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Moyen Orient et Monde

Doha et Abou Dhabi face à face devant la Cour internationale

Golfe

Le Qatar accuse les EAU d’avoir « mis en œuvre un ensemble de mesures discriminatoires, toujours en vigueur à ce jour, qui ciblent les Qataris au motif de leur origine nationale ».

Julie KEBBI | OLJ
28/06/2018

Le conflit entre le Qatar et ses « frères » du Golfe franchit une nouvelle étape. Doha et Abou Dhabi se sont retrouvés hier face à face devant les juges de la Cour internationale de justice (CIJ) basée à La Haye suite à une instance introduite par l’émirat qatari le 11 juin contre son voisin émirien. Le Qatar s’est tourné vers l’organe judiciaire principal de l’ONU « en raison de violations alléguées de la convention internationale du 21 décembre 1965 sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (CIEDR), à laquelle les deux États sont parties », indique un communiqué non officiel de la CIJ daté du 11 juin. Selon le requérant, « les Émirats arabes unis ont promulgué et mis en œuvre un ensemble de mesures discriminatoires, toujours en vigueur à ce jour, qui ciblent les Qataris au motif de leur origine nationale ».

Ce rendez-vous s’inscrit dans un contexte particulier alors que les voisins sont en froid depuis que les EAU ont décidé avec leurs alliés saoudiens d’imposer un blocus diplomatique, économique, commercial, maritime et aérien à Doha, le 5 juin 2017. L’Arabie saoudite, les EAU, Bahreïn et l’Égypte reprochent au Qatar de soutenir le « terrorisme » et d’entretenir des liens trop étroits avec l’Iran. Depuis, aucune des parties ne montre de signe allant dans le sens d’une réconciliation, malgré les efforts régionaux et internationaux pour tenter de désamorcer la situation, sans donner de résultats concrets.

« Le Qatar multiplie les provocations », observe pour L’Orient-Le Jour Rachid Chaker, chargé d’enseignement en relations internationales à l’université Panthéon-Assas et spécialiste des rivalités dans le golfe Persique. « Le Qatar montre qu’il ne compte pas se laisser faire et qu’il veut conserver sa souveraineté de droit et de fait pour ses citoyens », précise-t-il. Riyad, Le Caire et Manama n’étant toutefois pas signataires de la CIEDR, Doha n’a pas déposé de requête à leur encontre devant la CIJ.

Accusant Abou Dhabi d’avoir imposé « des mesures illicites » aux citoyens qataris vivant aux EAU, Doha estime que l’allié de Riyad n’a pas respecté différents articles de la  CIEDR en « violant le droit au mariage et au choix de l’époux », « le droit à la liberté d’opinion et d’expression », « le droit aux soins de santé publics et aux soins médicaux », « le droit à l’éducation et à la formation » et « le droit à la propriété ». Suite à l’annonce du blocus en juin dernier, Riyad, Manama et Abou Dhabi ont notamment imposé un délai de 14 jours aux ressortissants qataris pour quitter leurs territoires.

Les audiences publiques, qui ont débuté hier et doivent se poursuivre demain, « seront consacrées à la demande en indication de mesures conservatoires déposée par le Qatar », indique un communiqué de presse non officiel de la cour. Le Qatar a ouvert le bal des plaidoiries hier et doit être suivi par les EAU aujourd’hui.


(Pour mémoire : Le Qatar se dit renforcé par la crise du Golfe)


« Haine contre le Qatar »
« Malgré les liens (historiquement) étroits », les EAU ont pris une « série de mesures discriminatoires contre mon pays et mon peuple sur la base de sa nationalité qatarie », a déclaré hier devant la cour Mohammad Abdulaziz al-Khulaifi, un avocat du Qatar. « Les EAU ont entretenu un tel environnement de haine contre le Qatar et les Qataris que des personnes aux EAU ont peur de ne serait-ce que parler à des membres de leur famille vivant au Qatar », a-t-il fustigé.

En conséquence, l’émirat appelle la cour à ordonner aux EAU « de suspendre et d’abroger immédiatement les mesures discriminatoires actuellement en vigueur, notamment les directives interdisant de “sympathiser” avec des Qataris ». Doha demande également une « réparation intégrale, notamment par une indemnisation, du fait du préjudice résultant des actes commis par les EAU en violation de la CIEDR ».

Selon le programme, le second tour doit avoir lieu demain où les deux parties présenteront leurs plaidoiries avant de clôturer ces trois jours d’audiences. Si les décisions de la CIJ n’ont pas de valeur coercitive pour les parties concernées, le Qatar a toutefois invoqué l’article 22 de la CIEDR pour fonder la compétence de la cour dans cette affaire. Selon l’article, « tout différend entre deux ou plusieurs États touchant l’interprétation ou l’application de la présente convention qui n’aura pas été réglé par voie de négociation ou au moyen des procédures expressément prévues par ladite convention sera porté, à la requête de toute partie au différend, devant la CIJ pour qu’elle statue à son sujet ». Dans ce cas de figure, la décision de la cour est alors « légalement contraignante, mais le degré d’application reste incertain », nuance M. Chaker. Pour autant, « la prise de décision de la CIJ peut être extrêmement longue. Il n’est pas dit qu’elle sera rendue maintenant, elle peut prendre des mois voire des années », ajoute-t-il. Selon lui, « l’hypothèse la plus probable est que la crise soit résolue avant que la cour ne statue ». À ce moment-là, « le conflit pourrait être réglé à l’amiable et les parties abandonneraient leurs demandes », indique M. Chaker. Washington a notamment prévu un sommet en septembre réunissant les pays arabes du Conseil de coopération du Golfe qui pourrait, peut-être, laisser entrevoir une ouverture pour mettre un terme à la discorde qui secoue une région réputée pour sa stabilité. Les EAU, Bahreïn, l’Égypte et l’Arabie saoudite devraient cependant aussi déposer une plainte contre le Qatar devant la CIJ, ont rapporté des médias officiels hier. Abou Dhabi accuse Doha de violer son espace aérien et de mettre en péril le trafic de l’aviation civile.



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