduit. Le second a consisté en plans de relance, à travers lesquels la BDL accordait aux banques des crédits en livres à un taux de 1 %, pour que ces dernières les prêtent à leur tour à leurs clients à un taux maximal de 6 %. Ces crédits subventionnés étaient destinés à quelques secteurs spécifiques, parmi lesquels figure l’immobilier.


(Lire aussi dans le Commerce du Levant : Suspension des prêts logement subventionnés jusqu'en 2019)

Les raisons de la crise
Résultat, selon les informations du Commerce du Levant, relatées dans leur numéro de juin, « les prêts à moins de 6 % sont quasiment impossibles à obtenir. Seule la Banque de l’habitat, qui est détenue à 20 % par l’État, continue de proposer aux primo accédants des crédits sur vingt ans à un taux de 3,75 %, mais l’étude et l’approbation des dossiers prennent des mois. Les prêts en partenariat avec l’EPH, en revanche, sont à l’arrêt et les banques commerciales ne proposent plus que des crédits en dollars, à des taux supérieurs à 7,5 %, ou des prêts en livres à plus de 10 % ». Et pour cause : lorsque la BDL avait lancé en octobre 2017 un plan de relance d’une enveloppe d’un milliard de dollars à destination des banques pour l’année 2018, l’enveloppe s’est évaporée en un temps record. Cette ruée vers les prêts subventionnés était « principalement due à la crise provoquée par la démission avortée de Saad Hariri à Riyad, qui avait jeté un doute sur la capacité de la BDL à continuer à défendre la livre et à subventionner le secteur », écrivait encore Le Commerce du Levant.
Problème, les banques avaient validé plus de dossiers que ne leur permettait le plan et ont pressé la BDL de trouver une solution. Des dizaines d’emprunteurs qui avaient obtenu le feu vert de leur banquier et versé un premier paiement risquaient en effet de se retrouver sans argent et sans logement.
Un nouveau plan de relance en livres est alors annoncé en février, d’un montant équivalent à 500 millions de dollars. Il prévoit toutefois une profonde modification des modalités d’octroi. La BDL impose à chaque établissement un quota en fonction de sa part de marché des prêts au logement. Les taux appliqués aux clients sont revus à la hausse : le coût des prêts en livres augmente de 0,5 point de pourcentage, celui des crédits en dollars est majoré d’un quart de point, tandis que le taux appliqué aux expatriés augmente de 2,75 points. Les taux pratiqués par l’EPH augmentent aussi d’un point et les périodes de remboursement passent de 30 à 20 ans. Les crédits deviennent exclusivement destinés aux primo accédants, alors qu’auparavant, ils étaient autorisés pour l’acquisition d’une résidence secondaire à condition qu’elle soit située à plus de 20 kilomètres de la première.
Mais ces modifications amplifient les craintes d’une pénurie à venir, et les demandes de prêts affluent, épuisant rapidement la nouvelle enveloppe. Les banques se retrouvent une nouvelle fois avec des dossiers approuvés, sans le financement nécessaire. Sous la pression du secteur et de l’opinion publics, la BDL publie à la mi-mars une circulaire autorisant les banques à subventionner elles-mêmes les intérêts des prêts en livres déjà approuvés et de les déduire du prochain plan de relance prévu en 2019. Une mesure que l’Association des banques du Liban a décidé d’appliquer début mai, mais qui ne concerne que les dossiers approuvés en début d’année.


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M.E

Est-ce la mission de la BdL de faire des machins comme ça avec tous les effets secondaires indésirables que cela comporte?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VAUT MIEUX ETRE ENTREPRIS PAR LES BANQUES AVEC L,AIDE DE LA BL COMME AVANT QUE PAR L,ETAT !

Soeur Yvette

Que Dieu vous garde...merci

George Khoury

il faut savoir ce que lon veut...vous ne pouvez pas lutter contre les carrieres et continuer a batir a tout va. c'est l'un ou l'autre.

je vois que sami gemayel prefere que l'immobilier reprenne plutot que de faire arreter les carrieres.

Peut etre que c'est un grand proprietaire foncier. pourquoi ne pas declarer son patrimoine, ainsi et surtout celui de son pere???

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