À l’occasion de la fête patronale de l’université Saint-Esprit de Kaslik, le recteur de l’USEK, le père Georges Hobeika, a prononcé, à l’issue d’une cérémonie organisée au campus de l’université, un discours ayant pour thème « Pacte national libanais et démocratie ».
Dans son intervention, le père Hobeika a dressé un exposé historique de l’évolution du concept de démocratie au fil des siècles, à commencer par l’Antiquité grecque – plus précisément dans le cadre de l’Agora – jusqu’à l’époque contemporaine marquée par l’émergence de plus d’un type de démocratie mettant en relief le rôle des hommes politiques ainsi que celui du citoyen au niveau des médias et des mouvements revendicatifs.
Abordant le cas particulier du Liban, le père Hobeika a évoqué les fondements du système politique libanais depuis 1920, relevant que la plupart des communautés religieuses formant le tissu social libanais, « affligées et persécutées (en différentes étapes de l’histoire), soucieuses de sauvegarder leur mémoire et leur identité, ont cherché refuge dans le pays du Cèdre ». Le recteur de l’USEK a mis l’accent sur l’importance du système confessionnel et du pacte national sur ce plan, relevant, dans une approche comparative, que même les systèmes politiques en Allemagne et en Suisse comportent une certaine dose de confessionnalisme, certes faible mais bien réelle.
Le confessionnalisme assure une certaine stabilité
Le père Hobeika a déclaré dans ce cadre : « La formule libanaise, unique en son genre, traduisant le pacte national du vouloir-vivre-ensemble dans la reconnaissance de l’autre dissemblable comme partenaire à part entière dans l’action politique et dans la gestion des affaires de l’État, montre le confessionnalisme politique sous un jour favorable et met par conséquent le Liban en opposition avec tous les systèmes politiques d’un Moyen-Orient géré de plus en plus par la théocratie musulmane et juive. »
Et d’ajouter à ce sujet : « Effectivement, et si insolite et si saugrenu que cela puisse paraître, grâce au système confessionnel, le Liban est le seul pays du Moyen-Orient à être un État laïc. Et cela tient au fait qu’au Liban, il n’y a pas de religion officielle pour l’État. Ce dernier reconnaît et respecte toutes les confessions, sans pour autant se réclamer d’aucune. D’où la conclusion qu’on pourrait en tirer que le confessionnalisme, positif, ouvert et interactif, faisant participer toutes les composantes nationales au pouvoir, est bel et bien le soubassement de la démocratie au Liban et de sa résilience légendaire. »
Et le recteur de l’USEK d’ajouter : « Dans cette optique, s’inscrivent les analyses percutantes conduites par Claus D. Hillebrand, ancien expert allemand aux Nations unies, chargé du dossier du Liban, lors du colloque germano-libanais tenu le 7 juillet 2009 à Ludwigshafen. À la question : “Est-ce que le confessionnalisme politique au Liban est vraiment si mauvais”, Hillebrand répond en soulignant que le confessionnalisme politique assure à présent une certaine stabilité et s’accommode ingénieusement, dans les processus de décision, des intérêts des différents groupes de la société libanaise. Un changement du système au Liban, enchaîne-t-il, comporte des risques sérieux, notamment dans la conjoncture actuelle qui prévaut dans les pays avoisinants, animés aveuglément par des appétits expansionnistes et hégémonistes, et noyautés par un islamisme exclusiviste et intégriste. Et en faisant un parallèle entre le Liban et l’Allemagne, toutes proportions gardées évidemment, Hillebrand souligne que même en Allemagne, il existe une faible dose de confessionnalisme dans la politique. Les postes-clés dans le gouvernement et à la tête de l’État sont pratiquement partagés entre des politiciens de différentes confessions et de régions. Chose invisible pour les étrangers. De même, il fait remarquer que les Églises et les syndicats sont certes au second rang, mais leur influence n’est pas pour autant négligeable dans l’administration politique du quotidien et dans la mise en œuvre des stratégies politiques à long terme. »
Pacte libanais et formule magique suisse
Et le père Hobeika de poursuivre : « Si l’on fait, d’autre part, un parallèle entre le pacte national libanais et la formule magique (Zauberformel en allemand) de la Confédération suisse, on est surpris par l’étendue des choses partagées et de la logique gestionnelle qui préside à l’action politique dans les deux pays pluralistes. Après presque cent cinquante ans de guerres intestines entre catholiques et protestants, les Suisses étaient parvenus à trouver un modus vivendi génial de nature à assurer une unité nationale dans le droit à la différence, en créant vingt-six cantons où les appartenances religieuses et linguistiques sont minutieusement respectées. En 1959, les Suisses sont parvenus à trouver une formule magique, une sorte de pacte national tacite, non écrit, contrôlant la répartition des sièges au Conseil fédéral, veillant scrupuleusement sur un équilibre politique, religieux et linguistique, conformément à la formule arithmétique 2-2-2-1, faisant prévaloir, pas toujours les rapports de force électoraux, mais l’ensemble de l’électorat suisse. »Et le recteur de l’USEK de conclure : « En voyant de près la grandeur et les difficultés du système politique suisse, on ne peut s’empêcher de reconsidérer nos critiques injustifiablement violentes à l’endroit de la formule libanaise qui a réussi, tant bien que mal, à faire vivre ensemble une véritable mosaïque de cultures et de religions. Une démocratie non consensuelle et purement numérique ne saurait jamais gérer des pays aussi pluralistes que le Liban et la Suisse. »
Liban - Vie Universitaire
Le confessionnalisme « positif » à la base de la résilience du Liban, souligne le recteur de l’USEK
OLJ / le 28 mai 2018 à 00h00


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