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Liban

Pourquoi le Hezbollah pose des conditions rédhibitoires à Hariri...

Éclairage
25/06/2018

Le Premier ministre désigné cherche à aplanir tous les obstacles qui bloquent encore la formation du nouveau cabinet, notamment les nœuds druze et sunnite et la question de la part qui revient aux Forces libanaises (FL), étape nécessaire pour décanter le projet d’équipe ministérielle qu’il a examiné en fin de semaine dernière avec le président de la République à Baabda.
Il est apparu à M. Hariri que certaines des forces politiques qui le pressent de hâter la genèse du gouvernement, le Hezbollah notamment, s’appliquent en fait à lui poser des conditions rédhibitoires afin de compliquer sa mission. L’objectif ? Faire assumer le retard dans la formation du cabinet à l’Arabie saoudite pour des considérations régionales. Selon cette thèse, Riyad voudrait attendre les développements régionaux, notamment au Yémen, après l’attaque contre Hodeida. Le Hezbollah fait ainsi monter les enchères pour faire pression sur Saad Hariri et compliquer sa mission, tout en pointant un doigt accusateur sur l’Arabie saoudite. Or le Premier ministre désigné a déjà fait savoir que les problématiques qui font barrage à la naissance du cabinet sont purement intérieures et qu’il n’attend aucun feu vert de l’extérieur, comme souhaite le laisser entendre le parti chiite.
Des milieux FL interprètent cette attitude de la part du Hezbollah comme une tactique pour améliorer les conditions de la négociation et maximiser ses gains à l’arrivée. Le parti chiite souhaite s’assurer un cabinet qui lui permettra de montrer qu’il tient bien entre ses mains la carte libanaise, à l’heure où ses combattants sont appelés à retourner de Syrie au Liban. Il entend se réserver une nouvelle fonction sur l’échiquier libanais, maintenant que celle de la résistance n’est plus aussi rentable qu’auparavant, avec les changements en perspective dans la région, notamment la reprise du processus de paix israélo-palestinien, une solution politique en Syrie, une autre en Irak avec la participation des États-Unis et de l’Iran, et des efforts menés par la Russie loin du feu des projecteurs, avec l’accord de Washington, pour mettre fin à la crise yéménite. C’est dans ce cadre que le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a lancé récemment le slogan de la lutte contre la corruption. C’est aussi dans ce cadre qu’il aide l’État à rétablir la sécurité à Baalbeck-Hermel. Le parti chiite s’est également assigné la défense des ressources gazières et pétrolières libanaises face aux menaces israéliennes. En d’autres termes, le parti chiite cherche déjà à s’adapter à la nouvelle donne en se « relibanisant », tout en gardant bien entendu un œil sur l’extérieur.
Des milieux politiques estiment dans ce cadre que les dernières positions iraniennes concernant le Liban, notamment les propos du chef de la brigade al-Qods, le général Kassem Souleimani, sur la présence de 74 députés pro-iraniens au Parlement, desservent le Hezbollah et creusent encore plus le fossé entre la majorité des composantes libanaises et le parti chiite. Ces propos constitueraient des messages de la part de Téhéran à la communauté internationale, notamment à Washington.
Le Premier ministre désigné prend en considération toutes ces données dans ses concertations pour la formation du gouvernement. Il ne se soumettra pas aux conditions posées par le Hezbollah, répondant ainsi à la déclaration de Kassem Souleimani. Saad Hariri cherche à former un cabinet d’union nationale pour créer un équilibre au plan national, sans exclure personne du processus. Mais il refuse de se soumettre à certaines conditions et vise avant tout à assurer, à travers sa composition ministérielle, la stabilité, la distanciation et le respect de la déclaration de Baabda pour la neutralité du Liban, que réclame la communauté internationale, ainsi que l’application des résolutions 1559 et 1701 sur le désarmement des milices et le monopole de la violence légitime par les forces légales. Il veut enfin et surtout que les résolutions issues des conférences internationales de soutien au Liban – relatives notamment au respect de l’accord de Taëf, à la mise sur pied d’un dialogue national sur une stratégie défensive, au soutien à la Finul et à la mise à l’écart du Liban de la politique des axes et des conflits régionaux, notamment la Syrie – soient respectées.

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Eleni Caridopoulou

Le Liban est sous embargo, on peut pas envoyer d'argent pour faire un cadeau et ça c'est grâce au Hezbollah

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUI SONT LES BOYCOTTEURS DE LA FORMATION DU NOUVEAU GOUVERNEMENT ? MA GHAYRON !!!

Tony BASSILA

Si le Liban veut continuer à bénéficier des largesses de la communauté financière internationale et Dieu sait s'il en aura grand besoin, il faudra que les résolutions du Conseil de Sécurité notamment celles concernant l'interdiction du port illégal d'armes par les milices i.e. sous-entendu le Hezbollah, soient appliquées et vite.

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