À Hollywood, les héros ont longtemps été personnifiés par des acteurs au physique imposant : Gary Cooper, Clark Gable, Rock Hudson, Burt Lancaster, Victor Mature, Robert Mitchum, Gregory Peck, Sidney Poitier, Christopher Reeves, pour n’en nommer que quelques-uns. Un homme affrontant les plus grandes difficultés ne pouvait être joué par un acteur au physique moyen. Les spectateurs ont longtemps réclamé que leur héros sorte de l’ordinaire, qu’il soit plus fort qu’eux. Vouloir lui ressembler, c’était vouloir devenir meilleur.
En 1977, dans le premier film de sa saga Star Wars, le réalisateur George Lucas a cru que Mark Hamill, un acteur à l’air juvénile et à la taille moyenne, ferait l’affaire. Erreur : les spectateurs l’ont boudé et n’en ont eu que pour l’adulte et costaud Harrison Ford (qui est revenu en force dans les suites). En 1984, le film Dune a été un échec commercial. Plusieurs en ont imputé la faute à l’acteur principal, Kyle MacLachlan, qui ressemble à tout sauf à un messie délivrant un peuple. En 1989, pour son Batman, Tim Burton a imposé Michael Keaton. Profonde déception chez nombre de fans : comment pouvait-on faire ressembler un redresseur de torts de la trempe de Batman à une demi-portion comme Keaton ?
N’empêche, tranquillement, la formule a fait son chemin. Aujourd’hui, les héros sont plus petits et plus juvéniles que jamais. L’exemple parfait est Alden Ehrenreich, l’acteur qui tient le rôle de Han Solo dans le dernier Star Wars, un rôle défendu à une autre époque par… Harrison Ford. Il devrait y avoir une parenté physique entre les deux, mais non, Ehrenreich arrive à peine aux épaules de Ford. Ce dernier a fait le quatrième Indiana Jones en 2008. On aurait pu s’attendre à ce que l’acteur personnifiant son fils majeur, Shia LaBeouf, lui ressemble, mais non, il fait la moitié de son poids.
C’est pareil avec les derniers Star Trek. Chris Pine et Zachary Quinto, qui tiennent respectivement les rôles de Kirk et de Spock, sont des modèles réduits des plus célèbres interprètes des mêmes rôles : le Montréalais d’origine William Shatner, et Leonard Nimoy. Il est d’ailleurs curieux que ce soit les mauvais de service – Eric Bana en tête – qui en imposent par leur physique, comme s’il fallait craindre maintenant les baraqués.
Quant à Tobey Maguire, l’acteur qui tient le rôle principal dans les trois premiers Spider-Man, il doit bien peser dans les 135 livres après un repas bien arrosé (son gabarit est tel qu’on lui a fait tenir le rôle d’un jockey dans Pur-sang, la légende de Seabiscuit).
En rétrécissant ses héros, Hollywood lance le message suivant à son jeune public : devenir le meilleur ne demande pas d’effort particulier, c’est à la portée de tout un chacun. Voilà qui est inspirant.
Non seulement les héros rétrécissent, mais aussi les dialogues, par leur qualité. À travers ceux des films d’action solides d’autrefois, perçait la solide culture des scénaristes. Mais ceux d’aujourd’hui, pour la plupart, sont d’une pauvreté et d’une banalité consternantes, reflets d’une pauvre et banale époque. Allez voir le dernier Star Wars et vous me direz ce que vous en pensez.
Sylvio LE BLANC
Montréal-Québec
Nos lecteurs ont la parole - Par Sylvio Le Blanc
Hollywood rétrécit ses héros
OLJ / le 11 juin 2018 à 00h00

