Jamil Sayyed. Photo Ibrahim Tawil
Le tweet de Jamil Sayyed, posté mardi, dans lequel le député de Baalbeck-Hermel a suggéré la préparation d’une pétition que signeraient 65 députés de son camp pour réclamer au chef de l’État l’annulation de la désignation de Saad Hariri au poste de Premier ministre, continue à susciter les plus vives réactions, notamment celles des anciens députés Farès Souhaid et Khaled Daher.
M. Hariri avait été le premier à réagir au tweet mardi, en demandant vertement à M. Sayyed d’« aller se faire voir ailleurs ». Dans les détails, ce dernier avait écrit : « Par le passé, Geagea a échoué à faire incarcérer Hariri en Arabie saoudite pour provoquer la chute du gouvernement. Aujourd’hui, Geagea et Joumblatt ont réussi, avec le soutien saoudien, à prendre en otage Hariri au Liban pour entraver la formation du gouvernement. La majorité est avec nous. Peut-être devrions-nous préparer une pétition signée de 65 députés et la présenter au président de la République pour que la désignation de Hariri soit annulée, comme si elle n’avait jamais eu lieu. Les remplaçants sont nombreux. »
D’Arabie saoudite où il se trouve, l’ancien député Farès Souhaid a assuré que la proposition de M. Sayyed enfreint les règles de la Constitution. « Je me trouve dans la ville de Taëf où a été conclu l’accord éponyme (1989) qui doit de toute urgence être exécuté », a-t-il déclaré, soulignant qu’ « il ne faut pas donner suite à des propositions comme celles de Jamil Sayyed qui outrepassent cet accord, parce qu’elles sont de nature à le torpiller et à plonger le Liban dans l’inconnu et favoriser le retour à la violence ».
Quant à l’ancien député Khaled Daher, il a évoqué « un défi aux intérêts du pays à travers des revendications anticonstitutionnelles pour la formation du gouvernement », toujours en allusion au tweet de M. Sayyed, qu’il a accusé d’ « ignorer la Constitution et les règles de formation du gouvernement ». « La proposition de Jamil Sayyed de présenter une pétition au président de la République signée par 65 députés est une hérésie comique », a ironisé M. Daher dans une conférence de presse tenue à son domicile à Tripoli, indiquant que « cette doctrine constitutionnelle porte haine et rancune à l’encontre du pays dans son ensemble et non seulement à l’égard de Saad Hariri et de ses prérogatives ». « Nous savons tous que les consultations que mène le chef du gouvernement désigné auprès des différentes forces politiques ne l’obligent pas à satisfaire la demande de tel ou tel député », a noté l’ancien parlementaire, jugeant que « s’opposer aux choix de M. Hariri ne permet aucunement de nourrir des haines et de menacer d’une pétition ».
Il convient de noter que M. Sayyed ne faisait pas partie de la délégation des députés de Baalbeck-Hermel qui s’est rendue hier auprès du chef de l’État. Des observateurs placent cette absence dans le cadre de la désapprobation exprimée par M. Aoun à l’égard des propos de M. Sayyed.
Entre-temps, le député a tweeté une nouvelle fois hier en ces termes : « Je partage avec de nombreuses personnalités et forces politiques des convictions à l’égard de certaines questions, tandis que je prends seul des positions vis-à-vis d’autres questions. Mon indépendance à l’égard de tout bloc parlementaire me donne une grande marge pour m’exprimer sans contrainte, et mes alliés ne sont pas engagés par mes positions quand bien même elles leur conviennent. » Une façon de tempérer le tweet précédent ?


IL FAUT AVOIR UN POIDS SI ON VEUT LE PENSER !
20 h 28, le 28 juin 2018