Les enquêteurs de la police scientifique inspectant le lieu de l’attaque au couteau, qui a été suivie d’une fusillade, à Liège. François Lenoir/Reuters
Un homme radicalisé, dont l’objectif était d’attaquer la police, a tué trois personnes dont deux policières, avant d’être abattu, hier à Liège, dans l’est de la Belgique, un acte qualifié de « terroriste » par la justice belge. Après ce triple homicide commis sur une grande artère de la cité francophone, l’homme identifié par les médias comme Benjamin Herman, un délinquant multirécidiviste né en 1982, a brièvement pris en otage une employée d’un groupe scolaire, entraînant l’évacuation des élèves, selon les autorités. Aucun enfant n’a toutefois été blessé.
Dans un tweet, le Premier ministre belge Charles Michel a dénoncé une « violence lâche et aveugle ». L’enquête a été confiée à un juge d’instruction antiterroriste, et le parquet fédéral doit donner des précisions sur ses premiers éléments ce matin lors d’une conférence de presse. « Des éléments vont dans la direction d’un acte terroriste », a simplement indiqué Eric Van Der Sypt, porte-parole du parquet fédéral. Aucune source officielle n’a voulu confirmer les informations de presse selon lesquelles le tireur a crié « Allah Akbar » en s’en prenant aux policières.
La fusillade s’est produite vers 10h30 sur le boulevard d’Avroy. L’assaillant a d’abord porté de « multiples coups de couteau » aux deux policières « agressées par l’arrière », avant de s’emparer de leurs armes de service pour les abattre avec, a raconté devant la presse le procureur de Liège, Philippe Dulieu. Après avoir donc subtilisé les armes, il a aussi tué une troisième fois en faisant feu contre un homme de 22 ans, passager d’une voiture garée à proximité.
Contact islamiste
Décrit comme un délinquant plusieurs fois condamné pour vols, coups et blessures ou trafic de stupéfiants, Benjamin Herman était incarcéré depuis 2003. Toutefois, il était en permission de sortie lorsqu’il est passé à l’acte hier. Il avait déjà bénéficié d’une vingtaine de congés pénitentiaires qui s’étaient bien déroulés, d’après le ministre belge de la Justice, Koen Geens, cité par l’agence de presse Belga. Selon une source proche de l’enquête, Benjamin Herman était fiché par la police pour avoir été en contact, lors d’un séjour à la prison de Lantin, dans l’est de la Belgique, avec un détenu islamiste et s’être radicalisé. Il était dans « une fuite en avant » après avoir « commis un meurtre la nuit dernière » à On, entre Marche et Rochefort, dans le sud du pays, a également dit cette source.
Selon les médias locaux, un toxicomane de 30 ans a été retrouvé mort à son domicile à On, probablement tué avec un marteau. Mais le parquet de la province belge de Luxembourg, compétent sur cette zone, s’est refusé à établir un lien « à ce stade » avec la tuerie de Liège. « Il est clair que l’objectif de l’assassin était de s’en prendre à la police », a déclaré de son côté le chef de la police de Liège, Christian Beaupère, lors d’une conférence de presse. Il a précisé que quatre policiers avaient été blessés aux bras et aux jambes lors de l’échange de tirs qui a suivi la prise d’otage. L’un d’eux a été atteint à l’artère fémorale. L’échange de coups de feu a été intense. Des images diffusées par la chaîne privée RTL ont montré l’assaillant abattu étendu sur un trottoir, habillé de noir, avec des baskets blanches, face contre le sol.
La Belgique, frappée par des attentats jihadistes qui ont fait 32 morts le 22 mars 2016, a été depuis le théâtre de plusieurs agressions contre des militaires ou des policiers. La dernière attaque considérée comme « terroriste » s’est produite le 25 août 2017 : un homme de 30 ans d’origine somalienne a agressé des soldats au couteau, blessant légèrement un d’eux, en criant « Allah Akbar », en plein cœur de Bruxelles. Il a été abattu. Mais la tuerie d’hier rappelle surtout l’attaque du 6 août 2016 à Charleroi, dans le sud du pays, quand un Algérien vivant en Belgique s’en était pris avec une machette à deux policières devant l’hôtel de police aux cris de « Allah Akbar ». Les policières avaient été blessées au visage et au cou, et l’assaillant abattu. Le groupe jihadiste État islamique avait revendiqué cette attaque.
Consulté hier, l’OCAM, l’organisme chargé d’évaluer la menace terroriste en Belgique, a décidé de maintenir inchangé le niveau 2 correspondant à une menace jugée « peu vraisemblable ». Le niveau, qui était fixé depuis trois ans à 3 (menace « possible et vraisemblable ») – voire ponctuellement 4 (menace « imminente ») –, avait été abaissé en janvier.
Source : AFP


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19 h 42, le 30 mai 2018