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Nos lecteurs ont la parole - Nicolas Dib

Diagnostic du « fait libanais »

La clochette tinte dans l’enceinte, les couloirs et l’escalier de l’école. Un vacarme assourdissant remplit l’espace. C’est la récré. Les enfants jouent dans la cour d’une maternelle. Ils crient, se chahutent et se bousculent. Les moins constitués en masse basculent et ne cessent de ramasser la suie. Les plus forts restant debout.
À entendre les cris des petits, les appellations et les interpellations des uns et des autres, on finira par présumer le caractère mosaïque de cet établissement scolaire masculinisant, mais point mixte.
Les mômes en bas âge jouent à cache-cache, un jeu classique qui dispose d’un champ de possibilités infini. D’autres à la marelle. Ce dernier jeu exige un certain équilibre. Dans un coin de la cour, je vois un groupe sauter à l’élastique ou se distraire à la gamelle.
Au milieu de ce tohu-bohu, deux bandes commencent à se former et finissent par occuper tout l’espace de la cour. Deux équipes égales en nombre : les gendarmes et les voleurs. Ils réussissent à définir une prison. Les gendarmes tapent dans la main des voleurs afin de les mettre en taule. Le voleur finira par taper lui aussi dans la main des autres voleurs en ce « lieu de détention ». L’observateur étranger n’arrivera jamais à déchiffrer les codes et les règles ou à délimiter les lignes ou encore connaître les rituels et les mœurs des voleurs ou des gendarmes.
Une bande de poussins chiites et maronites-chiites élisent à leur tête un petit chef, prénommé Hassan. D’autres oisillons sunnites ou maronites-sunnites font allégeance à Omar, un petit caïd. À les voir se chahuter et faisant preuve de toute ingéniosité, tout membre de la bande ne doit pas dépasser le chef ou le caïd. Ils doivent tous respecter ou observer en toute religiosité les lignes rouges pour ne pas recevoir une réprimande ou une petite correction du chef ou du caïd.
Le chef et le caïd sont totalement à leur tour aux ordres de la « mama » : la « marjaaïya » pour Hassan et la mamia « saouda » pour le petit Omar.
Le Libanais, dans sa constitution anthropologique, culturelle et génomique, n’accepte malheureusement pas d’atteindre une certaine maturité politique, ce sentiment ou cet état qui caractérise bien les anciennes civilisations.
Cette partie du bassin méditerranéen a toujours été un agrégat de cités (Byblos, Sidon, Tyr), de l’époque phénicienne, qui s’entre-tuaient sans pouvoir constituer un ensemble. L’histoire ne cesse de se répéter sur ce territoire pour voir surgir une guerre fratricide entre les communautés de cette « nation ». Les principales d’entre elles (les sunnites, chiites, maronites et druzes) vouent chacune une allégeance, voire une adoration, envers la « nation-mère » imaginaire, et cela au sens freudien du terme : la France pour les maronites et chrétiens à une époque ; l’Angleterre pour les druzes ; l’Égypte de Nasser, les Palestiniens de Abou Ammar, la Syrie d’Assad pour les sunnites et les musulmans, un certain temps. L’Arabie prend la succession comme « mamia » et « Kaaba » pour les sunnites de nos jours. Et l’Iran, l’autre « marjaaïya », la mama et la référence pour les chiites.
Les enfants du pays du Cèdre, des noces rouges (Cantique des cantiques). Puissent-ils un jour traverser cette phase d’adolescence éternelle dans laquelle ils s’étaient plongés dans la nuit des temps et parvenir à entrer dans une « maturescence », se libérer et s’épanouir sans toutefois « tuer » la mère tutrice.
La non-croissance de l’enfant et son maintien prolongé au stade de l’enfance empêcheront à tout jamais l’indépendance du pays tout entier et sa jouissance.


La clochette tinte dans l’enceinte, les couloirs et l’escalier de l’école. Un vacarme assourdissant remplit l’espace. C’est la récré. Les enfants jouent dans la cour d’une maternelle. Ils crient, se chahutent et se bousculent. Les moins constitués en masse basculent et ne cessent de ramasser la suie. Les plus forts restant debout. À entendre les cris des petits, les appellations et les interpellations des uns et des autres, on finira par présumer le caractère mosaïque de cet établissement scolaire masculinisant, mais point mixte. Les mômes en bas âge jouent à cache-cache, un jeu classique qui dispose d’un champ de possibilités infini. D’autres à la marelle. Ce dernier jeu exige un certain équilibre. Dans un coin de la cour, je vois un groupe sauter à l’élastique ou se distraire à la gamelle. Au milieu...
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