Le ministre des AE accueilli par le président de la municipalité de Ersal, Bassel Hojeiri. Photo ANI
Depuis Ersal, où il a effectué une tournée hier, le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil a annoncé qu’il se rend aujourd’hui à Genève pour y rencontrer Filippo Grandi, haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, auquel il exposera le point de vue du Liban sur le processus de retour des réfugiés syriens et la crise qui l’oppose en ce moment à la représentante du HCR au Liban, Mireille Girard.
M. Bassil considère qu’en la matière, il existe aux yeux du Liban un enjeu de souveraineté comme un enjeu économique et social. L’enjeu de souveraineté, c’est celui de décider souverainement de la politique de retour adéquate correspondant à ses intérêts ; enjeu économique et social, du fait de la lourdeur du fardeau que fait peser sur le Liban la présence d’un million et demi de réfugiés syriens (dont un million recensés par le HCR), aussi bien sur l’emploi et le chômage que les services publics, le système éducatif, l’énergie, le secteur de la santé, etc.
« Je me rends demain à Genève pour y rencontrer le haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés et lui expliquer la politique (de retour) que nous voulons suivre et les risques que le Liban court si l’ONU ne nous y suit pas, a déclaré M. Bassil qui s’exprimait devant des édiles de Ersal, dont le président de la municipalité Bassel Hojeiri et des représentants des déplacés syriens installés sur place.
« Nous ne voulons pas de problèmes avec l’agence ni avec aucun autre organisme sur une question qui touche à notre souveraineté, a dit M. Bassil. Ils (le HCR) doivent respecter notre politique, celle que nous traçons nous-mêmes, si tant est que certains voient en nous l’État le plus humain du monde. » « Si le HCR ne souhaite pas de retour “prématuré”, le Liban ne cherche pour sa part qu’à encourager et à accélérer un retour sûr et digne, et il y a une grande différence entre ces deux approches », a dit M. Bassil. Selon l’agence al-Markaziya, M. Bassil a pu constater que de l’ensemble des déplacés syriens installés à Ersal, ceux qui sont originaires du Qalamoun syrien, soit une trentaine de milliers, considèrent que les conditions d’un retour sont réunies, mais pas les Syriens originaires de Qousseir, qui considèrent que leur retour n’est pas « sécurisé ».
Retour par étapes
« Nous ne demandons pas de retour immédiat et forcé. Nous réclamons un retour par étapes et sécurisé. Mais le problème, c’est que l’on ne nous autorise pas à débuter, ne serait-ce que la première étape » de ce retour, a poursuivi M. Bassil.
« Le HCR, a enchaîné le ministre des AE, peut bien sûr parler aux réfugiés, mais il doit les encourager, et non leur demander s’ils sont conscients que leur retour en Syrie est dangereux ou dire qu’ils seront privés des aides internationales, alors que l’ONU peut leur offrir les mêmes aides en Syrie ; la preuve, c’est qu’ils aident les déplacés à l’intérieur de la Syrie. Pour nous, ce langage signifie que le HCR incite les réfugiés à ne pas rentrer. » Et d’insister : « Le Liban ne peut attendre un règlement politique (en Syrie) (...) La situation est devenue intenable, l’économie s’effondre et les jeunes émigrent. »
Le ministre des Affaires étrangères est également revenu sur le dossier des droits de propriété des réfugiés, soulevé par l’adoption par le régime syrien de la loi n° 10 relative à l’expropriation de ceux qui n’auront pas revendiqué dans un certain délai leur propriété, une mesure administrative qui, selon certains observateurs, empêche le retour des réfugiés hostiles au régime actuel.
« J’ai envoyé une lettre sur ce sujet au ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, et il m’a assuré que le droit de propriété en Syrie était protégé par la Constitution », a-t-il déclaré à ce sujet en ajoutant que, selon M. Moallem, les « réconciliations avec les groupes qui ont combattu l’armée syrienne » sont à même aussi de garantir le respect des droits de tous.
La grotte
Relevons qu’à l’occasion de sa présence à Ersal, M. Bassil a tenu à visiter la grotte où les otages de l’armée et des Forces de sécurité intérieure ont été détenus, avant d’être évacués de la localité et emmenés en Syrie, où la plupart ont trouvé la mort.


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